Virus Andes : pourquoi cette souche est-elle surveillée dans le monde ?
Selon l’Organisation mondiale de la santé, le foyer d’infection à bord du navire de croisière MV Hondius est porté par le virus Andes. La seule espèce d’Hantavirus connue pour être transmissible entre humains. Depuis le débarquement des croisiéristes au large des îles Canaries et leur rapatriement dans leurs pays respectifs, de nombreux Etats ont activé des protocoles de surveillance. Comment expliquer cette vigilance accrue ?

Le virus Andes : une transmission interhumaine
Les Hantavirus sont étudiés depuis les années 1970. Parmi eux, on distingue, dans le monde, 53 espèces, dont une vingtaine potentiellement pathologique pour l’Homme.
Et parmi tous ces Hantavirus circulant à l’échelle internationale, seuls ceux de l’espèce Andes, peuvent se transmettre directement entre humains.
Ces virus Andes sont observés en Argentine et au Chili et étudiés depuis 1996.
Dans la chaine de transmission du virus, un « patient zéro » se contamine par contact direct ou indirect avec des rongeurs infectés, puis contamine ensuite d’autres humains.
Le principal mode de transmission de l’animal à l’homme est le contact avec des excréments, l’urine ou la salive des rongeurs porteurs de virus ou plus rarement, via une morsure du rongeur. Tout ce matériel est présent sur l’animal, mais aussi dispersé dans son environnement, et imprégnant alors les poussières et les aérosols (particules en suspension dans l’air).
« Les activités impliquant un contact avec les rongeurs, tels que le nettoyage d’espaces clos ou mal ventilés, l’agriculture, les travaux forestiers et le fait de dormir dans des habitations infestées de rongeurs, augmentent le risque d’exposition » précise l’OMS.
La principale voie de transmission interhumaine est respiratoire, par les gouttelettes de salive. C’est la raison pour laquelle des mesures d’isolement des malades sont nécessaires.
« À ce jour, la transmission interhumaine n’a été documentée que pour le virus Andes sur le continent américain et demeure rare » souligne l’autorité mondiale de la santé. « Lorsqu’elle se produit, la transmission entre personnes est associée à un contact étroit et prolongé, en particulier entre membres d’un même foyer ou partenaires intimes, et semble plus probable durant la phase initiale de la maladie, lorsque le virus est plus contagieux ».
Transmission interhumaine d’Andes : les cas documentés
C’est en 1996, à El Bolsón, que le premier foyer épidémique de virus Andes survient. Dans cette ville de la cordillère des Andes, 16 malades sont infectés. Pour la première fois, les scientifiques identifient l’espèce Andes et mettent en évidence sa capacité à se transmettre entre humains.
Autre foyer épidémique observé dans cette même région de l’Argentine : à Epuyen, en 2018 avec 34 infections et 11 décès. Après la confirmation de 18 cas d’infections, les autorités sanitaires ont imposé l’isolement des personnes infectées et la mise en quarantaine des personnes considérées comme cas contact. Ces mesures ont permis de freiner considérablement la propagation du virus. Pour preuve : le taux de reproduction médian (le nombre de cas secondaires causé par une personne infectée pendant sa période de contagiosité) est passé de 2,12 à 0,96 avec la mise en place des procédures d’isolement.
Selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies de l’Union européenne, la transmission interhumaine du virus Andes n’a été documentée que dans des situations de contacts étroits et prolongés avec des personnes symptomatiques, ce qui suggère une contagiosité limitée.
Pour la situation rencontrée actuellement face au foyer épidémique sur le bateau de croisière, les premiers éléments montrent que les deux premiers cas (un couple de Néerlandais âgé de 69 et 70 ans) ont voyagé en Argentine, au Chili et en Uruguay dans le cadre d’un voyage d’observation ornithologique. Ils ont d’ailleurs visité des lieux où vivaient des espèces de rongeurs connues pour être porteuses du virus. L’origine exacte du foyer du MV Hondius reste encore à établir. Une équipe de scientifiques est arrivée ce 18 mai à Ushuaïa (archipel de la Terre de Feu en Argentine), point de départ du navire de croisière. Leur mission est de capturer et d’analyser d’éventuels rongeurs vecteurs de la maladie. D’autres missions devront être initiées au Chili et en Uruguay.
