Pollution intérieure : les conseils du cardiologue Pierre Souvet pour assainir son logement sans paniquer
On croit son logement protecteur, il peut pourtant exposer à de nombreux risques discrets. Un spécialiste livre des pistes simples pour mieux vivre chez soi, sans bouleverser son quotidien.

L’air que nous respirons, l’eau que nous buvons, les objets qui nous entourent, aucun pan de notre quotidien n’échappe aujourd’hui aux polluants. Pourtant, c’est souvent à domicile, là où l’on pense être le plus en sécurité, que l’exposition est la plus forte. Une réalité encore largement méconnue, que le cardiologue et spécialiste en santé environnementale Pierre Souvet s’attache à rendre accessible, dans son ouvrage “Anti-toxique, le guide des polluants cachés”, paru en avril aux Éditions Albin Michel.
D’emblée, le médecin invite à changer de regard. « Ce n’est pas de notre faute. On a pas été informé, il ne faut pas culpabiliser. » Dans un contexte où les discours environnementaux peuvent générer de l’anxiété, il revendique une approche pragmatique : informer, mais sans alarmer. « On peut agir et prendre soin de sa santé et celle de ces proches. »
Un espace clos loin d’être neutre
Nous passons l’essentiel de notre temps en intérieur. Or, comme le rappelle ce spécialiste, ces espaces clos concentrent une multitude de substances chimiques tels que des composés organiques volatils, des particules fines ou encore des résidus de produits du quotidien. Les sources sont nombreuses, souvent banales : matériaux de construction, produits d’entretien, textiles, appareils électroniques.
L’idée selon laquelle l’air intérieur serait plus sain que l’air extérieur ne tient plus. « Il y a plusieurs paramètres qui polluent l’air intérieur comme les systèmes d’aération qui sont absents ou défectueux, les spray odorisants, l’encens… C’est un peu comme en voiture si on aère pas on respire un air très pollué », explique Pierre Souvet. Faute de renouvellement de l’air, les polluants s’accumulent et finissent par former un environnement saturé, parfois sans odeur ni signe visible.
Le poids des objets du quotidien
L’un des apports du livre est de déplacer l’attention vers des sources de pollution insoupçonnées. Les meubles, par exemple, sont loin d’être inertes. Fabriqués à partir de panneaux de particules ou de matériaux composites, ils peuvent libérer du formaldéhyde et d’autres composés irritants pendant des semaines, voire des mois.
« Le mobilier neuf présente une forte concentration de ce polluant. Il faut les faire les assainir en les laissant à l’extérieur pour diminuer leur concentration. » Une recommandation simple, qui rejoint les observations faites dans l’ouvrage : les matériaux, colles et vernis émettent des substances susceptibles d’affecter les voies respiratoires ou de provoquer des maux de tête.
D’autres éléments du quotidien participent à cette exposition diffuse. Les encens et bougies, qui émettent des particules fines, les textiles traités chimiquement, ou encore les produits ménagers parfumés en sont des exemples. Autant de sources qui, cumulées, contribuent à une contamination chronique, progressive et souvent difficile à identifier.
Ventiler, le geste le plus efficace
Face à cette complexité, le médecin insiste sur des gestes simples. Le premier d’entre eux est aussi le plus accessible : l’aération. « Il faut renouveler l’air de la maison quotidiennement même en hiver. Cinq minutes d’aération matin et soir suffisent »
Cette habitude, régulièrement rappelée dans l’ouvrage, permet de réduire significativement la concentration de polluants intérieurs. Elle s’accompagne d’autres réflexes comme aérer la cuisine lors de la cuisson, limiter les plastiques au contact des aliments, ou encore éviter les sprays. « Dans la salle de bain, préférez les sticks au spray », résume-t-il. Derrière ces conseils se dessine une ligne directrice : réduire l’exposition sans bouleverser son mode de vie. « Ne jamais oublié : le propre n’a pas d’odeur. »
Une exposition précoce et inégale
Le livre souligne également que cette exposition commence très tôt, parfois dès la naissance. Les nourrissons, les femmes enceintes ou les personnes fragiles sont particulièrement vulnérables à ces polluants, en raison de leur sensibilité physiologique.
Pour ces publics, la vigilance passe notamment par le choix des matériaux et des textiles. « Je conseille de vérifier les labels européens. C’est une protection. (GOTS, Oeko-Tex) », indique le médecin, qui recommande également de s’appuyer sur des applications pour décrypter les produits.
Entre lucidité et mesure
Reste une question centrale. Comment concilier cette prise de conscience avec une vie quotidienne sereine ? Là encore, le discours se veut mesuré. « On ne va pas changer le monde en une fois mais chaque pas est une petite victoire. »
Loin des injonctions radicales, l’ouvrage plaide pour une approche progressive. « Le plus important est de ne pas culpabiliser. Chaque petit changement est une victoire qu’il faut valoriser. Il faut se faire du bien. On ne peut pas échapper à tout. »
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