crudivorisme

Le crudivorisme est une pratique alimentaire, qui consiste à se nourrir majoritairement, voire exclusivement, d’aliments crus. A l’image du végétarisme, cette pratique connaît un essor important depuis quelques années, ses adeptes revendiquant de se sentir en meilleure forme, grâce une alimentation crue. Néanmoins, des précautions sont nécessaires pour prévenir certaines carences en nutriments.

Qu’est-ce que le crudivorisme ?

Le crudivorisme, parfois appelé l’alimentation vivante, est une pratique alimentaire particulière née aux USA, qui consiste à se nourrir, en grande majorité ou exclusivement, d’aliments crus. Toutefois, la cuisson des aliments n’est pas totalement interdite, puisque les crudivores peuvent consommer certains aliments cuits à une température inférieure à 40°C. Cette température est considérée comme la limite au-delà de laquelle :

  • Les aliments sont dénaturés par la cuisson ;
  • Des nutriments essentiels sont perdus ;
  • Les enzymes de digestion présentes dans les aliments sont détruites.

Par ailleurs, les aliments crus consommés ne doivent subir aucune transformation physique ou chimique, à l’exception des deux procédés suivants :

  • La germination ;
  • La fermentation.

Certaines personnes optent pour un régime crudivore sur une période de temps limitée (sous forme de cures ou de régimes ponctuels), tandis que d’autres deviennent crudivores sur le long terme.

Le crudivorisme est souvent associé à d’autres pratiques culinaires, telles que :

  • Le végétarisme ou régime végétarien, qui exclut la consommation de tout aliment à base de chair animale. Les végétariens peuvent consommer certains produits d’origine animale comme les œufs ou les produits laitiers ;
  • Le végétalisme ou régime végétalien, qui exclut tout aliment d’origine animale. Le véganisme, encore appelé végétalisme intégral, va au-delà de l’alimentation et exclut tout produit d’origine animale dans la vie quotidienne, notamment dans les vêtements, les cosmétiques, etc. ;
  • Le fruitarisme, qui consiste à ne consommer que des fruits au sens botanique du terme et exclut donc tous les végétaux arrachés de la terre.

Crudivorisme et alimentation équilibrée

Contrairement à certaines idées reçues, les crudivores ne consomment pas uniquement des fruits et des légumes crus. L’alimentation associée au crudivorisme peut être diversifiée, avec :

  • Des fruits et légumes frais ;
  • Des graines et des noix ;
  • Des légumineuses germées ;
  • Des céréales ;
  • Du poisson cru ;
  • De la viande crue.

Néanmoins, le crudivorisme s’associe généralement à une réduction de la consommation de viandes et de poissons. De plus, ce mode alimentaire est souvent moins calorique qu’un mode d’alimentation normal, justement par la réduction des aliments d’origine animale.

Parallèlement, le crudivorisme n’implique pas forcément que les menus soient servis froids. En effet, il est possible de cuire et de chauffer les aliments jusqu’à une température de 40°C.

En théorie, le crudivorisme n’est pas incompatible avec une alimentation équilibrée et diversifiée, à condition de respecter quelques règles essentielles de nutrition et de veiller à l’ensemble des apports nutritionnels quotidiens.

Crudivorisme et santé

Les adeptes du crudivorisme revendiquent de nombreux bienfaits santé grâce à ce mode d’alimentation. Selon eux, le crudivorisme permet notamment de :

  • Se sentir en meilleure forme ;
  • Ralentir les phénomènes de vieillissement ;
  • Détoxifier l’organisme ;
  • Contrôler son poids corporel ;
  • Réduire le risque de certaines maladies (maladies chroniques, cancers, …) associées à l’alimentation moderne.

Malgré ces revendications, aujourd’hui très peu d’études ont été menées pour prouver scientifiquement d’éventuels bénéfices pour la santé d’un régime crudivore par rapport à une alimentation normale.

