Moins de cosmétiques, moins de Bisphénol A dans le corps en cinq jours seulement
Parfums, crèmes, dentifrice, savon… Nos gestes quotidiens nous mettent en contact avec des composés controversés. Une étude montre qu’en changeant d’habitudes, leur présence dans l’organisme diminue vite.

Réduire sa routine beauté pourrait avoir des effets bien plus rapides qu’on ne l’imagine. Selon une étude publiée le 7 avril dans la revue scientifique Environment International, utiliser moins de produits cosmétiques et de soin permet de diminuer en seulement quelques jours l’exposition à plusieurs substances chimiques suspectées ou reconnues comme nocives pour la santé, parmi lesquelles certains perturbateurs endocriniens et même le bisphénol A.
Menée par des chercheurs de l’Inserm, de l’Université Grenoble Alpes et du CNRS, au sein de l’Institut pour l’avancée des biosciences, avec le soutien de la Commission européenne, cette étude met en lumière la composition de nos trousses de toilette et à quel point, elles pèsent directement sur notre exposition quotidienne aux polluants chimiques.
Le cas troublant du bisphénol A
Les substances cancérigènes et reprotoxiques sont interdites dans les cosmétiques en Europe. Mais de nombreux composés encore présents dans les produits d’hygiène ou de beauté — certains phénols, phtalates ou parabènes — sont « suspectés d’effets délétères sur la santé », notamment parce qu’ils pourraient perturber le système hormonal. Une exposition répétée pourrait ainsi affecter la fertilité ou le développement de l’enfant, en particulier pendant la grossesse.
Pour mesurer l’impact réel de ces usages, les scientifiques ont suivi une centaine d’étudiantes grenobloises âgées de 18 à 30 ans. Pendant cinq jours, elles ont réduit le nombre de produits cosmétiques utilisés. Pour certains produits d’hygiène courants, comme le savon ou le dentifrice, elles ont remplacé leurs références habituelles par des alternatives fournies par les chercheurs, garanties sans phénols synthétiques, parabènes, phtalates ni éthers de glycol.
Cinq jours pour voir la différence
Les résultats sont immédiats. L’analyse des urines avant et après cette « cure » cosmétique montre une baisse significative de plusieurs biomarqueurs d’exposition. Le phtalate de monoéthyle (MEP), utilisé notamment pour fixer les parfums, chute de 22 %. Le méthylparabène, conservateur considéré comme un possible perturbateur endocrinien par les autorités européennes, baisse de 30 %. Quant au propylparabène, lui aussi suspecté, il est moins fréquemment détecté après l’intervention.
« Ce qui est intéressant, c’est la rapidité avec laquelle on observe ces diminutions, en seulement cinq jours. C’était attendu, du fait de l’élimination rapide de ces substances par nos organismes. C’est encourageant, notamment car ces substances sont suspectées d’avoir des effets sur la reproduction, le système hormonal et le développement », explique dans un communiqué de l’Inserm, Nicolas Jovanovic, doctorant à l’Université Grenoble Alpes et premier auteur de l’étude.
Plus surprenant encore, les chercheurs ont observé une baisse de 39 % de la concentration urinaire de bisphénol A (BPA). Cette substance, classée par l’Union européenne comme « très préoccupante », est un perturbateur endocrinien avéré et un reprotoxique présumé. Elle n’est plus autorisée comme ingrédient dans les cosmétiques, mais pourrait encore contaminer certains produits via leur fabrication ou leur emballage.
« Le bisphénol A n’est plus autorisé en France depuis 2005 comme ingrédient dans les produits de soin et cosmétiques en raison de son caractère reprotoxique. Sa présence pourrait être liée à des contaminations survenues au cours du processus de fabrication ou via les matériaux d’emballage. S’il est fortement restreint dans les matériaux en contact avec les aliments en Europe, ce n’est pas le cas des matériaux utilisés pour les contenants de produits de soin, cosmétiques et d’hygiène », précise Claire Philippat, chercheuse Inserm et dernière autrice de l’étude.
Ce que révèle la chute du BPA
L’originalité du travail tient aussi à son volet prospectif. Pour la première fois dans ce type d’étude, les chercheurs ont réalisé une évaluation d’impact en santé publique. En se concentrant sur le bisphénol A, ils estiment qu’un tel changement de routine pourrait prévenir environ 4 % des cas d’asthme chez les enfants exposés in utero.
« Ces bénéfices pour la santé s’accompagneraient également de bénéfices économiques, avec une économie potentielle allant jusqu’à 9,7 millions d’euros par an en coûts de traitement et d’hospitalisation. Il s’agit de projections hypothétiques, mais ces résultats soulignent les enjeux majeurs de santé publique liés à une réduction de l’exposition à ces composés », complète Rémy Slama, directeur de recherche à l’Inserm.
Le casse-tête des étiquettes
Reste que la responsabilité ne peut pas reposer uniquement sur les consommateurs. « En l’absence de logo obligatoire indiquant la présence de substances dangereuses dans les cosmétiques, il est très difficile pour chacun d’interpréter leurs emballages et d’éviter ceux contenant des substances préoccupantes », rappelle Rémy Slama.
Autrement dit, alléger sa salle de bains peut réduire l’exposition individuelle. Mais pour protéger durablement l’ensemble de la population, les chercheurs plaident pour une réglementation plus stricte de la composition des produits… et de leurs emballages. « Ces résultats soulignent l’importance de la réglementation des substances chimiques dans les produits de consommation courante pour protéger la santé de la population », conclut Claire Philippat.
– Levers to decrease exposure to harmful chemicals: the case of Personal Care Products and cosmetics. www.sciencedirect.com. Consulté le 22 avril 2026.
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