Existe-t-il un sur-risque de cancer près des centrales nucléaires ?

Mar 4, 2018 par

Les personnes vivant à proximité des 19 installations nucléaires françaises sont souvent inquiètes des éventuelles conséquences de leur exposition à la radioactivité sur leur santé. Une récente étude, menée par Santé Publique France, suggère que les populations adultes, voisines des centrales nucléaires, ne présenteraient pas de sur-risque de cancer.

centrales nucléaires

Centrales nucléaires et santé

Chaque Français est exposé quotidiennement à la radioactivité. En effet, près des deux tiers de cette exposition sont liés à des sources naturelles de radioactivité, qui sont par ordre d’importance décroissant :

  • Le radon, un gaz radioactif naturel qui émane du sol et qui se concentre dans les bâtiments ;
  • L’irradiation tellurique due aux éléments radioactifs présents dans la croûte terrestre ;
  • L’ingestion d’éléments radioactifs présents à l’état naturel dans les aliments, les eaux de boissons et le tabac ;
  • L’exposition aux rayonnements cosmiques provenant de l’espace.

Les activités industrielles et militaires ne représentent que 0,4 % de l’exposition moyenne. Elles regroupent les rejets autorisés des centrales nucléaires en fonctionnement, les retombées des essais atmosphériques d’armes nucléaires (1945-1980) et les retombées des accidents de Tchernobyl (1986) et Fukushima (2011).

En fonction du lieu d’habitation et du mode de vie, l’exposition à la radioactivité varie d’une personne à l’autre. En fonctionnement normal, les installations nucléaires sont autorisées à rejeter des substances radioactives dans l’environnement, dans des limites définies par les autorités. L’exposition de la population au voisinage de ces installations est très faible selon l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN), aux environs de 0,01 mSv par an. Actuellement les études scientifiques n’ont pas établi de risque sanitaire pour ce niveau d’exposition. Pour une exposition ponctuelle de 1 mSv, l’excès de risque de cancer sur la vie entière serait estimé à 0,005 %, tandis que la probabilité de décès par cancer en France est de l’ordre de 25 %.

Pas de sur-risque de cancer chez les adultes

Récemment, une première étude écologique a été menée par Santé Publique France pour déterminer l’incidence des cancers chez les adultes vivant à moins de 20 kms d’une installation nucléaire. L’étude a été menée entre 1995 et 2011, sur 7 centrales nucléaires (Chooz (Ardennes), Civaux (Vienne), Fessenheim (Haut-Rhin), Flamanville (Manche), Le Blayais (Gironde), Le Bugey (Ain), Saint-Alban (Isère)), ainsi que 2 autres sites (La Hague (usine de retraitement des déchets) et Creys Malville (fermé en 1998)). Les chercheurs ont pris en considération les données sur les 12 types de cancers, reconnus comme potentiellement induits par des rayonnements ionisants.

À savoir ! En France, une surveillance nationale a été instaurée pour suivre les hémopathies malignes (leucémies, lymphomes) chez les enfants vivant à proximité des installations nucléaires.

Les résultats de l’étude indiquent que le risque de cancer de la vessie était accru chez les hommes (+8 %) et chez les femmes (+19 %) vivant à moins de 20 kms d’une installation nucléaire. En excluant les données sur les sites de Flamanville et de La Hague, le sur-risque restait présent, mais non significatif. Le risque de cancer de la thyroïde était même réduit chez les femmes (-14 %). Aucun sur-risque n’a été mis en évidence pour les autres types de cancers pris en compte dans l’étude, et ce quelles que soient la puissance ou l’ancienneté des centrales nucléaires.

Des Français plus exposés lors des examens médicaux

Cette récente étude suggère que les installations nucléaires n’ont pas d’incidence sur le risque cancéreux des populations avoisinantes. Seul un sur-risque modéré de cancer de la vessie a été observé aux abords de l’usine de La Hague. Des investigations complémentaires doivent être menées pour explorer ce risque.

Ces données rassurantes sont certainement liées à la faible exposition à la radioactivité à proximité des installations nucléaires. En revanche, les examens médicaux représentent la première source d’exposition à la radioactivité en France. En effet, chaque année 44 % des Français effectuent une radiographie, un scanner ou un examen de médecine nucléaire à visée diagnostique. S’y ajoute la radiothérapie, externe ou interne, utilisée dans le traitement de certains cancers.

Cette exposition est très variable, selon le nombre et le type d’examens effectués. Les examens induisant les plus fortes expositions sont par ordre décroissant :

  • Le scanner abdominal ;
  • La radiographie thoracique ;
  • La radiographie dentaire.

Dans tous les cas, le bénéfice des examens médicaux prescrits reste largement supérieur au risque lié à la dose reçue pour les réaliser. Néanmoins, les pouvoirs publics souhaitent réduire cette source d’exposition, notamment en augmentant le recours à l’IRM (Imagerie par Résonance Magnétique), qui n’émet aucun rayonnement ionisant.

Chaque Français est ainsi exposé à la radioactivité, qu’il vive ou non près d’une installation nucléaire.

Estelle B., Docteur en Pharmacie

– L’exposition de la population française à la radioactivité. IRSN. Consulté le 12 février 2018.
– Cancer incidence in adults living in the vicinity of nuclear power plants in France, based on data from the French Network of Cancer Registries. Desbiolles, A. and al. 2018. Int. J. Cancer 142, 899–909. DOI: 10.1002/ijc.31116.
Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
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