Greffe de flore intestinale pour la Rectocolite hémorragique

Apr 10, 2017 par

En France, près de 40 000 personnes sont atteintes de rectocolite hémorragique, une maladie qui se déclare principalement chez les jeunes entre 15 et 35 ans. Des chercheurs australiens étudient l’efficacité d’une nouvelle approche : la greffe de flore intestinale, à partir d’un mélange issu de plusieurs donneurs.

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Qu’est-ce que la Rectocolite hémorragique ?

La rectocolite hémorragique ou RCH appartient, avec la maladie de Crohn, à la classe des maladies inflammatoires chroniques intestinales (MICI). Cette pathologie se caractérise par une inflammation chronique de la paroi de l’intestin, avec des phases dites de « poussées » entrecoupées de périodes sans symptômes.

Selon la partie intestinale atteinte, on distingue 3 formes de rectocolite hémorragique :

  • La RCH distale, représente 60% des patients, touche le rectum et le côlon sigmoïde (partie terminale du gros intestin précédant le rectum) ;
  • La RCH pancolique, dans 15% des cas, touche le rectum ainsi que le côlon entier ;
  • La forme intermédiaire chez le reste des patients étant plus étendue que la RCH distale mais n’atteignant cependant pas l’intégralité du côlon.

Cette affection intestinale peut se manifester par des symptômes assez variés, tels que nausées, fatigue, diarrhée, douleurs abdominales, etc. Ainsi, le diagnostic repose généralement sur des analyses sanguines ainsi qu’une coloscopie afin de visualiser les lésions intestinales. L’évolution de la RCH est variables d’un patient à un autre. Ainsi, certains ont une vie proche de la normale tandis que d’autres ont plus de difficultés au quotidien. De plus, les complications telles que des fissures anales (plaie au niveau de l’anus due à une déchirure du tissu) ou plus grave, des colites peuvent survenir.

A savoir ! Une colite est une inflammation aigüe du côlon se traduisant par des selles sanglantes, un amaigrissement rapide et de la fièvre. C’est une urgence médicale qui nécessite une prise en charge hospitalière.

Actuellement, aucun traitement ne permet de guérir la rectocolite hémorragique. Des médicaments ayant des propriétés anti-inflammatoires (corticoïdes, immunomodulateurs et dérivés de l’acide aminosalicylique) sont utilisés pour traiter les poussées et prévenir les rechutes. Lorsque l’efficacité des traitements médicamenteux se révèle être insuffisante ou en cas de complications, la chirurgie peut être proposée. Elle repose sur l’ablation de la totalité ou d’une partie des zones intestinales atteintes. Dans certains cas, après l’intervention, le temps que les sutures cicatrisent le chirurgien à recours à la stomie, plus connu sous le nom d’anus artificiel (le contenu de l’intestin grêle se déverse dans une poche extérieure via une ouverture dans la paroi abdominale).

De plus, il est conseillé au patient d’adopter un régime sans fibre au cours des poussées afin de ne pas accentuer les symptômes.

La greffe intestinale pour traiter la Rectocolite hémorragique

La greffe de flore intestinale (ou greffe fécale) dans le traitement de la Rectocolite hémorragique est une approche récemment testée par une équipe de chercheurs australiens. Les scientifiques ont en effet, cherché à évaluer l’efficacité clinique et endoscopique de la transplantation intestinale.  L’étude publiée fin mars dans la prestigieuse revue The Lancet, a été mené sur 85 patients atteint de RCH modérée. Tandis que certains des participants ont reçu un placebo, d’autres ont bénéficié, après tirage au sort, de l’administration très régulière (5 fois par semaine) d’un mélange de microbiotes intestinaux (ensemble des micro-organismes non pathogènes vivants dans l’intestin) issue de plusieurs donneurs pendant 8 semaines.

A savoir ! L’étude s’est déroulée en « double aveugle », autrement dit ni les médecins ni les patients ne connaissaient le traitement attribué (à savoir actif ou placebo). Ainsi, le placebo a été conçu pour ressembler en tout point (présentation, administration, odeur, etc.) au médicament testé.

Les résultats montrent une amélioration des lésions et des symptômes pour 27% des patients ayant reçu le traitement actif, contre 8% avec le placebo. Et, le soulagement persisterait minimum 8 semaines après l’arrêt du traitement.

De plus, l’analyse génétique des microbiotes avant et après le traitement montre des modifications de la flore intestinale chez les patients souffrants de Rectocolite hémorragique. Ainsi, les scientifiques ont pu identifier 2 familles de bactéries associées à une moins bonne efficacité du traitement : Fusobacterium ssp. et Sutterella ssp. A l’inverse les suivantes : Barnesiella ssp., Parabacteroides ssp., Ruminococcus ssp., etc. ont été davantage observées chez les patients répondant bien au traitement.

Ainsi, les résultats sont plutôt encourageants pour cette toute nouvelle approche qui mérite d’être approfondie. En effet, des études supplémentaires sont nécessaires afin de déterminer la dose et la durée du traitement mais également, pour rechercher un éventuel ajustement entre les donneurs et le receveur en fonction du profil microbien. L’étude du microbiote intestinale ne fait que commencer et laisse présager de belles découvertes !

Charline D., Pharmacienne

Rectocolite hémorragique : évaluation de l’efficacité de la greffe de flore intestinale.Stéphane Korsia-meffre. Vidal. Le 30 mars 2017.
Rectocolite hémorragique. Ameli-santé. Le 10 avril 2015.
Charline D.
Pharmacienne.
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