Placebo et effet placebo

Loupe qui zoom sur une plaquette de médicament pour vérifier si c’est un placebov

Un placebo est une substance ou un traitement dénué d’action pharmacologique, mais présenté au patient comme efficace. Ces produits qui n’ont pourtant aucun effet thérapeutique peuvent améliorer l’état de santé d’un patient. C’est le fameux « effet placebo » qui peine toujours à être expliqué, mais dont nous avons tous fait au moins une fois l’expérience : bisou pour apaiser les coups d’une mauvaise chute ou bonbon à sucer pour soulager les maux de gorge. Pour obtenir l’effet placebo, il suffit de faire croire à un individu qu’un procédé ou qu’une substance est capable de la soigner. Une simple promesse pour guérir les maux !

Qu’est-ce qu’un placebo ?

Un placebo (en latin « je plairai ») est un médicament sans principe actif, et donc, dépourvu de toute action pharmacologique dans le cadre d’une pathologie donnée.

On distingue le placebo dit :

  • « pur » qui est un médicament pharmacologiquement inerte prescrit dans un contexte thérapeutique ;
  • « impur » dont l’activité spécifique n’est pas démontrée (par exemple, l’homéopathie) ou dont l’indication est détournée (par exemple, l’efficacité de la vitamine C est démontrée sur le scorbut, mais pas sur la fatigue).

Le placebo est produit de manière à être le plus ressemblant possible au « vrai » médicament (ou médicament actif), sauf qu’il ne contient qu’une substance inerte (sucre par exemple). Ainsi, toutes les formes galéniques de placebo existent : comprimés, gélules, sirop, injectables, etc.

À savoir ! En 1803, le New Medical Dictionnary définissait un placebo comme étant un « épithète qualifiant tout remède utilisé davantage pour plaire au patient que pour lui être réellement bénéfique ».

Malgré l’absence de principe actif, certains individus qui ont recours au placebo, généralement à leur insu, voient leur état de santé s’améliorer. D’autres développent même des effets indésirables. Ce phénomène est appelé « l’effet placebo ».

L’effet placebo

L’effet placebo est une réponse positive qui suit l’administration d’une substance inerte ou non, une intervention physique ou psychique. À noter que l’on parle d’effet nocebo lorsque des effets négatifs surviennent dans les mêmes conditions, autrement dit après l’administration d’une substance inerte ou non, une intervention physique ou psychique.

À savoir ! L’effet placebo n’est pas l’apanage des placebos. Tous les médicaments en contiennent une partie.

L’effet placebo est influencé par divers facteurs dont :

  • La maladie en elle-même (les symptômes, l’évolution, le type de pathologie) ;
  • Le contexte (à l’hôpital, le matériel) ;
  • Le médecin et sa relation avec son patient. Lorsque le médecin semble compétent dans la pathologie donnée, le placebo sera inducteur. Si le médecin est optimiste ou s’il est pessimiste, on observera respectivement un effet placebo et un effet nocebo ;
  • Le médicament (taille, forme, couleur, etc.). Pour la majorité des individus, la couleur bleue ou rose pale a un effet anxiolytique, le rouge ou le jaune sont stimulants, le marron est laxatif et l’orange évoque le foie ;
  • L’information délivrée (l’attitude employée, les mots choisis).

Par ailleurs, il faut distinguer l’effet placebo spécifique du non spécifique.

  • L’effet placebo spécifique est à mettre en lien avec les attentes d’un patient après l’administration du placebo. Une amélioration clinique ou un effet placebo est constaté dans les cas où le patient s’attend à un bénéfice. À l’inverse lorsque ce dernier éprouve des craintes ou redoute un événement indésirable, on constate souvent un effet nocebo.
  • On parle d’effet placebo non spécifique pour évoquer l’effet du contexte (suggestion verbale, lieu des soins, etc.) sur l’amélioration de l’état de santé du patient, c’est-à-dire en l’absence de toute administration ou geste médical.

Le phénomène de l’effet placebo peut se manifester pour deux raisons. La première est un changement fortuit de l’état de santé du patient. En effet, beaucoup de pathologies et de symptômes apparaissent puis disparaissent sans traitement. Du fait de l’évolution spontanée de la maladie, le patient peut ainsi se sentir mieux ou moins bien lorsqu’il prend son placebo au même moment, et ainsi attribuer à tort des mérites ou des effets indésirables au placebo. La seconde raison est l’anticipation. Anticiper l’efficacité d’un médicament permet souvent aux individus de se sentir mieux. En effet, un patient convaincu qu’il va guérir, qui a confiance en son médecin et qui focalise son attention sur les signes de sa guérison, se met dans des conditions favorables à cette guérison.

L’effet placebo s’exerce essentiellement sur les symptômes et non la maladie. Par exemple, en cas de fracture, le placebo ne permettra pas une réparation osseuse plus rapide, en revanche, il peut avoir un impact sur la douleur.

À savoir ! Certaines personnes sont plus sensibles que d’autres au placebo. Les individus septiques réagiront moins que ceux qui ont une opinion positive sur les médicaments et l’équipe médicale. Il n’est pas possible de prédire qui va répondre au placebo.

Des études ont déjà montré que l’organisme, et plus particulièrement le cerveau répond à la prise d’un placebo. Ce phénomène a beaucoup été étudié dans le cadre d’une réponse à la douleur. On peut, en effet, observer la libération de deux neurotransmetteurs dans le cerveau : la dopamine et l’endorphine. Ces deux derniers jouent un rôle important dans la réponse de l’organisme à la douleur en entraînant un effet anesthésique et une sensation de bonheur. D’autres études à propos de l’activité électrique des régions du cerveau en IRM ont montré que la prise d’un placebo à visé analgésique entraînait une diminution de l’activité cérébrale des régions impliquées dans la sensibilité à la douleur.

Comment est utilisé un placebo ?

L’utilisation des placebos en médecine est certainement aussi ancienne que la médecine elle-même. Au cours de la seconde guerre mondiale, le chirurgien Henry Beecher à court de morphine, injectait des solutions salines aux blessés avant de les opérer. Plus tard, dans les années 60, ce même médecin mis en évidence que l’effet placebo ne se limitait pas uniquement aux médicaments, mais aussi aux procédés.

Bien qu’un placebo ne contienne pas d’actifs à proprement parler, il est très souvent utilisé dans le cadre d’études scientifiques. C’est d’ailleurs sa principale utilisation à l’heure actuelle.

Lorsqu’un nouveau médicament est en développement, les scientifiques réalisent des études afin de comparer son effet à celui d’un placebo. Généralement, la moitié des participants d’une étude reçoivent le placebo et l’autre moitié le médicament à tester, et cela en double aveugle (c’est-à-dire que ni les participants ni les investigateurs savent qui a reçu le placebo). Une fois l’étude arrivée à terme, les deux groupes de participants sont comparés. Pour que la molécule étudiée soit commercialisée, il faut que le nouveau médicament étudié ait une efficacité significativement supérieure au placebo.

Les médecins utilisent rarement le placebo pour traiter un patient de nos jours. En effet, peu sont les pathologies ou les symptômes pour lesquels il n’existe pas un médicament actif disponible.

Charline D., Docteur en pharmacie

– Placebos. Le manuel MSD. Consulté le 9 août 2019.
– Effet placebo : pharmaco et imagerie. CHU de Toulouse. Consulté le 9 août 2019.
– Qu’est-ce que l’effet placebo et comment l’expliquer scientifiquement ? Libération. Consulté le 9 août 2019.