Pollution de l’air : des bébés plus souvent malades dès la première année de vie

Par |Publié le : 28 avril 2026|Dernière mise à jour : 27 avril 2026|4 min de lecture|

Bronchiolites, otites, sifflements… Les tout-petits vivant dans un environnement plus chargé en particules et gaz polluants semblent tomber malades plus souvent. Des scientifiques pointent du doigt leurs défenses immunitaires.

Des polluants atmosphériques soupçonnés de perturber la maturation du système immunitaire.

La qualité de l’air pourrait jouer un rôle déterminant dans la santé des tout-petits. Selon des résultats préliminaires d’une cohorte, présentés au congrès 2026 des Sociétés universitaires de pédiatrie (PAS), qui s’est tenu du 24 au 27 avril à Boston, les nourrissons exposés à davantage de pollution atmosphérique souffrent plus souvent d’infections respiratoires au cours de leur première année.

Rhumes à répétition, bronchiolites, bronchites ou encore otites, ces infections fréquentes chez les bébés pourraient être favorisées par l’air qu’ils respirent au quotidien. Les chercheurs observent également davantage de sifflements respiratoires, signe possible d’une gêne pour respirer, chez les enfants les plus exposés.

On sait déjà que l’environnement des premiers mois de vie influence durablement la santé. Le tabagisme passif, par exemple, est reconnu comme nocif pour les voies respiratoires. Mais l’effet plus large de la pollution urbaine sur le système immunitaire des nourrissons reste encore mal défini.

C’est tout l’objet de la cohorte IDEaL (Immune Development in Early Life), menée à Rome par l’Ospedale Pediatrico Bambino Gesù (OPBG), en Italie a pour objectif de mieux comprendre pourquoi certains enfants sont plus fragiles face aux infections, développent de l’asthme ou répondent différemment aux vaccins.

Des défenses immunitaires sous pression

Les scientifiques s’intéressent notamment aux polluants atmosphériques, de plus en plus soupçonnés de perturber la maturation du système immunitaire pendant les périodes critiques du développement. Or, les données de grande qualité sur les nourrissons sont encore limitées.

« Les résultats de l’étude IDEaL Rome suggèrent que l’air que respirent les nourrissons durant leur première année de vie a un impact qui dépasse largement le simple cadre de leurs poumons », explique dans un communiqué de presse, le Dr Donato Amodio, professeur adjoint à l’OPBG et auteur principal de l’étude. « Il pourrait influencer fondamentalement leur système immunitaire. Nous avons constaté un lien clair et significatif entre les polluants urbains courants et une incidence plus élevée d’infections respiratoires et de sifflements. Cette recherche souligne l’urgence de mettre en place des mesures de protection de l’environnement afin de préserver la santé de nos enfants durant leurs périodes de développement les plus critiques. »

Pour mener leurs travaux, les chercheurs ont suivi des nourrissons à plusieurs étapes-clés : à 2, 5, 9 et 12 mois. À chaque fois, les enfants ont bénéficié d’un examen clinique, complété par des entretiens téléphoniques avec les familles. Toutes les infections respiratoires diagnostiquées par un médecin ainsi que les épisodes de sibilances (des sifflements respiratoires) ont été enregistrés.

Les particules fines dans le viseur des scientifiques

En parallèle, les scientifiques ont estimé l’exposition de chaque enfant à la pollution en croisant l’adresse des familles avec les stations de surveillance de la qualité de l’air les plus proches. Ils ont mesuré l’exposition à plusieurs polluants : les particules fines PM₁₀, ainsi que des gaz issus notamment du trafic routier, comme les oxydes d’azote (NOₓ) et le dioxyde d’azote (NO₂).

Les résultats montrent que plus un nourrisson est exposé à la pollution de l’air au fil des mois, plus il risque d’enchaîner les infections respiratoires au cours de sa première année. Parmi les polluants étudiés, les particules fines (ces poussières invisibles en suspension dans l’air) semblent les plus fortement associées à cette hausse du risque. Les gaz issus notamment du trafic routier, comme les oxydes d’azote et le dioxyde d’azote, montrent eux aussi un lien important.

Même observation du côté des sifflements respiratoires, ces bruits qui peuvent traduire une gêne pour respirer. Les bébés les plus exposés aux particules fines et aux polluants liés à la circulation présentent davantage de ces épisodes. Autrement dit, plus l’air est pollué, plus les jeunes enfants semblent vulnérables aux troubles respiratoires.

Certaines maladies prises individuellement suivent la même tendance, même si l’effet est moins marqué. C’est le cas de la bronchiolite, la bronchite, l’otite moyenne aiguë, ou encore une infection par le SARS-CoV-2.

Ces résultats ne prouvent pas à eux seuls que la pollution cause directement ces infections. Mais ils renforcent l’idée qu’elle pourrait fragiliser les défenses immunitaires des nourrissons. Les chercheurs souhaitent désormais affiner leurs estimations grâce à des données environnementales encore plus précises pour mieux comprendre les mécanismes biologiques à l’œuvre.

Sources
– Ambient air pollution is associated with respiratory infection burden in the first year of life. www.eurekalert.org. Consulté le 24 avril 2026.
Sources

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Elodie Vaz
Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023, Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes. Carte de presse numéro 143067