Infections bactériennes : quel rôle dans la survenue du cancer ?

Dec 18, 2018 par

Et si les infections bactériennes jouaient un rôle dans la survenue du cancer ? C’est ce que suggère une récente étude menée par des scientifiques américains.

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Lien entre infections bactériennes et cancer

Menée au sein de l’Université de l’école de médecine du Maryland à Baltimore, cette nouvelle étude a permis de révéler le rôle des infections bactériennes dans la survenue du cancer :

« La plupart des cancers connus sont dus à des virus, mais à l’heure actuelle, on pense qu’environ 20% des cancers sont causés par une infection bactérienne», déclare le professeur Robert Gallo, auteur principal de l’étude, professeur de médecine et directeur de l’institut de virologie humaine de l’université.

C’est ainsi, qu’en enquêtant sur les infections bactériennes causées par une famille de minuscules bactéries appelées « mycoplasmes », l’équipe du professeur Gallo s’est rendue compte qu’elles étaient associées à la survenue du cancer, particulièrement chez les personnes porteuses du virus du SIDA, le VIH.

À savoir ! Les « mycoplasmes » désignent de minuscules bactéries qui comptent parmi les plus petits micro-organismes vivants. Pendant longtemps, les scientifiques les ont considérées comme des virus car elles ne possèdent pas de membrane cellulaire.

L’infection favorise le développement plus rapide du cancer

Pour mener à bien leurs recherches, les scientifiques ont utilisé un modèle de souris au système immunitaire affaibli pour analyser l’effet de l’infection au mycoplasme sur le développement d’un lymphome. Ils ont ainsi infecté un groupe de souris avec une lignée de mycoplasmes issus d’une personne porteuse du VIH et l’ont comparé à un autre groupe de souris non infectées. Ils ont alors pu comparer à quelle vitesse le lymphome se développait dans les deux groupes de souris présentant des systèmes immunitaires affaiblis.

Les résultats ont démontré que le lymphome se développait plus rapidement chez les souris infectées par les mycoplasmes que dans le groupe de souris non infectées.  Par ailleurs, certaines cellules cancéreuses contenaient l’ADN de la bactérie, suggérant que l’infection n’avait pas besoin de persister pour provoquer le cancer.

En fait, les mycoplasmes renferment une protéine appelée DnaK qui, du fait de son lien avec le cancer, a particulièrement intéressé l’équipe de chercheurs :

« Nous nous sommes concentrés sur une protéine appelée DnaK, qui fait partie de la famille des protéines chaperon».

À savoir ! Une protéine chaperon est une protéine dont la fonction est d’assister d’autres protéines dans leur maturation lors de leur repliement tridimensionnel. Pour les protéines, l’obtention de leur état final est une étape fondamentale puisqu’elle définit leurs propriétés fonctionnelles ainsi que leurs activités.

Cependant, dans le cas de la DnaK des mycoplasmes, les chercheurs ont constaté que cette protéine réduisait l’activité de protéines cellulaires impliquées dans deux fonctions importantes :

  • la réparation de l’ADN
  • les activités anticancéreuses (via la protéine p53)

De ce fait, les cellules infectées par les mycoplasmes n’étant plus capables de réparer correctement l’ADN endommagé, le risque de développer un cancer en était potentiellement augmenté. L’étude a également démontré qu’en réduisant la p53, DnaK pouvait réduire l’efficacité de certains médicaments anticancéreux.

Des évènements en cascade

Les scientifiques ont par ailleurs observé que les mycoplasmes pouvaient libérer la protéine DnaK, dès lors capable de pénétrer dans les cellules voisines non infectées. L’infection aux mycoplasmes n’atteignant pas uniquement les cellules infectées mais également les cellules voisines non infectées, des évènements susceptibles de déclencher le cancer s’y produisent :

« Nous avons analysé les séquences d’acides aminés de la protéine DnaK de plusieurs bactéries et avons trouvé que les séquences d’acides aminés de protéines DnaK des bactéries associées aux cancers étaient différentes de celles des bactéries qui ne l’étaient pas. Cela suggère que d’autres bactéries ont la même capacité de provoquer le cancer ».

Le professeur Gallo conclut que cette étude fournit des premiers éléments de compréhension sur la façon dont une infection peut jouer sur l’efficacité de certains traitements anticancéreux.

Déborah L., Docteur en Pharmacie

– Infections and cancer: The link could be stronger than we think. Medical News Today. Le 6 décembre 2018.
Deborah L.
Pharmacienne.
Spécialisée dans les domaines de la santé, de la nutrition et de la cosmétologie.
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