Découverte d’un nouvel organe disséminé dans tout le corps : l’interstitium

Apr 5, 2018 par

A l’automne 2017, des chercheurs irlandais de l’université de Limerick identifiaient le mésentère, un tissu reliant l’intestin aux parois abdominales, comme un organe à part entière et portait ainsi le nombre d’organes humains à 79. Seulement six mois après cette annonce et contre toutes attentes, des gastroentérologues new-yorkais viennent de découvrir le probable 80ème organe humain : l’interstitium. En effet, en réalisant une endoscopie digestive spécifique sur un patient, les médecins ont découvert un réseau de canaux transportant des fluides et situé sous les muqueuses des organes. Au-delà de révéler, une fois de plus, l’extrême complexité du corps humain, cette découverte va permettre de mieux comprendre la propagation de certaines pathologies comme les cancers. Focus sur cette étude parue dans la revue Scientific Reports.Interstitium


Comme point de départ, un examen de routine

L’étude supervisée par le médecin David Carr-Locke du département des maladies digestives du centre médical du Mount Sinai Beth Israel et le pathologiste Neil Theise de l’école de médecine de l’université de New York a surpris, ces derniers jours, la communauté internationale de médecine.

En réalisant une endomicroscopie confocale par laser dans le conduit biliaire d’un patient afin de contrôler l’aspect des cellules, les chercheurs ont identifié un profil histologique tout à fait inconnu.

À savoir ! Une endomicroscopie (endoscope + microscope) confocale par laser est une technique d’imagerie in vivo qui fournit une image en temps réel des structures histologiques pendant une endoscopie. Afin de visualiser les tissus, on injecte un agent de contraste fluorescent (fluorescéine), par voie intraveineuse au patient. Cette technique permet d’observer des tissus humains à l’échelle cellulaire à une profondeur de 60 à 70 μm.

Pour poursuivre leurs investigations, ils ont prélevé ce tissu biliaire (biopsie) chez une douzaine de patients opérés.

Grâce à la même technique d’imagerie médicale, les chercheurs ont observé que ce tissu conjonctif, -situé en dessous de la peau, comportait un espace interstitiel rempli de liquide servant à la formation de la lymphe, le liquide biologique transporté par le système lymphatique et contenant des globules blancs (les lymphocytes), des nutriments, des déchets cellulaires ou des cellules de l’organisme.

D’un point de vue de son architecture, ce tissu est soutenu par un réseau complexe de fibres de collagène et d’élastine, des protéines souples permettant notamment d’amortir les chocs.

Pour aller plus loin, les chercheurs ont étudié de près les sous-muqueuses de l’ensemble du tractus gastro-intestinal, de la vessie, du derme, et des tissus souples entourant les bronches ou les artères.

Leurs observations ?

La même structure tissulaire remplie de fluide, nommée « interstitium » par les chercheurs, est retrouvée dans toutes les parties du corps et présente des interconnexions.

Objectif : décrypter rapidement les fonctions de cet interstitium

Selon Neil Theise qui s’est confié dans le quotidien britannique The Independent « Pouvoir analyser ce fameux liquide interstitiel pourrait aussi ouvrir la voie vers de fabuleuses découvertes en médecine et affiner d’autant plus certains diagnostics ».

En effet, ce système de circulation à l’intérieur des organes, et en continuité avec les vaisseaux lymphatiques drainant, permettrait de comprendre comment certaines cellules cancéreuses se propagent à l’intérieur du corps (métastases) et pourquoi certains cancers sont plus agressifs que d’autres.

Pour les chercheurs, cet interstitium pourrait aussi expliquer certains mécanismes – responsables de la survenue d’œdème (comme le lymphœdème), de troubles inflammatoires ou de fibrose.

En attendant sa qualification, ou non, de 80ème organe du corps humain, l’interstitium continue d’être exploré par les chercheurs new-yorkais. Ils tentent d’identifier les molécules et cellules (molécules de signalisation, molécules inflammatoires, cellules tumorales) qui transitent via son fluide.

L’enjeu thérapeutique à court terme pour les chercheurs ? Mettre au point une méthode pour utiliser l’analyse de ce fluide comme – outil de diagnostic précoce à différentes pathologies.

Julie P., Journaliste scientifique

– Le plus grand organe du corps humain vient d’être découvert. Courrier International. Consulté le 3 avril 2018.
– Structure and Distribution of an Unrecognized Interstitium in Human Tissues. Scientific Report. PC Benias ; RG Wells et al. Consulté le 3 avril 2018.
– Interstitium: New organ discovered in human body after it was previously missed by scientists. The Independent. Josh Gabbatiss. Consulté le 3 avril 2018.
Julie P.
Journaliste scientifique.
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