Cancers pédiatriques : ces traces dans l’ADN qui pourraient changer le suivi des patients

Par |Publié le : 22 avril 2026|Dernière mise à jour : 21 avril 2026|4 min de lecture|

Soigner un cancer chez l’enfant ne s’arrête plus à la rémission. Une étude révèle comment certaines thérapies peuvent influencer la santé des survivants, des décennies plus tard.

Les traitements anticancéreux administrés durant l’enfance peuvent inscrire dans l’ADN des « empreintes » susceptibles de favoriser, des décennies plus tard de nouveaux cancers.

Guérir un enfant. Puis, des années plus tard, découvrir que le traitement a laissé une trace. Invisible. Persistante. Parfois dangereuse. C’est tout l’enjeu soulevé par une étude publiée le 19 avril dans Cancer Discovery par les chercheurs de St. Jude Children’s Research Hospital. Leur travail met en lumière une réalité longtemps soupçonnée, mais jamais démontrée avec autant de précision : les traitements anticancéreux administrés durant l’enfance peuvent inscrire dans l’ADN des « empreintes » susceptibles de favoriser, des décennies plus tard, l’apparition de nouveaux cancers.

Le progrès est indéniable. Aujourd’hui, la majorité des enfants atteints de cancer survivent. Mais cette victoire a un prix. À bas bruit, parfois 20 ou 30 ans après la rémission, d’autres maladies surgissent. Jusqu’ici, difficile de relier clairement ces deux histoires — celle du cancer initial et celle qui suit.

Les chercheurs ont analysé les tumeurs secondaires de 160 survivants, atteints notamment de cancers du sein, de la thyroïde ou de méningiomes. Ils ont scruté leurs génomes, comparé, trié, isolé. Et retrouvé des signatures bien particulières. Comme des cicatrices moléculaires laissées par les traitements.

Dans l’ADN, la mémoire des traitements

« Nous avons constaté que les traitements de radiothérapie et de chimiothérapie qui sauvent des vies et guérissent le cancer infantile laissent également des signatures mutationnelles spécifiques ou « empreintes digitales » dans l’ADN des néoplasmes secondaires », explique dans un communiqué de presse le Professeur Samuel Brady, premier auteur de l’étude. Une phrase qui résume le paradoxe. Sauver, et marquer.

Pour y parvenir, les scientifiques ont mobilisé des outils lourds : séquençage du génome entier, de l’exome, de l’ARN. Une plongée dans l’intimité des cellules. Puis une comparaison avec des cancers similaires dans la population générale. Ce qui apparaît alors n’a rien d’anodin : certains profils mutationnels reviennent, encore et encore, chez les patients ayant reçu les mêmes traitements.

« Nous sommes les premiers à démontrer un lien de causalité direct entre les traitements contre le cancer infantile et l’apparition de seconds cancers », insiste Pr Jinghui Zhang, co-auteur de l’étude. Il ajoute que « les effets mutagènes (…) s’impriment dans les génomes (…) 20 à 30 ans plus tard ». Le temps long de la médecine. Et celui, implacable, de l’ADN.

Une découverte qui pourrait aider à prévenir les cancers secondaires

Mais tous les traitements ne se valent pas. La radiothérapie, en particulier, ressort comme la plus marquante. Elle est associée aux altérations génétiques les plus fréquentes, et au risque le plus élevé de cancer secondaire de la thyroïde. Les chimiothérapies, elles aussi, laissent leur signature plus discrète parfois, mais bien réelle.

Certains médicaments ciblent même, presque à la lettre, des zones précises du génome. Les agents à base de platine, par exemple, peuvent favoriser des mutations du gène NF2. À la clé : un risque accru de méningiome. Une tumeur cérébrale. Rien de théorique.

Ce qui se dessine, en creux, c’est une cartographie des risques. Traitement par traitement. Mutation par mutation. « En définissant comment ces thérapies modifient l’ADN de manière prévisible, nous pouvons mieux comprendre et gérer les conséquences à long terme », souligne David Ellison.

Car l’objectif n’est pas de remettre en cause ces traitements. Ils sauvent des vies chaque jour. L’idée est plutôt de les affiner, les ajuster. Réduire, autant que possible, leur empreinte délétère. Et surtout, changer le suivi des patients, surveiller autrement. Plus tôt. Plus précisément. En fonction de ce qu’ils ont reçu enfants, et de ce que leur ADN raconte déjà.

« Ces résultats constituent une étape importante vers des soins de suivi plus personnalisés », affirme Greg Armstrong. « En associant des traitements spécifiques aux risques futurs, nous pouvons mieux protéger les survivants […] tout au long de leur vie. » Une ambition qui redéfinit, peu à peu, les contours de la médecine de demain.

Sources
– ‘Fingerprints’ of childhood cancer treatment provide clues that may help mitigate second cancers. www.stjude.org. Consulté le 21 avril 2026.
– Signatures mutationnelles liées à la thérapie dans les néoplasies ultérieures chez les survivants d'un cancer infantile . aacrjournals.org. Consulté le 21 avril 2026.
Sources

Cet article vous a-t-il été utile ?

Merci pour votre avis !
Elodie Vaz
Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023, Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes. Carte de presse numéro 143067