Hantavirus : diagnostic, traitement et chances de guérison

Par |Publié le : 29 mai 2026|Dernière mise à jour : 28 mai 2026|5 min de lecture|

Depuis l’apparition du foyer à bord du MV Hondius, une question revient avec insistance : comment sait-on qu’un patient est infecté par l’hantavirus Andes, et que peut-on faire pour le soigner ? Le Dr Thomas Rodari, médecin infectiologue hygiéniste à l’Institut Montsouris, fait le point sur l’état des connaissances.

HC-diagnostic

Confirmer le diagnostic : PCR et sérologie

Lorsqu’une infection à hantavirus est suspectée, deux examens biologiques sont réalisés en parallèle. « Les recommandations préconisent l’envoi d’une sérologie et d’une PCR sanguine », explique le Dr Rodari. La sérologie recherche les anticorps produits par l’organisme pour combattre le virus. La PCR, elle, détecte directement la présence du virus dans le sang — un peu comme une empreinte qui permet d’identifier le virus avec certitude.

Ces deux examens permettent une détection fiable dès l’apparition des premiers signes. « L’infection est détectable par la PCR très précocement à la phase symptomatique », précise le Dr Rodari. Avant tout signe clinique, en revanche, les données disponibles restent insuffisantes pour évaluer la fiabilité des tests. En France, ces analyses sont réalisées par le Centre national de référence des hantavirus, hébergé à l’Institut Pasteur.

Les tests PCR peuvent également être réalisés sur les urines, les selles et la salive, même si ces prélèvements sont pour l’heure réservés au cadre de la recherche.

Pourquoi diagnostiquer tôt fait la différence

Un diagnostic rapide a deux objectifs distincts. Le premier est de stopper la propagation du virus : « L’enjeu principal est de dépister précocement tous les cas positifs pour casser la chaîne de transmission », souligne le Dr Rodari. Identifier un cas permet d’isoler le patient et de contacter ses proches avant toute propagation possible.

Le second objectif est médical. « Une prise en charge rapide permet de réagir plus vite aux atteintes d’organes spécifiques (détresse respiratoire, atteinte multiviscérale) et d’essayer d’enrayer la cascade de complications », explique le Dr Rodari. Car cette maladie peut s’aggraver très rapidement : en quelques jours seulement, un patient peut passer de simples signes de fatigue à une forme grave nécessitant une hospitalisation en réanimation.

Il n’existe pas à ce jour de recommandations pour rechercher systématiquement une infection à hantavirus chez les voyageurs présentant un simple état grippal. Le Dr Rodari est clair à ce sujet : « Il s’agit d’un foyer de transmission bien délimité. Il n’y a pas d’épidémie active en dehors des cas identifiés. » Les personnes concernées sont uniquement celles ayant été en contact direct avec des cas confirmés.

Des soins adaptés à chaque situation, faute de traitement spécifique

Il n’existe à ce jour ni traitement antiviral approuvé ni vaccin contre l’hantavirus Andes, selon l’OMS. La prise en charge repose sur ce que les médecins appellent des « soins de support » — autrement dit, tout ce qui permet de soutenir les organes touchés sans agir directement sur le virus.

L’hantavirus Andes provoque une atteinte grave des poumons et du cœur, pouvant mener à une défaillance respiratoire sévère. « Les soins peuvent aller de la simple administration d’oxygène par voie nasale à l’intubation, voire à la mise en place d’un poumon artificiel dans les cas les plus graves », décrit le Dr Rodari. Ce poumon artificiel, appelé ECMO, prend en charge la respiration le temps que les poumons se rétablissent. Des médicaments peuvent également être administrés pour soutenir le cœur et la circulation sanguine.

Cette atteinte des poumons ressemble à ce que les médecins appellent un syndrome de détresse respiratoire aiguë — une urgence qui nécessite une hospitalisation en réanimation. En France, les patients concernés sont pris en charge dans des établissements spécialisés, dans des chambres à air filtré, par des équipes formées aux risques infectieux.

Et la ribavirine ?

La ribavirine est un antiviral ancien parfois évoqué comme piste de traitement contre les hantavirus. Elle a été étudiée sur la souche européenne, mais les résultats sont décevants : « Le profil de sécurité et l’efficacité insuffisante dans les études ne permettent pas d’en faire un bon candidat », indique le Dr Rodari. Sur la souche Andes, « l’efficacité semble être nulle ». Ce point est confirmé par l’OMS dans son bulletin épidémiologique du 13 mai 2026, qui précise que la ribavirine n’est pas recommandée en traitement ou en prophylaxie du syndrome pulmonaire à hantavirus.

Son utilisation ne peut donc s’envisager que dans un cadre de recherche strict, validé par des instances scientifiques et éthiques. Un autre antiviral, le favipiravir, est également évalué au niveau européen, mais reste pour l’heure au stade expérimental.

Quelles sont les chances de guérison ?

Le taux de mortalité associé au syndrome pulmonaire à hantavirus est estimé entre 30 et 50 % dans les études disponibles, dont les données du CDC. Mais ces chiffres sont issus de cas pris en charge dans des zones rurales d’Amérique du Sud, loin des unités de réanimation spécialisées. « On peut imaginer se situer dans la partie basse de la fourchette au vu de la disponibilité des structures hospitalières et des soins de support » en Europe, nuance le Dr Rodari — même si aucune donnée européenne ne permet encore de l’affirmer formellement.

Concernant les facteurs qui favorisent une forme grave, les données restent limitées. « Les facteurs de risque de cette souche ne sont pas très bien identifiés puisqu’il y a peu de cas », rappelle le Dr Rodari. Il évoque néanmoins les facteurs classiques : problèmes cardiaques, respiratoires ou rénaux, tabagisme, diabète et système immunitaire affaibli. Contrairement au Covid-19, aucune population clairement à risque n’a encore été formellement identifiée.

Pour mieux comprendre ce virus, des protocoles de recherche ont été lancés en urgence sous l’égide de l’ANRS et de l’OMS, avec le suivi coordonné des personnes exposées dans plusieurs pays.

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Peggy Cardin
Peggy Cardin
Journaliste spécialisée en santé
Peggy Cardin-Changizi Journaliste spécialisée en santé depuis plus de vingt ans. Elle traite des sujets de prévention, de santé publique et de médecine au quotidien, avec pour objectif de rendre l'information médicale claire, fiable et accessible à tous. Rédige un contenu scientifique fiable avec des sources vérifiées en respect de notre charte HIC.