Flore intestinale : en cause dans la maladie de Crohn ?

Dec 13, 2016 par

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La maladie de Crohn est une maladie rare due à l’inflammation chronique de l’intestin (MICI). Elle concerne 1 personne sur 1000 habitants en France, prévalence faible, à laquelle est dû son qualificatif de « maladie rare ». Quel est le rôle de la flore intestinale dans cette maladie ? Une récente étude s’est penchée sur le sujet, Santé sur le Net vous dévoile ses résultats surprenants !

A savoir ! La prévalence d’une maladie représente le nombre de cas atteints dans une population.

A quoi est due la maladie de Crohn ?

L’origine de cette maladie caractérisée par un dysfonctionnement immunitaire, est encore inconnue et impliquerait probablement un ensemble de facteurs génétiques et environnementaux. Elle peut se manifester sur toutes les parois du tube digestif de l’œsophage à l’anus, et peut aller jusqu’à nécessiter une intervention chirurgicale en cas de complication de type fistules, abcès et occlusions intestinales. Il est estimé que 70 % des patients atteints de cette maladie auront recours à la chirurgie au cours de leur vie. Mais quel rôle joue donc la flore intestinale dans cette maladie ? Afin de répondre à cette question, une récente étude s’est penchée sur la composition du mycobiome et du bactériome de patients atteints de la maladie de Crohn, ainsi que sur celle de leurs proches non-atteints, et sur celle d’inconnus en bonne santé.

A savoir ! La flore intestinale, également appelée microbiote intestinal, est constituée de différents types d’organismes comprenant des bactéries (ou bactériome) et des champignons (ou mycobiome). Elle assure la bonne fonction de l’intestin en participant à la dégradation de certains aliments. Elle exerce également un effet dans l’immunité de l’organisme en stimulant ou non le système immunitaire (certaines espèces bactériennes étant pro-inflammatoires et d’autres anti-inflammatoires).

Maladie de Crohn et flore intestinale

flore intestinaleL’étude parue en 2016 dans mBio, journal publié par la société Américaine de Microbiologie, souligne dans un premier temps les similitudes importantes existant entre le mycobiome (champignons évoluant dans la flore intestinale) des patients atteints de la maladie de Crohn et de leurs proches non-atteints (comparativement à des sujets inconnus), alors que l’on aurait pu s’attendre à des différences importantes.

Loin de surprendre les chercheurs, ce constat s’expliquerait par le fait que patients et proches et/ou membres d’une même famille partageraient des habitudes alimentaires, certains facteurs environnementaux, ainsi que des gènes (pour les membres d’une même famille), qui expliqueraient une composition très semblable, dans une même famille.


Par la suite, l’étude plus approfondie des flores intestinales des patients atteints de la maladie, comparées à celles de leurs proches, a permis de mettre en évidence :

  • Une proportion de bactéries potentiellement pathogènes élevée, et une proportion de bactéries bénéfiques réduite, dans le cas de la maladie de Crohn;
  • La présence d’un champignon, Candida tropicalis, en quantités particulièrement abondantes chez les patients atteints de la maladie de Crohn ;
  • La présence de Saccharomyces cerevisiae, champignon non-pathogène en quantité plus importante chez les proches non atteints que chez les patients atteints ;
  • La présence d’un anticorps anti-Saccharomyces cerevisiae, un marqueur de la maladie de Crohn, en quantité élevée chez les patients atteints ;
  • Une association entre la présence du champignon Candida tropicalis et de l’anticorps anti-Saccharomyces cerevisiae qui détruirait ce champignon bénéfique (Saccharomyces cerevisiae).

A savoir ! Un agent pathogène, est un agent capable de causer une lésion ou une maladie.

Comment interpréter ces résultats ?

Les chercheurs mettent en avant la probable formation d’un biofilm (structure adhérente composée de différents organismes) qui tapisserait l’intestin et qui serait en partie composé par le champignon Candida tropicalis associé à d’autres bactéries présentes dans la flore intestinale.  Ce biofilm recouvrant les parois de l’intestin, générerait une réaction inflammatoire, fait indiqué par l’augmentation de l’anticorps anti-Saccharomyces cerevisiae, et qui pourrait être dû à l’émission de filaments virulents par le champignon, pour se propager. Ces filaments pourraient entrainer des dommages sur les tissus de l’hôte (ici le tissu intestinal) ainsi qu’une inflammation locale.

L’implication exacte de ces phénomènes dans la maladie de Crohn reste encore à déterminer, mais ces résultats permettraient d’envisager de nouvelles approches thérapeutiques pour le traitement futur de la maladie.


Yasmine Z., Journaliste Scientifique


Source


Hoarau et al. Bacteriome and Mycobiome Interactions Underscore Microbial Dysbiosis in Familial Crohn’s Disease. mBio. 20 September 2016

Maladie de Crohn. Ameli-sante. Consulté le 12 décembre 2016

La maladie de Crohn.  sante-sur-le-net.com

Yasmine Z.
Journaliste Scientifique.
Biologiste spécialisée en Pharmacologie Clinique.
Passionnée d’écriture, elle a un tempérament créatif et un style d’aplomb.
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