addictions comportementales

Scientifiquement et médicalement parlant, les addictions sont des pathologies cérébrales caractérisées par une dépendance à une substance ou à une activité, avec des conséquences délétères. Classiquement, quand on parle d’addiction, on imagine le tabac, l’alcool, la cocaïne ou encore le cannabis, mais les dépendances comportementales en font également partie.

Addictions comportementales : définition

Il est fréquent d’entendre parler des addictions aux drogues. En revanche, les discussions concernant les dépendances comportementales, pourtant toutes aussi handicapantes, sont beaucoup moins courantes.

Ainsi, on peut citer : les addictions aux jeux de hasard et d’argent, les addictions aux jeux vidéo, les achats compulsifs, les addictions alimentaires ou sexuelles, etc.

Il existe beaucoup de similitudes à la fois neurobiologiques et psychopathologiques entre les deux types d’addiction. En 1990, le psychiatre Goodman a proposé d’ailleurs une définition globale des dépendances : « Un processus par lequel un comportement, qui peut fonctionner à la fois pour produire du plaisir et pour soulager un malaise intérieur, est utilisé sous un mode caractérisé par l’échec répété dans le contrôle de ce comportement et la persistance de ce comportement en dépit des conséquences négatives significatives. ».

On distingue 4 caractéristiques principales dans ce type d’addiction : l’impossibilité à résister au comportement, l’accroissement de la tension avant la réalisation du comportement, le plaisir ou le soulagement ressenti au moment de l’action et la perte de contrôle. A cela, on peut ajouter :

  • La préoccupation fréquente pour le comportement ;
  • Les efforts répétés pour le contrôler ;
  • Le temps considérable passé à le réaliser ;
  • L’impact négatif sur les activités sociales, familiales et professionnelles ;
  • Les manquements à certaines obligations ;
  • La poursuite malgré la connaissance des dommages causés ;
  • L’agressivité ou irritabilité si la réalisation n’est pas possible.

Le mécanisme de l’addiction

Une addiction est un processus qui s’installe progressivement. En effet, il existe plusieurs étapes, plus ou moins rapides selon les individus avant de devenir dépendant. Généralement, la découverte de l’activité (par exemple les jeux vidéo) ne s’effectue pas seule et est pratiquée dans un but récréatif. Beaucoup de personnes restent à ce stade sans pour autant tomber dans la dépendance. Cependant, certaines personnes perdent le contrôle et tombe dans une pratique abusive où le comportement est effectué plus fréquemment. Cette pratique mène progressivement à l’addiction à proprement dite.

La dépendance installée est caractérisée par une perte de contrôle orientant la vie de l’individu dépendant autour de son activité au détriment de tout le reste (vie sociale, familiale et professionnelle).

Divers mécanismes sont impliqués dans l’installation d’une addiction : une augmentation de la motivation à exercer un comportement ou une activité (recherche de plaisir), un état émotionnel négatif (recherche d’un soulagement) et une diminution de la capacité à se contrôler.

Diagnostic

Le diagnostic de l’addiction est établi sur des critères spécifiques déterminés par des instances internationales de santé mentale. Ils sont répertoriés dans un manuel nommé «  Diagnostic and Statistical manual of Mental disorders » ou DSM.

Ainsi, les 11 critères diagnostic du DMS V de l’American psychiatric association sont :

  • Un besoin irrépressible et impérieux de consommer la substance ou de jouer ;
  • Une perte de contrôle sur la quantité et le temps dédié à la prise de substance ou de jeu ;
  • Beaucoup de temps consacré à la recherche de substance ou de jeu ;
  • La présence d’un syndrome de sevrage (ensemble des symptômes provoqués par l’arrêt brutal de la consommation ou du jeu) ;
  • Une incapacité à remplir des obligations importantes ;
  • Un usage même lorsqu’il y a un risque physique ;
  • Des problèmes personnels et sociaux ;
  • Un désir ou des efforts persistants pour diminuer les doses ou l’activité ;
  • Des activités réduites au profit de la consommation ou du jeu ;
  • Une poursuite de la consommation malgré les dégâts physiques ou psychologiques.

