Ville ou campagne : quand le lieu de vie pèse différemment sur le mental des jeunes
Anxiété, tristesse, hyperactivité… Les fragilités psychiques des plus jeunes ne s’expriment pas partout de la même manière. Une étude révèle des écarts marqués selon leur environnement.

Grandir à la campagne ou en ville ne laisse pas les mêmes traces sur la santé mentale. Une étude publiée le 14 avril dans la revue Pediatric Investigation montre que les enfants et adolescents ne développent pas les mêmes difficultés psychiques selon leur lieu de vie. Dans les zones rurales, la souffrance se fait plus discrète, plus intérieure. Dans les zones urbaines, elle déborde davantage en comportements visibles.
Pour parvenir à cette conclusion, des chercheurs ont analysé les données de 19 711 élèves chinois âgés de 6 à 16 ans, dont 9 566 vivant en milieu urbain et 10 145 en milieu rural. Parmi eux, 3 003 présentaient des troubles mentaux.
À la campagne, une souffrance silencieuse
Le dépistage a été mené en plusieurs étapes. D’abord à l’aide de la Child Behavior Checklist, un questionnaire de référence permettant de repérer les troubles émotionnels et comportementaux. Puis avec le Mini International Neuropsychiatric Interview for Children and Adolescents, complété par des entretiens avec un psychiatre.
Les résultats dessinent deux réalités bien distinctes. À la campagne, les enfants et adolescents étaient plus susceptibles de souffrir de problèmes émotionnels et psychologiques, avec davantage de symptômes liés à la dépression. Une souffrance souvent silencieuse, qui peut passer sous les radars : tristesse, anxiété, repli sur soi.
En ville, des troubles qui débordent
En ville, les jeunes étaient davantage touchés par des troubles du comportement, notamment des symptômes associés au trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH). Ici, le mal-être se voit davantage : agitation, impulsivité, difficultés à se concentrer ou à respecter les règles.
Derrière ces écarts, plusieurs pistes se dessinent. Dans les zones rurales, l’isolement, un accès plus limité aux soins ou encore des difficultés économiques peuvent fragiliser l’équilibre psychique. En milieu urbain, le rythme de vie plus soutenu, la pression scolaire, la densité de population ou la multiplication des stimulations pourraient jouer un rôle.
L’étude ne permet pas d’affirmer que l’environnement est directement responsable. Mais elle met en lumière une chose essentielle : les besoins en santé mentale ne sont pas les mêmes partout.
Mieux cibler pour mieux aider
« Les disparités régionales mises en évidence appellent à des interventions adaptées à chaque région afin de relever les défis spécifiques auxquels elles sont confrontées », écrivent les auteurs dans un communiqué de presse. « Grâce à une allocation éclairée des ressources, fondée sur les schémas psychopathologiques observés, il est possible d’envisager un cadre de santé mentale plus efficace et inclusif dans les différents contextes régionaux. »
Autrement dit, augmenter les moyens ne suffira pas si l’on ne regarde pas plus finement les besoins. Dans les campagnes, le repérage de la dépression et des troubles anxieux pourrait être renforcé. Dans les villes, l’accompagnement des enfants souffrant de troubles de l’attention ou d’hyperactivité pourrait être davantage ciblé.
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