Maladie de Crohn : une signature virale découverte dans le sang
La maladie de Crohn est une maladie inflammatoire chronique de l’intestin encore mal comprise, malgré des décennies de recherche. Certaines causes de cette pathologie multifactorielle restent encore à explorer. Que sait-on aujourd’hui de la maladie de Crohn ? Qu’est-ce que la signature virale découverte par les chercheurs ? Et surtout, en quoi cette avancée pourrait-elle, à terme, améliorer la compréhension et la prise en charge des personnes concernées ? On fait le point sur une découverte scientifique récente.

Maladie de Crohn : causes connues
La maladie de Crohn fait partie des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI). Elle touche environ 0,4 % de la population en Europe et peut apparaître à tout âge, le plus souvent chez l’adulte jeune.
Elle se caractérise par une inflammation persistante, pouvant atteindre différentes parties du tube digestif. Les symptômes sont variables d’une personne à l’autre et peuvent inclure des douleurs abdominales, des diarrhées chroniques, une fatigue importante, une perte de poids ou voire une perforation de l’intestin.
L’origine de la maladie est multifactorielle. Les chercheurs s’accordent aujourd’hui sur l’implication de plusieurs éléments :
- Une prédisposition génétique ;
- Des facteurs environnementaux ;
- Un dysfonctionnement du système immunitaire ;
- Un rôle central du microbiote intestinal, c’est-à-dire l’ensemble des micro-organismes vivant dans l’intestin.
Si les bactéries du microbiote intestinal ont été largement étudiées, d’autres acteurs restent encore peu explorés, notamment les virus.
Maladie de Crohn et signature virale sanguine : de quoi s’agit-il ?
Le terme virome désigne l’ensemble des virus présents dans un environnement donné. Il s’agit le plus souvent de bactériophages, des virus qui infectent les bactéries, et non les cellules humaines.
Les chercheurs se sont d’abord intéressés aux virus de l’intestin, à partir des selles. Cette approche s’est toutefois révélée peu fiable pour identifier une signature propre à la maladie, en raison du très grand nombre et de la diversité des virus intestinaux.
Chez les personnes atteintes de la maladie de Crohn, la paroi intestinale est fragilisée, ce qui la rend plus perméable. Partant de ce constat, des chercheurs ont fait l’hypothèse que certains virus présents dans l’intestin pourraient franchir la barrière intestinale et se retrouver dans le sang. Or, jusqu’à récemment, le sang était considéré comme un milieu presque stérile.
Les travaux menés par les équipes de l’INRAE, de Sorbonne Université et de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris ont montré qu’il existe en réalité un virome sanguin, y compris chez les personnes en bonne santé.
En comparant des échantillons de sang de patients atteints de la maladie de Crohn et de sujets sains, ils ont mis en évidence une signature virale spécifique. Chez les personnes malades, certains virus habituellement associés au microbiote intestinal sont retrouvés dans le sang, alors qu’ils sont absents ou très rares chez les sujets sains. À l’inverse, des virus plus fréquemment observés chez les personnes en bonne santé sont moins présents chez les patients.
Ce que cette découverte change pour les patients
Il est essentiel de préciser que cette découverte ne débouche pas, à ce stade, sur un nouveau test diagnostique de la maladie de Crohn. Les travaux ont été menés sur un nombre limité de patients et relèvent encore de la recherche fondamentale. Ils ne modifient donc pas, pour l’instant, la prise en charge médicale des personnes concernées.
En revanche, l’identification d’une signature virale sanguine ouvre des perspectives de recherche importantes. Selon les auteurs, ces travaux pourraient permettre, à terme :
- Une meilleure compréhension des mécanismes de la maladie, en particulier de la perméabilité de la barrière intestinale et du passage des bactériophages vers le sang ;
- L’étude du virome sanguin sur des cohortes plus larges, en tenant compte de l’activité de la maladie (poussée ou rémission) ;
- L’exploration de nouveaux biomarqueurs potentiels, en complément des marqueurs biologiques déjà utilisés ;
- Une meilleure compréhension de la présence de virus dans le sang, malgré l’action du système immunitaire.
Les résultats, publiés dans la revue scientifique Gastroenterology, suggèrent ainsi que l’analyse du virome sanguin pourrait devenir un nouvel outil de recherche pour affiner la compréhension des maladies inflammatoires chroniques intestinales.
La mise en évidence d’une signature virale dans le sang des personnes atteintes de la maladie de Crohn constitue une avancée importante pour la recherche. Elle met en lumière un champ encore peu exploré, celui des virus circulants, et renforce l’hypothèse d’un lien étroit entre altération de la barrière intestinale, microbiote et virome. Si cette découverte n’a pas d’impact immédiat pour les patients, elle ouvre des perspectives scientifiques prometteuses, susceptibles d’améliorer à terme la compréhension de la maladie et d’orienter de nouvelles pistes de recherche sur son suivi et ses mécanismes.
– Le virome sanguin humain diffère dans la maladie de Crohn. www.gastrojournal.org. Consulté le 13 janvier 2026.
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