Si le patient présente 2 à 3 critères, l’addiction est considérée comme faible. Entre 4 et 5, on parle de dépendance modérée. Au-delà de 6 critères, l’addiction est sévère.

L’OMS a établi une seconde classification appelée CIM 10 (destinée aux addictions aux drogues, mais adaptable pour les comportements) :

  • Un désir puissant ou compulsif d’utiliser une substance psychoactive ;
  • Des difficultés à contrôler l’utilisation de la substance ;
  • Un syndrome de sevrage physiologique quand le sujet diminue ou arrête de consommer la substance ;
  • La mise en évidence d’une tolérance aux effets de la substance psychoactive (le sujet a besoin de plus en plus de drogue pour avoir le même effet) ;
  • Un abandon progressif des autres sources de plaisir et d’intérêt au profit de la substance, et augmentation du temps passé à se procurer la substance et à la consommer ;
  • Poursuite de la consommation en dépit des effets nocifs (en précisant si le sujet était au courant ou si il aurait dû être au courant de la nature et de la gravité des conséquences).

Une addiction est diagnostiquée lorsqu’au moins 3 des manifestations ci-dessus sont présentes simultanément au cours de l’année.

Prise en charge

Les addictions sont difficiles à prendre en charge compte tenu du risque très important de rechutes, de l’importance de la motivation dans le processus de guérison et des troubles associés. L’approche est multidisciplinaire (groupe d’aide, psychothérapie et traitements des troubles associés).

2 exemples de dépendances comportementales

L’addiction aux jeux vidéo

Elle se définie comme une dépendance virtuelle se traduisant par un besoin de connexion. On parle de cyberdépendance ou d’internet addiction. On distingue plusieurs types de cyberaddiction : à caractère sexuel, aux jeux en ligne, à caractère relationnel (chat, réseaux), générale dite « compulsive surfing » ou à caractère dépensier (poker, achats, bourse). Un sujet est dit cyberdépendant au-delà de 40h par semaine de connexion (5h en moyenne pour une personne non dépendante). Ce type d’addiction toucherait 12 millions d’individus dans le monde.

A savoir ! Le fait d’inclure les jeux vidéo dans les addictions comportementales fait encore débat dans la communauté scientifique. Ainsi, pour l’instant, les classifications internationales (DSM ou CIM) ne comptent pas les jeux vidéo parmi les comportements d’addiction.

Le caractère addictif lié à l’usage des jeux vidéo concerne essentiellement les jeux en réseaux et plus particulièrement les MMORPG (Massively multiplayers online role playing game) dont World of Warcraft par exemple.

Les achats compulsifs

Cette addiction à l’achat est définie comme un comportement compulsif, permanent ou épisodique, survenant chez une personne ne pouvant pas se contrôler dans l’achat inutile d’objet, le plus souvent en plusieurs exemplaires. La prévalence de ce trouble varie entre 1 et 8% dans la population mondiale.

L’acheteur pathologique est parfois difficile à distinguer d’un acheteur normal. On distingue en effet 4 types d’acheteurs :

  • L’émotionnel dont l’achat a une valeur thérapeutique d’antidépresseur ;
  • L’impulsif qui a une envie soudaine d’acheter, mais qui ressentira un sentiment de culpabilité après l’achat ;
  • Le fanatique qui collectionne et achète en plusieurs exemplaires ;
  • Le compulsif qui achète pour lutter contre son mal-être intérieur et ses angoisses et qui ressent de la frustration si l’achat n’est pas possible.

Ce type de dépendance est souvent accompagné d’autres troubles comme : la dépression, l’anxiété, des troubles alimentaires ou une autre addiction.

Charline D., Pharmacien

– Les addictions comportementales. IFAC. Consulté le 11 août 2017.
– Qu’est-ce qu’une addiction ? drogues.gouv.fr. Consulté le 11 août 2017.

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