Surveillance mondiale : quels sont les dispositifs en place ?
Tous les passagers (23 nationalités) à bord du MV Hondius sont considérés comme des contacts à haut risque.
Selon Abdi Rahman Mahamud, directeur du département de la coordination des alertes et des réponses à l’OMS, « l’application stricte des mesures de santé publique, recherche des contacts, isolement des personnes exposées et coopération entre États, peut permettre de rompre la chaîne de transmission ».
Il ajoute dans ce communiqué de presse : « Nous pensons que cette flambée restera limitée si les mesures de santé publique sont appliquées et si tous les pays font preuve de solidarité ».
Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, précise lors d’un point presse : « L’OMS recommande, à compter du 10 mai, qu’ils soient suivis activement dans un centre de quarantaine désigné ou à domicile pendant 42 jours, à compter de la dernière exposition ».
Le 24 mai, le virus a été confirmé chez sept patients, avec un autre cas probable, selon un décompte de l’AFP. La situation épidémiologique est suivie de près par l’OMS, avec une évaluation des risques actualisée si nécessaire.
Pourquoi autant de précautions ?
L’objectif de la coordination internationale, supervisée par l’OMS, est d’identifier et d’isoler les passagers et cas contact.
On sait que le risque global est considéré comme faible, mais les autorités sanitaires appliquent néanmoins des protocoles sévères, avec des disparités dans chaque pays sur la durée de l’isolement ou ses conditions de mise en œuvre (domicile, structures hospitalières, sorties autorisées ou non).
Le scénario redouté n’est pas forcément une pandémie, mais des foyers secondaires (familles, hôpitaux).
Compte tenu de toutes ces informations, il apparait que les précautions strictes imposées s’expliquent principalement par :
- L’absence de vaccin ou de traitement spécifique pour cette infection à Hantavirus ;
- La transmission interhumaine du virus Andes ;
- La létalité élevée du virus (moyenne de 40% contre moins de 1% pour le Sars-CoV-2) ;
- Une durée d’incubation allant de deux à six semaines ;
- Des questions en suspens sur la chaine exacte de transmission interhumaine (conditions et durée par exemple).
Pour se documenter et s’informer des dernières actualités sur cet évènement sanitaire, il est primordial de consulter les sources officielles plutôt que les réseaux sociaux ou les sites non vérifiés. Voici quelques sources officielles : OMS et ECDC, Santé publique France, Institut Pasteur, ANRS-MIE ou encore info.gouv.fr.
– Hantavirus : évacuation des passagers du MV Hondius, l'OMS salue la solidarité de l’Espagne. news.un.org. Consulté le 19 mai 2026.
– Hantavirus : le chef de l’OMS à Tenerife pour l’arrivée du MV Hondius. news.un.org. Consulté le 22 mai 2026.
– Ecology, Genetic Diversity, and Phylogeographic Structure of Andes Virus in Humans and Rodents in Chile. journals.asm.org. Consulté le 19 mai 2026.
– Hantavirus Pulmonary Syndrome Outbreak in Argentina: Molecular Evidence for Person-to-Person Transmission of Andes Virus. www.sciencedirect.com. Consulté le 19 mai 2026.
– “Super-Spreaders” and Person-to-Person Transmission of Andes Virus in Argentina. www.nejm.org. Consulté le 19 mai 2026.
– Using Early Data to Estimate the Actual Infection Fatality Ratio from COVID-19 in France. www.mdpi.com. Consulté le 22 mai 2026.
– Hantavirus. anrs.fr. Consulté le 22 mai 2026.
– Hantavirus : environ 150 rongeurs capturés à l’issue de la mission à Ushuaïa, des analyses à venir. www.france24.com. Consulté le 22 mai 2026.
– Face à l'hantavirus, chaque pays décide de son propre protocole sanitaire. www.franceinfo.fr. Consulté le 22 mai 2026.
– 11 avril 2020 -Infection à SARS-CoV2 : ce que doit savoir l’hépato-gastroentérologue. www.jle.com. Consulté le 22 mai 2026.
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