Pollution atmosphérique, un facteur de risque de cancer ?

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Rédigé par Estelle B. et publié le 9 janvier 2023

D’après un récent rapport, un cancer sur dix en Europe serait lié à la pollution de l’air. Et les preuves du lien entre cancer et pollution ne cessent de s’accumuler. Récemment, deux nouvelles études viennent confirmer ce lien, d’une part une étude britannique concernant l’effet de la pollution atmosphérique sur le risque de cancer du poumon chez les non-fumeurs et d’autre part une étude française qui met en évidence l’effet de cinq polluants atmosphériques sur le cancer du sein. Explications.

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Cancer et pollution, intimement liés ?

Plus le temps passe, plus le lien entre cancers et pollution atmosphérique se confirme. Comme en témoignent deux récentes études : l’une britannique, l’autre française. Les résultats de l’étude britannique ont été présentés lors du dernier congrès de la Société Européenne d’Oncologie Médicale (ESMO) en septembre 2022. Les chercheurs se sont intéressés à l’effet des particules fines (de moins de 2,5 microns) sur le risque de cancer du poumon à petites cellules chez les sujets non-fumeurs.

Ces particules fines se retrouvent dans les gaz d’échappement et la poussière des freins des véhicules. En analysant les données de plus de 460 000 habitants d’Angleterre, de Corée du sud et de Taïwan, les chercheurs ont montré que des concentrations croissantes en particules fines étaient associées à un risque accru de cancer du poumon. Puis, sur des modèles de souris, ils ont mis en évidence que ces particules fines provoquaient des modifications sur deux gènes, connus pour être impliqués dans le développement du cancer du poumon. Enfin, ils ont retrouvé des mutations des deux gènes, respectivement dans 18 et 33 % des échantillons de tissus pulmonaires humains, jusque-là jamais exposés à des agents cancérogènes du tabac ou de l’air.

Un lien entre particules fines et cancer du poumon chez les non-fumeurs

Cette étude constitue une avancée majeure dans la compréhension des mécanismes impliqués dans le lien entre cancer et pollution atmosphérique. De nouvelles études seront nécessaires pour déterminer comment les cellules possédant des mutations sur les deux gènes deviennent cancéreuses. Une question cruciale, puisque plus de 90 % de la population mondiale est exposée à des niveaux excessifs de particules fines dans l’air, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Ces travaux offrent de nouvelles perspectives de prévention, mais alertent aussi sur les risques sanitaires liés à la pollution de l’air.

La seconde étude récente est française, pilotée par le centre Léon Bérard de Lyon, dans le cadre du projet Xenair. Les chercheurs ont évalué l’effet d’une exposition chronique à faible dose de huit polluants atmosphériques (benzo[a]pyrène (BaP), cadmium, dioxines, polychlorobiphényles (PCB), particules fines PM10 et PM2,5, dioxyde d’azote (NO2) et ozone (O3)) sur le risque de cancer du sein. La cohorte étudiée comporte 100 000 femmes, âgées de 40 à 65 ans en 1990 et suivies depuis. De cette cohorte, deux groupes ont été extraits :

  • 5 222 femmes ayant développé un cancer du sein entre 1990 et 2011 ;
  • 5 222 femmes en bonne santé.

Cinq polluants augmentent le risque de cancer du sein

Pour l’ensemble des polluants considérés, les résultats indiquent une baisse continue des expositions entre 1990 et aujourd’hui, hormis pour l’ozone. Néanmoins, les niveaux d’exposition restent supérieurs aux recommandations actuelles pour le dioxyde d’azote et les particules fines. Les données révèlent par ailleurs que le risque de cancer du sein augmente pour l’exposition à cinq polluants sur les 8 étudiés :

  • Le dioxyde d’azote
  • Les particules fines (PM10)
  • Les particules fines (PM2.5)
  • Le benzo[a]pyrène
  • Les polychlorobiphényles (PCB).

Aucune association n’a été mise en évidence entre le risque de cancer du sein et l’exposition au cadmium ou aux dioxines, et les résultats sont en cours d’analyse pour l’ozone. Pour le benzo[a]pyrène et les PCB, tous deux reconnus comme perturbateurs endocriniens, l’augmentation du risque de cancer du sein semble plus marqué au moment du passage à la ménopause.

Ces deux études confirment l’impact de la pollution atmosphérique sur le risque de différents cancers. Cela apporte aux politiques de transition écologique des arguments sanitaires en plus des arguments environnementaux.

Estelle B., Docteur en Pharmacie

Sources
– XENAIR : des liens mis en évidence entre cancer du sein et exposition à des polluants atmosphériques. centreleonberard.fr. Consulté le 29 décembre 2022.
– SCIENTISTS DISCOVER HOW AIR POLLUTION MAY TRIGGER LUNG CANCER IN NEVER-SMOKERS [ESMO CONGRESS 2022 PRESS RELEASE]. esmo.org. Consulté le 29 décembre 2022.

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