Les cheveux, reflet de notre exposition aux produits chimiques !

Actualités Santé au quotidien (maux quotidiens)

Rédigé par Estelle B. et publié le 5 décembre 2023

Entre 120 000 et 150 000 cheveux sur la tête de chaque être humain ! Et si chacun de ces cheveux pouvait nous renseigner sur les substances chimiques auxquelles nous sommes exposés. Cette idée vient justement de faire l’objet d’une étude menée par l’ANSES, le Luxembourg Institute of Health (LIH) et l’Institut National de l’environnement industriel et des risques (Ineris). Explications.

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Polluants chimiques et impact sur la santé

Chaque jour, nous sommes exposés à une multitude de substances chimiques, présentes dans l’environnement (atmosphère, air intérieur, vêtements, linge de lit, …) et dans l’alimentation. Ces substances, inhalées, ingérées ou simplement en contact avec la peau, peuvent parfois passer dans le sang, puis elles sont éliminées, le plus souvent dans les urines. Des prélèvements ponctuels de sang ou d’urines peuvent permettre de les rechercher à un instant donné, mais comment évaluer l’exposition sur le long terme, en particulier pour les substances auxquelles nous sommes exposés quotidiennement ou très régulièrement ?

Pour déterminer leur impact sur la santé, il faut que les chercheurs puissent mesurer quantitativement et qualitativement l’exposition chronique à chacune de ces substances. Les analyses sanguines et urinaires ont montré leurs limites, par exemple dans le cas du bisphénol A. Plusieurs études avaient conclu à une absence d’effet du bisphénol A sur la santé, en étant basées uniquement sur des dosages urinaires. Pour pallier ce problème, les chercheurs se sont intéressés à d’autres prélèvements, en particulier les cheveux.

Des poils de rat aux cheveux humains

Les chercheurs ont mené une étude pour évaluer si les cheveux pouvaient refléter l’exposition réelle des individus à tel ou tel polluant. Dans le cas des urines, les quantités de polluants détectés se révélaient très variables dans le temps et selon les individus, impactant la validité des interprétations. Dans un premier temps, les chercheurs ont utilisé des poils de rats comme modèles. Ils ont exposé par ingestion des rats à un mélange de 17 substances chimiques considérées comme des polluants et potentiellement ingérées :

  • Des pesticides, présents dans les aliments ;
  • Des phtalates et des bisphénols présents dans les plastiques et des produits d’hygiène ;
  • Un autre agent plastifiant, le DINCH ou hexahydrophtalate de diisononyle, utilisé pour remplacer les phtalates dans l’industrie des plastiques.

Les chercheurs ont collecté des poils de rat et des échantillons d’urines pour déterminer les concentrations de ces polluants ou de leurs dérivés. Pour 14 des substances testées, ils ont observé une corrélation entre les niveaux d’exposition des rats et la concentration des polluants ou de leurs dérivés dans les poils. La concentration des substances dans les poils était également proportionnelle à celle dans les urines, signe que les substances chimiques se sont fixées dans les poils après être passées par la circulation sanguine et avant d’être éliminées dans les urines.

Les cheveux, reflet de l’exposition à la pollution

Cette première étude, menée sur les poils de rats, laisse penser que les cheveux seraient un meilleur reflet de l’exposition aux produits chimiques que le sang. En effet, les produits chimiques ne passent dans le sang que transitoirement et, pour être détectés, le prélèvement doit avoir lieu à un moment précis après l’exposition. Dans les poils ou les cheveux, les substances chimiques ou leurs dérivés sont conservés sur une plus longue période de temps, en restant fixés sur la kératine du cheveu.

L’utilisation des cheveux comme indicateur de l’exposition aux polluants permettrait pour les chercheurs d’accéder à l’exposition sur une période de temps plus longue, en s’affranchissant des variations à court terme. Désormais, les chercheurs ajustent leurs techniques pour utiliser les cheveux humains et non plus les poils de rat comme indicateurs de pollution. Faciles à prélever, les cheveux pourraient constituer un moyen simple et efficace d’évaluer l’exposition aux polluants chimiques et ainsi de déterminer leurs effets sur la santé.

Estelle B., Docteur en Pharmacie

Sources
– Les cheveux, témoins de l’exposition à certaines substances chimiques. www.anses.fr. Consulté le 20 novembre 2023.
– Incorporation of Fast-Elimination Chemicals in Hair Is Governed by Pharmacokinetics–Implications for Exposure Assessment, Faÿs François and al. 2023. hal.science. Consulté le 20 novembre 2023.
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