Que se passe-t-il dans notre cerveau quand on prie ?

Jul 14, 2018 par

Apaisement, détente, sensation de chaleur… le bien-être ressenti par certaines personnes après un moment de prière ou de méditation n’est plus à démontrer. Mais, dans quelles mesures ces activités religieuses ou spirituelles modifient-elles notre cerveau ? Focus sur une étude américaine qui a exploré les recoins cérébraux de 19 Mormons.

une femme est entrain de faire une prière.

Prière et circuit de la récompense

“Nous commençons juste à comprendre comment le cerveau contribue aux expériences que les croyants interprètent comme spirituelles, divines, voire transcendantes souligne Jeff Anderson, professeur en radiologie et co-auteur de l’étude.

Afin de mener à bien cette expérience, des chercheurs de l’université médicale de l’Utah ont sollicité 19 membres de la communauté mormone vivant à Salt Lake City. Parmi eux, il y avait 12 hommes et 7 femmes âgés en moyenne de 28 ans.

Lorsque les croyants de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours ressentaient des sentiments religieux, et notamment au moment de la prière, ou de la lecture de leur Bible, les neuroscientifiques ont observé leurs activités cérébrales grâce à l’Imagerie par Résonnance Magnétique Fonctionnelle (IRM f).

À savoir ! L’IRMf est une technique permettant de visualiser le fonctionnement cérébral en mesurant l’oxygénation qui augmente localement dans les régions du cerveau activées.

Quels sont les résultats obtenus ?

Tout d’abord, lorsqu’on leur demande, les participants évoquent ressentir un sentiment de paix et une sensation physique de chaleur.

“Quand nos sujets étaient amenés à penser à un sauveur, à un être familial décédé ou à une récompense céleste, cela se voyait dans leur cerveau comme dans leur corps” souligne Michael Ferguson, bioingénieur et co-auteur de l’étude.

En effet, les chercheurs ont mis en évidence que c’est le circuit de la récompense du cerveau (localisée dans le noyau accumbens) qui est activé quand le croyant ressent des sentiments spirituels. Ce fait expliquerait alors pourquoi un croyant éprouve une forme de plaisir lorsqu’il se concentre sur des actions religieuses notamment lors d’une prière.

Autres structures du cerveau activées : le cortex préfrontal et le cortex frontal impliqués dans le jugement, le raisonnement moral et l’attention.

D’un point de vue physiologique, les chercheurs ont également mis en évidence que le sentiment spirituel entraîne :

  • Une accélération du rythme cardiaque ;
  • Une respiration plus profonde.

À savoir ! Le circuit de la récompense dans le cerveau est un système fonctionnel indispensable à la survie, car il fournit la motivation nécessaire pour réaliser des actions et avoir un comportement adapté pour la survie de l’individu. Il est constitué d’une composante affective (plaisir/déplaisir), motivationnelle (recevoir une récompense) et cognitive (apprentissage par conditionnements). Son dysfonctionnement serait à l’origine de troubles du comportement ou de la dépendance à des substances (psychotropes, jeux vidéo, etc…) ou à des comportements.

Comprendre comment l’expérience religieuse influence nos décisions

Cette étude s’intègre dans le projet “Religious Brain Project”, créé en 2014 à l’université américaine d’Utah dont l’ambition est d’observer les mécanismes cérébraux activés lors d’expériences spirituelles ou dans les croyances religieuses.

Les auteurs souhaitent donc prochainement :

    • Réaliser la même expérience avec des croyants d’autres religions ou d’autres pratiques méditatives et contemplatives (méditation pleine conscience, pratiques spirituelles orientales) ;
    • Comparer ces résultats et montrer (ou pas) l’universalité de ces activations cérébrales dans un contexte de pratiques spirituelles ;
    • Etudier dans quelles mesures la pratique d’une religion peut devenir un attachement mais aussi, une dépendance comportementale en stimulant le circuit de la récompense.

“L’expérience religieuse est peut-être la partie la plus influente de la façon dont les gens prennent des décisions qui nous affectent tous, pour le bien et pour le mal. Comprendre ce qui se passe dans le cerveau pour contribuer à ces décisions est vraiment important “ conclut Jeff Anderson dans un communiqué de presse de l’université de l’Utah.

Julie P., Journaliste scientifique

– Religion : prier implique les mêmes zones du cerveau que la drogue ou le sexe. Science et Avenir. M.A ferguson et al. Consulté le 7 juillet 2018.
– Reward, salience, and attentional networks are activated by religious experience in devout Mormons? Social neuroscience. H.Jalinière. Consulté le 9 juillet 2018.
Julie P.
Journaliste scientifique.
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