Ibuprofène et grossesse : danger !

Mar 13, 2017 par

L’ibuprofène est un anti-inflammatoire couramment utilisé pour traiter douleurs et fièvre. Une nouvelle étude de l’Inserm (Institut National de la Santé et de La Recherche Médicale) met en évidence un effet sur le développement des testicules du bébé, lorsqu’il est consommé pendant le premier trimestre de la grossesse.

ibuprofene grossesse

Ibuprofène, un anti-inflammatoire déconseillé pendant la grossesse

L’ibuprofène est un médicament courant, délivré sans ordonnance. On estime que 3 femmes enceintes sur 10 y ont recours pour soigner fièvre ou douleurs.

Liste des médicaments comprenant de l’ibuprofène :

Substance activeNoms de fantaisie (valable pour toute la gamme le cas échéant)
ADVILHEMAGENE TAILLEURNUREFLEXSPEDIFEN
ANTARENEIBUFETUMNUROFENSPIFEN
IbuprofèneBRUFENIBUPRADOLLPEDEAUPFEN
CLIPTOLIBUTOPRHINADVIL
CRIFENEINTRALGISRHINUREFLEX

Selon les indications de l’Agence Nationale du Médicament (ANSM), l’ibuprofène n’est pas recommandé pendant la grossesse, et il est totalement interdit après cinq mois. Il expose le fœtus et/ou le bébé à une insuffisance rénale (réversible ou non) et à des troubles cardiaques. Il peut entraîner pour la mère et l’enfant des risques accrus de saignements.

A savoir ! L’ibuprofène fait partie de la classe des AINS. Les AINS ou Anti-Inflammatoires Non-Stéroïdiens sont des substances qui permettent de lutter contre l’inflammation et la douleur. Ils sont très utilisés pour soulager les pathologies d’origine inflammatoire comme, par exemple, l’arthrose ou les polyarthrites.

Dans l’organisme, ils agissent en bloquant l’action de molécules appelées COX (cyclo-oxygénase). Ces COX ont pour fonction d’initier le processus inflammatoire (via la production des prostaglandines).

D’après les recommandations officielles, l’ibuprofène peut cependant être utilisé dans le premier trimestre de la gestation en cas de nécessité. Néanmoins, une nouvelle étude menée par l’Inserm incite à la plus grande prudence.

Un médicament toxique sur les testicules du fœtus en début de grossesse

Alors que certaines études ont montré que le paracétamol ou l’aspirine pouvaient interagir avec le système hormonal du fœtus (notamment en empêchant la descente des testicules), rien n’avait été mené sur l’ibuprofène. Des chercheurs de l’Inserm ont rectifié cet oubli et ont observé l’effet de cet anti-inflammatoire sur les testicules fœtaux.

L’étude comportait deux volets :

  • Observation de l’effet de l’ibuprofène in vitro sur des cellules de testicules de fœtus en culture ;
  • Observation de l’effet de l’ibuprofène sur des testicules fœtaux greffés sur des rats.

Ces essais ont mis en évidence différentes actions du médicament au niveau testiculaire :

  • Diminution des taux de testostérone (hormone masculine) ;
  • Diminution des taux de l’hormone anti-müllérienne (hormone de la masculinisation de l’appareil génital) ;
  • Diminution de l’expression des gènes impliqués dans la production des spermatozoïdes.

Ces effets sont observés pendant le premier trimestre de la grossesse à des doses usuelles. Cette étude confirme l’intuition des chercheurs : l’ibuprofène, à cette période précise de la gestation, entraîne un risque pour l’appareil reproducteur du futur garçon.

L’Inserm met en garde contre l’utilisation de l’ibuprofène pendant le premier trimestre de la grossesse. Cette molécule semble bien jouer un rôle de perturbateur endocrinien sur le fœtus-garçon. D’autres études devraient se pencher sur le fœtus de sexe féminin.

Une lettre de rappel aux professionnels de santé

L’association dangereuse : grossesse et anti-inflammatoire, est un souci constant des autorités de santé. En janvier 2017, dans une lettre aux professionnels de santé, l’ANSM a de nouveau alerté sur la toxicité des AINS (anti-inflammatoires stéroïdiens) pour les femmes enceintes à partir du 6ème mois de grossesse. Tous les anti-inflammatoires sont formellement contre-indiqués à partir du troisième trimestre, y compris l’aspirine. L’Agence Nationale du Médicament précise que les effets secondaires sur le fœtus (incluant le décès) peuvent apparaître même après une seule prise.

Si l’on peut envisager de se passer de médicament pour un rhume, la question se pose cependant sur la gestion de pathologies chroniques dont peuvent souffrir certaines femmes enceintes. L’ANSM indique qu’il existe des alternatives, sans préciser lesquelles. Le mieux est de contacter son médecin. Et, avant toute automédication, de se renseigner auprès de son pharmacien.

Isabelle V., journaliste scientifique


Sources :
Attention à la prise d’ibuprofène pendant la grossesse. Inserm. Publié le 10 mars 2017.
Ibuprofen results in alterations of human fetal testis development. Nature. Publié le 10 mars 2017. DOI : 10.1038/srep44184.
Rappel sur la contre-indication de tous les AINS à partir du début du 6ème mois de la grossesse – Lettre aux professionnels de santé. ANSM. Actualisé le 26 janvier 2017.

Isabelle V.
Journaliste scientifique
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