Prescription médicale : Quand le pharmacien ajuste le nombre de boîtes !

Nov 5, 2020 par

Et si au moment de la délivrance de médicaments au comptoir, les pharmaciens pouvaient désormais ajuster le nombre de boîtes initialement prescrites par le médecin ? C’est ce que prévoit le « dispositif de dispensation adaptée de la prescription médicale » qui vise à répondre plus précisément au besoin thérapeutique du patient.

une main prenant une boite de médicaments dans un placard de pharmacie

Pourquoi adapter la dispensation médicamenteuse ?

Le traitement de certaines affections telles que la douleur ou la constipation implique parfois de laisser la posologie médicamenteuse à l’appréciation du patient, sous contrôle de son médecin traitant. Ce dernier inscrit sur la prescription une dose minimale et une dose maximale quotidienne à ne pas dépasser. Le patient adapte alors lui-même, chaque jour, la dose de médicament en fonction de la sévérité de ses symptômes.

Si elle s’avère confortable pour le patient, cette pratique courante n’est cependant pas sans risque. Le stockage excessif de médicaments à son domicile peut en effet être à l’origine d’effets indésirables, de mésusage ou de gaspillage.

Dans ce contexte, la Convention nationale pharmaceutique vient de signer un tout nouveau dispositif appelé « dispositif de dispensation adaptée de la prescription médicale» (dispositif DAD). Ce dispositif permet aux pharmaciens d’ajuster précisément le nombre de boîtes de médicaments délivrées au besoin thérapeutique du patient afin de favoriser l’observance du traitement tout en limitant les risques d’utilisation.

Comment ajuster la quantité à délivrer des médicaments concernés ?

Seules les spécialités appartenant à vingt-deux classes thérapeutiques définies sont éligibles à ce dispositif de dispensation adaptée. Il s’agit de médicaments pour lesquels la posologie peut varier dans le temps en fonction de l’intensité des symptômes ressentis par le patient.

À savoir ! La liste des spécialités concernées est consultable en ligne. Il s’agit principalement de médicaments agissant sur les troubles gastriques (antiacides, antispasmodiques, laxatifs, antidiarrhéiques…) et sur la douleur (anti-inflammatoires non stéroïdiens, antipyrétiques…), ainsi que des émollients, des lubrifiants oculaires et des produits antiseptiques.

Le pharmacien ne pourra adapter la dispensation qu’en termes de nombre de boîtes de médicaments. Il ne pourra modifier ni le statut du médicament (princeps ou générique) ni la durée du traitement prescrit.

À savoir ! La dispensation adaptée de la prescription peut être réalisée quel que soit le prescripteur (généraliste, spécialiste, ou autre professionnel prescripteur) et quel que soit l’âge du patient.

Par ailleurs, vu que l’adaptation de posologie est laissée à l’appréciation du patient, la quantité de médicaments à délivrer peut varier à chaque fois. Face à une prescription initiale ou à un renouvellement d’ordonnance, le pharmacien devra donc prendre en considération certains critères afin d’ajuster au mieux la quantité de boîtes à délivrer :

  • La quantité estimée pour couvrir la durée de la prescription.
  • La consommation moyenne du patient : à travers la posologie quotidienne moyenne utilisée au cours des précédentes semaines (dans le cas d’un traitement chronique).
  • Le stock éventuel du médicament prescrit dont le patient disposerait chez lui.

Certaines classes de médicaments demandent également une vigilance supplémentaire de la part du pharmacien. C’est le cas par exemple des collyres, des formes liquides ou des topiques dont le pharmacien doit vérifier :

  • Le bon usage en toute sécurité par le patient.
  • Le respect des conditions de conservation.

Estimer les économies générées grâce à l’intervention du pharmacien

L’intervention du pharmacien dans le cadre de ce nouveau dispositif est reconnue par l’Assurance Maladie et rémunérée depuis le 1er juillet 2020. La rémunération du pharmacien s’élève à 10 centimes d’euros par adaptation pharmaceutique avec un maximum de 10 adaptations de dispensation pour une seule ordonnance.

La quantification du nombre de dispensations adaptées réalisées pour chaque ordonnance s’effectue au moyen d’un code traceur spécial intitulé code « DAD ». D’après l’Union des Syndicats de Pharmaciens d’Officine, plus de 700 000 codes actes DAD auraient déjà été tracés au cours des 2 premiers mois d’application de ce dispositif.

Par ailleurs, ce nouveau code traceur se révèle précieux pour l’Assurance maladie dans la mesure où il va permettre d’estimer les économies générées grâce à l’intervention du pharmacien. Un bilan du dispositif est d’ailleurs prévu chaque année pour reverser une partie des économies générées aux pharmaciens.

A travers la reconnaissance de cette première intervention pharmaceutique, les pharmaciens d’officine voient leur rôle valorisé auprès des patients. Mis en place pour 2 ans (jusqu’au 1er juillet 2022), le dispositif DAD pourrait donc avoir de beaux jours devant lui et ouvrir la voie à la reconnaissance de nouvelles interventions pharmaceutiques !

Déborah L., Docteur en Pharmacie

Sources

– Prescription médicale : quelles adaptations le pharmacien peut-il faire lors de la dispensation ? Vidal. Consulté le 29 octobre 2020.
– DAD – Une première intervention pharmaceutique qui démarre vite. Point info USPO. Consulté le 13 octobre 2020.

Deborah L.
Pharmacienne.
Spécialisée dans les domaines de la santé, de la nutrition et de la cosmétologie.
Passionnée par l'écriture, elle sait allier la rigueur scientifique à la beauté de notre langue.
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