Sur le plan de la digestion, les aliments crus sont généralement digestes, sauf certains qui nécessitent absolument une cuisson. L’absence de cuisson à des températures élevées permet de supprimer la dénaturation de certains nutriments, mais aussi d’éviter la formation de substances toxiques pour l’organisme lors de la cuisson. Les aliments conservent ainsi toutes leurs propriétés nutritives, avec l’intégralité des vitamines et des sels minéraux et des fibres alimentaires non dégradées. Toutefois, certaines précautions sont nécessaires pour préserver les qualités nutritionnelles des aliments crus :

  • Privilégier des aliments d’origine biologique, pour limiter les résidus de pesticides ;
  • Conserver les aliments dans de bonnes conditions ;
  • Consommer les aliments très rapidement pour éviter les pertes de vitamines et de sels minéraux.

Si l’absence de cuisson à température élevée permet de préserver une grande partie des substances présentes dans les aliments, certaines substances n’acquièrent leur potentiel nutritionnel que par la cuisson. A titre d’exemple, il est possible de citer le lycopène de la tomate et le béta-carotène de la carotte, deux antioxydants naturels, dont la teneur augmente après la cuisson. De même, certains aliments ne peuvent pas être consommés crus, et ne deviennent comestibles et assimilables qu’après la cuisson. Par exemple, l’amidon des pommes de terre est indigeste avant cuisson, tandis que les légumineuses renferment des substances parfois toxiques lorsqu’elles sont crues.

Parallèlement, la consommation d’aliments crus peut être associée à une augmentation du risque d’infections alimentaires. En effet, la cuisson et la pasteurisation sont reconnues comme les moyens les plus efficaces de détruire les agents pathogènes (bactéries, virus, parasites) présents sur et dans les aliments. L’absence de cuisson impose ainsi des règles strictes d’hygiène et de conservation des aliments, pour limiter autant que possible le risque d’infection alimentaire. Le risque de salmonelloses est par exemple plus important dans le cas de la consommation d’aliments crus ou non pasteurisés.

Crudivorisme et carences alimentaires

Les spécialistes en nutrition estiment que le crudivorisme est susceptible d’exposer à certaines carences alimentaires, notamment en :

  • Vitamine B12 ;
  • Vitamine D ;
  • Calcium ;

Ces carences sont essentiellement liées à la réduction de la part des aliments d’origine animale.

Les adeptes du crudivorisme peuvent ainsi être exposés à des problèmes de santé particuliers, comme :

  • Une anémie en cas de carence en vitamine B12 ;
  • Des troubles osseux, avec une perte de densité minérale osseuse, en cas de carence en vitamine D et en calcium ;
  • Des troubles menstruels et des problèmes de fertilité, le zinc jouant un rôle essentiel dans la fonction de reproduction.

De ce fait, ce mode alimentaire est déconseillé pour certaines catégories de population, comme :

  • Les personnes atteintes de maladies chroniques ou avec un état de santé altéré ;
  • Les personnes souffrant de troubles d’estomac (en raison des fortes teneurs en fibres des aliments crus) ;
  • Les enfants et les adolescents (en pleine croissance) ;
  • Les femmes enceintes.

Dans tous les cas, il est recommandé de consulter un diététicien ou un nutritionniste pour un suivi alimentaire spécifique, afin de limiter les risques de carences et leurs conséquences sur la santé. Si besoin, des suppléments ou des compléments alimentaires spécifiques peuvent être prescrits pour prévenir tout risque de carence, surtout chez les personnes qui optent pour le crudivorisme sur le long terme.

Estelle B. / Docteur en Pharmacie

– Le crudivorisme. Société Suisse de Nutrition. Mars 2011.
– LE CRUDIVORISME, ALIMENTATION VIVANTE. Medinat. 2 décembre 2016.
– Gros plan sur le crudivorisme. RTBF.be. 9 octobre 2017.
– Le crudivorisme, manger cru pour être en meilleure forme. E-citizen. Consulté le 8 octobre 2018.