hépatite EL’hépatite E est une pathologie hépatique d’origine virale. Cette maladie habituellement bénigne peut, cependant, provoquer chez des patients plus vulnérables de graves complications pouvant menées au décès. On estime à environ 20 millions le nombre d’individus infectés par le virus de l’hépatite E. L’OMS évalue à 44 000 le nombre de décès en 2015 liés à cette infection.

Définition

L’hépatite E est une infection du foie. Elle est provoquée par le virus de l’hépatite E (VHE). Ce dernier engendre des lésions inflammatoires au niveau du foie et altère les cellules hépatiques. Ces atteintes sont temporaires et s’estompent à la guérison.

À savoir ! On distingue 5 virus capables d’infecter et de provoquer une inflammation du foie. Chacun est désigné par une lettre : A, B, C, D et E. Le mode de transmission ainsi que leur agressivité permet de les différencier .

On distingue trois formes d’hépatite E :

  • Aiguë, asymptomatique dans plus de 70% des cas. Une hépatite fulminante peut cependant en découler ;
  • Chronique, essentiellement les patients avec une déficience du système immunitaire ;
  • Extra-hépatique, notamment neurologique observée dans 15% des cas d’infection aiguë ou chronique. Des atteintes rénales sont également décrites.

L’infection est présente dans le monde entier. Elle est courante dans les pays en développement ayant des conditions d’hygiène encore médiocres et un accès insuffisant à l’eau potable. On décrit dans ces pays à la fois des cas sporadiques (ou isolés) et endémiques. Tandis que dans les pays où les conditions d’hygiène et les services d’approvisionnement en eau sont meilleurs, on observe uniquement des cas sporadiques.

À savoir ! Le virus de l’hépatite E a été identifié pour la première fois en 1983. Sa structure génétique est très variable puisque l’on compte 4 génotypes (composition génétique d’un organisme) majeurs comprenant chacun plusieurs sous-types. Seuls le génotype 1 et 2 sont retrouvés chez l’être humain. Les 3 et 4 sont présents chez certaines espèces animales telles que le sanglier, le porc ou le daim et n’affectent l’homme qu’occasionnellement .

La voie de transmission du virus est dite féco-orale. En effet, les personnes infectées par le virus l’éliminent dans leurs selles. Ainsi, dans les pays où l’hygiène est faible, les individus se contaminent majoritairement par la consommation d’eau ou d’aliments souillés (coquillage, légumes, fruits).

Dans les pays ayant une meilleure hygiène, la contamination est rare mais possible via la consommation de porc ou de sanglier crus ou insuffisamment cuits. Selon l’Agence Nationale de sécurité sanitaire, en France, ce sont plus particulièrement les produits à base de foie de porc (saucisse de foie, foie sec, quenelles de foie, figatelli, etc.) qui sont mis en cause. Enfin, plus exceptionnellement, l’infection peut être transmise par des produits biologiques d’origine humaine (transfusion, greffe).

Dans les zones endémiques, l’infection touche plus volontiers les jeunes adultes entre 15 et 40 ans. Les enfants touchés ne présentent aucun symptôme ou alors une forme très atténuée de la maladie.

Symptômes de l’hépatite E

L’hépatite E est fréquemment (près de 70% des cas) asymptomatique (absence de signes cliniques). Cependant, après une incubation de 2 à 8 semaines, l’hépatite E peut parfois entraîner des formes symptomatiques proches de l’hépatite A.

Une première période dite pré-ictérique, c’est-à-dire précédent l’apparition de l’ictère (coloration jaune des tissus), est caractérisée par divers symptômes tels que :

  • Une perte d’appétit ;
  • Des nausées ;
  • Des douleurs abdominales ;
  • Une fatigue importante ;
  • Un syndrome grippal (fièvre, maux de tête, douleurs musculaires) ;
  • Des douleurs dans les articulations ;
  • De l’urticaire.

Cette première phase dure entre une à trois semaines.

