Focus sur une complication mortelle de la rougeole

Nov 21, 2017 par

Entre 2008 et 2016, près de 25 000 cas de rougeole ont été déclarés en France, malgré l’existence d’un vaccin. L’une des complications de la rougeole, une atteinte cérébrale mortelle, pourrait être plus fréquente que ne le pensaient les spécialistes.

enfant souffrant de panencéphalite sclérosante subaigüe après avoir contracté la rougeole

Rougeole et panencéphalite sclérosante subaigüe

La rougeole est une maladie virale, caractérisée par une éruption cutanée spécifique. Parmi les complications possibles de la rougeole, la panencéphalite sclérosante subaigüe (PSS) est l’une des plus graves et touche le cerveau.

La panencéphalite sclérosante subaigüe, encore appelée maladie de Van Bogaert, survient plusieurs années après l’épisode de rougeole et se caractérise par une atteinte irréversible (démyélinisation) des neurones cérébraux qui entraîne :

  • Une diminution des capacités motrices ;
  • Une diminution des capacités cognitives évoluant vers une démence ;
  • Des convulsions et des myoclonies (mouvements involontaires des membres) ;
  • Une ataxie (mauvaise coordination des mouvements).

La panencéphalite sclérosante subaigüe évolue ensuite vers une stupeur (sorte d’état de choc), un coma puis le décès entre 1 et 4 ans après le diagnostic. Aucun traitement ne permet de guérir une PSS.

Cette complication gravissime de la maladie se rencontre essentiellement dans les pays où il n’existe pas de programme de vaccination contre la rougeole. En France, la vaccination est recommandée dès la petite enfance et a permis une diminution importante du nombre de cas de panencéphalite sclérosante subaigüe.

La panencéphalite sclérosante subaigüe est provoquée par un virus mutant de la rougeole qui migre vers le cerveau où il entre en dormance pendant plusieurs années, avant de déclencher la panencéphalite sclérosante subaigüe. Considérée comme une complication rare, une récente étude semble montrer que sa fréquence pourrait être beaucoup plus élevée qu’on ne le pensait.

Près d’1 cas sur 600 de rougeole est à risque !

Jusqu’à récemment, les spécialistes évaluaient le risque de panencéphalite sclérosante subaigüe à 1 cas pour 100 000 cas de rougeole, tous âges confondus. En Allemagne, de récents travaux avaient indiqué que le risque s’élèverait à 1 cas pour 1 700 cas de rougeole chez les enfants infectés avant l’âge de 5 ans.

Une récente étude présentée dans un congrès américain revoit cette estimation encore à la hausse. Les chercheurs ont analysé 17 cas de panencéphalite sclérosante subaigüe en Californie entre 1998 et 2016. L’âge moyen au moment du diagnostic est de 12 ans, avec des âges allant de 3 à 35 ans. La durée moyenne écoulée entre l’épisode de rougeole et le diagnostic de panencéphalite sclérosante subaigüe est de 9,5 ans. Les enfants avaient tous contractés la rougeole avant d’être vaccinés et 12 d’entre eux avant l’âge de 15 mois. La panencéphalite sclérosante subaigüe touche deux fois plus les garçons que les filles.

À partir de leurs analyses, les chercheurs ont évalué le risque de panencéphalite sclérosante subaigüe à :

  • 1 sur 1 367 cas chez les enfants infectés avant l’âge de 5 ans ;
  • 1 sur 609 cas chez les enfants infectés avant l’âge de 1 an.

Plus les enfants sont jeunes au moment où ils contractent la rougeole, plus le risque de panencéphalite sclérosante subaigüe semble élevé. Une étude sur un plus grand nombre de cas serait nécessaire pour confirmer ces résultats et établir une évaluation définitive du risque de panencéphalite sclérosante subaigüe.

Les auteurs concluent sur l’importance de la vaccination des jeunes enfants contre la rougeole. Une couverture vaccinale de 95% de la population suffirait à stopper la contagion de la maladie et pourrait même éradiquer cette maladie et donc la panencéphalite sclérosante subaigüe.

Vacciner les enfants : une priorité absolue

En France, les cas de rougeole et de panencéphalite sclérosante subaigüe sont recensés par Santé Publique France (principal organisme national de veille sanitaire). Entre 2008 et mai 2016, plus de 24 000 cas de rougeole ont été signalés, dont 31 de panencéphalite sclérosante subaigüe. Après plusieurs années d’augmentation du nombre de cas de rougeole, celui-ci semble stagner depuis 2015, grâce aux campagnes de sensibilisation autour de la vaccination.

Le vaccin contre la rougeole est combiné avec celui contre les oreillons et la rubéole (vaccin Rougeole-Oreillons-Rubéole ou ROR). La vaccination est recommandée pour toutes les personnes nées après 1980, et est prise en charge par l’assurance maladie pour tous les enfants jusqu’à l’âge de 18 ans. Le schéma classique de vaccination comprend :

  • Une dose à 12 mois ;
  • Une seconde dose entre 16 et 18 mois.

La vaccination de tous les enfants permet de protéger les enfants vaccinés, mais également leur entourage, car il est possible de contracter la rougeole à n’importe quel âge. Une large couverture vaccinale permettrait de limiter la circulation du virus dans la population et donc le nombre de cas annuels. La vaccination est le seul moyen de protéger les enfants des risques mortels de la panencéphalite sclérosante subaigüe. Un bon argument en faveur du ROR.

Santé Sur le Net vous rappelle qu’il est capital de vacciner vos enfants !

Estelle B., Docteur en Pharmacie


– Eurekalert Science News. Always-deadly measles complication more common than Believed.
– Orphanet. Leucoencéphalite sclérosante subaiguë. Octobre 2008.
– Santé Publique France. Surveillance de la rougeole en France. État actuel et perspectives. Consulté le 13 décembre 2016.
Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
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