Épidémie de rougeole au Bangladesh : quand le recul de la vaccination devient une urgence de santé publique
Le Bangladesh traverse depuis mars 2026 sa pire épidémie de rougeole depuis vingt ans. Plus de 100 personnes sont mortes en moins d’un mois, dans un pays où la couverture vaccinale s’est effondrée sous l’effet conjugué de l’instabilité politique et des pénuries de vaccins. Ce drame illustre une tendance mondiale préoccupante : depuis 2023, la rougeole progresse à nouveau, y compris en France et en Europe. Pourquoi cette maladie revient-elle avec une telle force ? Quels sont les facteurs qui fragilisent la vaccination ? Comment se protéger efficacement ? Éléments de réponse.

Bangladesh : la pire épidémie de rougeole depuis vingt ans
Depuis le 15 mars 2026, plus de 7 500 cas suspects de rougeole ont été recensés au Bangladesh, dont plus de 900 confirmés. L’épidémie aurait fait plus de 100 morts en moins d’un mois. C’est le bilan le plus lourd enregistré dans le pays depuis deux décennies.
Plusieurs facteurs expliquent cette flambée. La dernière campagne nationale de vaccination contre la rougeole remontait à 2020, et les décisions prises par les gouvernements successifs ont entraîné des pénuries de vaccins. Les troubles politiques qu’a traversés le pays ont durablement désorganisé les programmes de santé publique. S’y ajoutent la malnutrition, le recul de l’allaitement et la désinformation sur les risques de la vaccination.
Face à l’ampleur de la situation, le gouvernement bangladais a lancé le 5 avril 2026, avec le soutien de l’UNICEF, de l’OMS et de l’Alliance Gavi, une campagne de vaccination d’urgence ciblant plus de 1,2 million d’enfants de 6 mois à 5 ans dans 18 districts à haut risque. La campagne sera étendue à l’ensemble du pays à partir du 3 mai.
Pneumonies, pouvant être mortelles chez les jeunes enfants ;
Encéphalites, susceptibles de laisser des séquelles neurologiques durables ;
Immunosuppression prolongée, rendant l’organisme vulnérable à d’autres infections pendant plusieurs mois.
Ces complications touchent en priorité les nourrissons de moins d’un an, les femmes enceintes et les personnes immunodéprimées.
En France, la rougeole en nette progression depuis 2023
L’épidémie bangladaise n’est pas un phénomène isolé. Depuis 2023, la recrudescence de la rougeole est mondiale, portée par plusieurs années de baisse de la couverture vaccinale observée après la pandémie de Covid-19.
L’Europe a été particulièrement touchée en 2024, avec plus de 127 000 cas recensés. Si les chiffres ont largement baissé en 2025, le risque de nouvelles flambées reste présent, le virus continuant de circuler en 2026.
En France, la tendance est à la hausse. En 2025, 873 cas ont été déclarés, contre 483 en 2024, soit une augmentation de 80 % en un an. Les conséquences sont loin d’être anodines : 314 patients ont été hospitalisés, dont 12 en réanimation, et 4 décès ont été recensés.
Le principal facteur explicatif est identique à celui observé au Bangladesh, à une autre échelle. 67 % des personnes atteintes étaient non ou incomplètement vaccinées.
La vaccination, seul moyen efficace de se protéger contre la rougeole
Face à ce retour de la rougeole, le message des autorités sanitaires est clair : la vaccination reste le moyen le plus efficace de prévenir la maladie.
Elle repose sur deux doses du vaccin ROR (Rougeole-Oreillons-Rubéole), administrées à 12 mois, puis entre 16 et 18 mois. Les personnes nées depuis 1980 devraient avoir reçu deux doses de vaccin trivalent. Les voyageurs prévoyant de se rendre dans un pays en phase d’épidémie sont invités à vérifier et mettre à jour leur statut vaccinal. Un rattrapage est possible à tout âge, auprès d’un médecin, en centre de santé ou en centre de vaccination gratuit. Pour enrayer la propagation du virus, l’OMS estime qu’une couverture vaccinale d’au moins 95 % de la population est nécessaire. En France, cet objectif n’est pas encore atteint dans plusieurs régions. Des marges de progression importantes existent, aussi bien chez les enfants que chez les adultes.
La rougeole avait presque disparu. Déclarée éliminée dans plusieurs pays au début des années 2000, elle fait aujourd’hui un retour préoccupant sur tous les continents, comme le montre la situation au Bangladesh. Derrière chaque épidémie se trouvent les mêmes causes : couverture vaccinale insuffisante, pénurie de ressources, désinformation. La réponse, elle aussi, reste la même : deux doses de vaccin, administrées au bon moment, suffisent à protéger pour la vie.
– Santé publique France, Rougeole : appel à la vigilance renforcée face à la recrudescence des cas en France et en Europe. www.santepubliquefrance.fr. Consulté le 10 avril 2026.
– Santé publique France, Rougeole en France. Bilan annuel 2024. www.santepubliquefrance.fr. Consulté le 10 avril 2026.
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