Une seconde phase, appelée ictérique cette fois-ci est marquée par l’apparition d’une jaunisse associée à une décoloration des selles, des urines foncées et parfois des démangeaisons. En revanche, les symptômes de la première phase s’estompent dans les quelques jours suivant l’apparition de l’ictère.

L’évolution est en général spontanément favorable en 3 à 5 semaines. Cependant, elle peut aussi évoluer vers une forme fulminante nécessitant une transplantation hépatique et pouvant conduire au décès du patient. On estime le nombre de décès à 1 voire 4% chez les adultes. Les formes sévères sont surtout observées chez les patients déjà porteurs d’une maladie chronique du foie et chez les femmes enceintes (décès dans 15 à 20% des cas).

Par ailleurs, l’hépatite E peut aussi entraîner des symptômes extra-hépatiques : pancréatite aiguë (inflammation du pancréas), atteinte rénale ou neurologique (syndrome de Guillain-Barré, encéphalite, etc.), thrombocytopénie (quantité anormalement basse du nombre de plaquettes).

Diagnostic

Le médecin ne peut pas distinguer l’hépatite E des autres hépatites uniquement sur l’examen clinique. En revanche, le diagnostic est fortement envisagé en cas de contexte épidémiologique.

En général, le diagnostic est confirmé par une prise de sang permettant la mise en évidence d’anticorps chez le patient. Cet examen suffit dans les zones où la maladie est fréquente.

Il existe cependant, d’autres tests à disposition comme la RT-PCR permettant de détecter le matériel génétique du virus présent dans le sang et les selles du patient. Cette technique nécessitant un laboratoire spécialisé est utilisée dans les zones où l’hépatite E est rare et dans les cas d’infection chronique.

Traitement

Dans le cas d’une hépatite aiguë, aucun traitement n’est nécessaire pour traiter une hépatite E compte tenu du fait que la maladie régresse spontanément. Une hospitalisation peut toutefois être requise en cas d’hépatite fulminante ou lorsqu’une femme enceinte présente des symptômes.

Pour une hépatite chronique, un traitement spécifique à la ribavirine (médicament antiviral) est utile chez les patients ayant une déficience immunitaire. Des interférons peuvent être utilisés dans certaines situations également.

Prévention

Dans les pays en voie de développement à l’hygiène médiocre, la transmission du VHE et le nombre de malades peuvent être diminués en adoptant quelques mesures individuelles et collectives.

Au niveau collectif, il est possible de :

  • Maintenir des normes de qualité pour les approvisionnements publics en eau ;
  • Mettre en place des systèmes d’élimination des selles.

Au niveau individuel, le risque peut être réduit en :

  • Adoptant des règles d’hygiène de base comme le lavage des mains avant de manger ou de manipuler des aliments et après avoir été aux toilettes ;
  • Evitant de consommer de l’eau et/ou glaçon d’origine et donc de qualité inconnue ;
  • Respectant les pratiques d’hygiène de l’OMS.

En France, l’Anses a élaboré des recommandations :

  • Se laver les mains, laver les ustensiles et les surfaces après manipulation de foie de porc cru ;
  • Cuire suffisamment les aliments ;

Ces recommandations doivent être particulièrement suivies chez les individus présentant une sensibilité vis-à-vis du virus (patients sous immunosuppresseur ou ayant une maladie chronique du foie) et chez les femmes enceintes.

  • Informer les médecins et les personnes à risque sur l’hépatite E et les moyens de prévention. Eventuellement, procéder à un test destiné à vérifier l’existence d’une immunité vis-à-vis du virus de l’hépatite E ;
  • Respecter les mesures d’hygiène et de stockage appropriées des déchets et cadavres d’animaux pour les travailleurs en contact avec des carcasses ou des animaux vivants ;
  • Faire figurer une information visible et lisible sur les aliments à risque pour rappeler aux consommateurs la nécessité d’une cuisson à cœur.

Charline D., Pharmacien

– Hépatite E. OMS. Juillet 2017.
– Hépatite E. Santé publique France. Le 19 septembre 2014.
– L’hépatite E. Anses. Le 5 octobre 2017.