Glaucome : des cellules immunitaires pourraient aider à contrôler la pression dans l’œil responsable de la perte de vue

Par |Publié le : 10 mars 2026|Dernière mise à jour : 10 mars 2026|3 min de lecture|

Une nouvelle étude révèle l’action inattendue de cellules capables d’influencer la pression oculaire, au cœur du glaucome.

Crédit photo : Shawn Rocco

Lorsque le système de drainage de l’œil se bloque, le liquide oculaire ne s’évacue plus correctement. La pression à l’intérieur du globe augmente alors progressivement, ce qui peut endommager le nerf optique. Ce mécanisme est au cœur du glaucome, l’une des principales causes de cécité dans le monde.

Mais une nouvelle étude publiée le 9 mars dans la revue Immunity apporte un éclairage inattendu : certaines cellules du système immunitaire joueraient un rôle clé dans le contrôle de cette pression oculaire. Cette découverte ouvre une piste prometteuse pour de futurs traitements.

Une « équipe de nettoyage » dans l’œil

Les chercheurs se sont intéressés à des cellules immunitaires bien particulières : les macrophages résidents. Ces cellules vivent directement dans les tissus et participent généralement à l’entretien et à la défense des organes. Dans l’œil, elles sont présentes dans les tissus impliqués dans l’évacuation du liquide oculaire.

Jusqu’ici, leur rôle dans la régulation de la pression de l’œil restait inconnu. Pour le comprendre, les scientifiques ont suivi ces cellules chez la souris en les marquant par fluorescence afin de pouvoir les observer en temps réel. Puis ils les ont supprimées de manière ciblée.

Le résultat a été immédiat : sans ces macrophages, le canal de drainage de l’œil s’est progressivement obstrué. Le liquide s’est accumulé et la pression oculaire a augmenté. « Nos résultats montrent que les macrophages résidents sont essentiels au maintien d’une pression oculaire saine », explique dans un communiqué de presse, Katy Liu, professeure adjointe au département d’ophtalmologie de la faculté de médecine de l’Duke University School of Medicine et auteure principale de l’étude. « La perturbation de ce système peut contribuer directement au développement du glaucome. »

Comprendre pourquoi les traitements ne suffisent pas toujours

Aujourd’hui, le traitement du glaucome repose presque exclusivement sur un objectif : réduire la pression à l’intérieur de l’œil, généralement grâce à des collyres, au laser ou à la chirurgie.

Mais ces approches ne fonctionnent pas toujours. « Le seul moyen de traiter le glaucome est de réduire la pression oculaire, et pourtant, nous avons encore des patients qui deviennent aveugles malgré les traitements actuels », souligne Katy Liu. « Ces recherches nous aident à comprendre le rôle du système immunitaire dans la régulation de la pression oculaire. »

Autrement dit, les macrophages pourraient agir comme une sorte d’« équipe de nettoyage », empêchant les débris cellulaires ou certaines molécules de bloquer les voies d’évacuation du liquide oculaire.

Une nouvelle cible pour les traitements

Cette découverte pourrait changer la manière d’aborder la maladie. Plutôt que de simplement faire baisser la pression, les futurs traitements pourraient s’attaquer directement à l’origine du problème : le mauvais fonctionnement du système de drainage.

« Nous disposons désormais d’une cible précise pour développer de nouvelles thérapies capables de normaliser la pression oculaire et d’enrayer la perte de vision, contrairement aux médicaments actuels qui ne ciblent pas la source de la maladie », explique W. Daniel Stamer, co-auteur de l’étude.

La prochaine étape sera d’identifier ces mêmes macrophages dans les tissus oculaires humains afin de vérifier si le mécanisme observé chez la souris est bien similaire chez l’homme.

« Cette découverte représente une avancée majeure dans la compréhension du rôle du système immunitaire dans la régulation de la pression oculaire », estime Daniel Saban, co-auteur de l’étude. « Ces travaux s’inscrivent dans la longue tradition d’excellence de Duke, qui consiste à transformer les découvertes de laboratoire en traitements concrets pour les patients. »

Si ces résultats se confirment chez l’humain, ils pourraient ouvrir la voie à une nouvelle génération de traitements du glaucome et peut-être, à terme, éviter la perte de vision chez de nombreux patients. 

Sources
– Immune cells play key role in regulating eye pressure linked to glaucoma. www.eurekalert.org. Consulté le 09 mars 2026.
– Resident tissue macrophages maintain intraocular pressure homeostasis. www.sciencedirect.com. Consulté le 09 mars 2026.

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Elodie Vaz
Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023, Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes. Carte de presse numéro 143067