Cancer du col de l’utérus : ce qu’il faut vraiment savoir pour s’en protéger
Le cancer du col de l’utérus fait partie des cancers pour lesquels la prévention est aujourd’hui particulièrement efficace. Dépistage, vaccination contre le papillomavirus humain (HPV), prise en charge précoce : les outils existent et sont accessibles. Pourtant, ce cancer continue de toucher des milliers de femmes chaque année. Éléments clés pour comprendre comment s’en protéger.

Longtemps, le cancer du col de l’utérus a été considéré comme une maladie difficile à prévenir. Pourtant, ses caractéristiques biologiques en font aujourd’hui l’un des cancers les plus évitables.
« Dans les pays où il n’y a pas de dépistage, c’est le deuxième cancer de la femme », rappelle le Pr Xavier Carcopino, gynécologue-obstétricien, président de la Société Française de Colposcopie et de Pathologie Cervico-Vaginale (SFCPCV). Si son incidence a nettement reculé dans les pays dotés de programmes de prévention, c’est précisément grâce à la combinaison du dépistage et de la vaccination.
Une évolution lente qui laisse le temps d’agir
Le cancer du col se distingue par une évolution particulièrement lente. « Il faut des années, souvent plus de dix ans, pour développer un cancer du col », explique le Pr Carcopino. Avant l’apparition de la maladie, des lésions précancéreuses se développent progressivement au niveau du col de l’utérus.
Ces lésions constituent une étape clé de la prévention. Lorsqu’elles sont détectées et traitées à temps, l’évolution vers un cancer peut être évitée. C’est tout l’enjeu du dépistage du cancer du col de l’utérus, qui repose aujourd’hui sur le frottis cervico-utérin et, après 30 ans, sur le test HPV.
Dépister pour prévenir, pas pour annoncer un cancer
Contrairement à une idée répandue, le dépistage ne vise pas prioritairement à découvrir des cancers. « Le but n’est pas de dépister des cancers, mais de repérer des lésions précancéreuses », insiste le spécialiste. Ces anomalies sont asymptomatiques et ne se voient pas lors d’un simple examen gynécologique.
Lorsqu’une lésion est identifiée, sa prise en charge est généralement simple. « Dans la grande majorité des cas, il s’agit d’une intervention courte, réalisée en ambulatoire, sous anesthésie locale », précise le Pr Carcopino. Ce traitement permet d’éviter des prises en charge lourdes nécessaires en cas de cancer, comme la chimiothérapie ou la radiothérapie, et de préserver la fertilité ainsi que la vie sexuelle.
Un dépistage encore insuffisant en France
Malgré la mise en place du dépistage organisé du cancer du col en France, toutes les femmes ne sont pas correctement dépistées. « Aujourd’hui, on n’arrive à atteindre qu’environ 60 % des femmes », constate le Pr Carcopino. Près de quatre femmes sur dix échappent donc encore à ce suivi régulier.
Les raisons sont multiples : oubli, manque de temps, difficultés d’accès aux soins, appréhension de l’examen ou idées reçues persistantes. Certaines femmes pensent, à tort, que l’absence de symptômes signifie l’absence de risque. Or, « le dépistage s’adresse justement à des femmes qui vont bien », rappelle le spécialiste. Lorsqu’un symptôme apparaît, il ne s’agit plus de prévention, mais déjà de diagnostic.
Le rôle central de la vaccination contre le HPV
Le cancer du col de l’utérus est lié, dans la quasi-totalité des cas, à une infection par le papillomavirus humain (HPV). Cette réalité explique l’importance de la vaccination contre le HPV, aujourd’hui recommandée chez les jeunes filles comme chez les garçons.
« Chez les enfants vaccinés entre 11 et 14 ans, l’efficacité du vaccin pour prévenir les lésions précancéreuses dépasse 90 % », souligne le Pr Carcopino. Cette efficacité diminue fortement lorsque la vaccination est réalisée plus tard, même si elle conserve un intérêt jusqu’à l’âge de 26 ans.
La vaccination ne remplace toutefois pas le dépistage. « Être vacciné ne dispense jamais de se faire dépister », insiste-t-il. Aucun vaccin n’étant totalement efficace, le suivi reste indispensable tout au long de la vie.
À l’échelle internationale, ces leviers de prévention s’inscrivent dans une stratégie portée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le Pr Carcopino rappelle que l’OMS s’est fixé des objectifs ambitieux : vacciner 90 % des jeunes filles dans le monde et atteindre 70 % de couverture de dépistage chez les femmes. « On ne parle pas seulement de la France, mais d’un objectif mondial », précise-t-il, en soulignant que ces cibles servent aujourd’hui de repères en santé publique, même si tous les pays, dont la France, n’y sont pas encore.
Des idées reçues encore très répandues
Plusieurs croyances freinent encore la prévention. L’une des plus fréquentes consiste à penser que le risque de HPV disparaît en l’absence de sexualité. « On peut avoir contracté le virus des années auparavant, même avec un seul partenaire », rappelle le Pr Carcopino.
D’autres femmes pensent être protégées parce qu’elles vont bien ou parce qu’elles n’ont plus de projet de grossesse. Pourtant, le cancer du col touche majoritairement des femmes jeunes. « L’âge moyen du diagnostic se situe entre 43 et 45 ans », précise le spécialiste. Il n’existe par ailleurs aucun facteur héréditaire identifié : toutes les femmes sont concernées.
La peur d’un diagnostic de cancer et de traitements lourds reste également très présente. « Beaucoup de femmes redoutent qu’un dépistage conduise automatiquement à une chimiothérapie ou à une ablation de l’utérus », observe le Pr Carcopino. Or, dans le cadre du dépistage, l’objectif est précisément d’intervenir bien avant d’en arriver là.
Deux leviers complémentaires pour réduire le risque
« Aujourd’hui, la prévention du cancer du col de l’utérus repose sur deux leviers complémentaires : la vaccination contre le HPV et le dépistage régulier. Lorsque ces deux leviers sont utilisés à grande échelle, l’impact en santé publique est majeur. Dans certains pays où la couverture vaccinale est très élevée, la circulation du virus commence d’ailleurs à diminuer nettement.
En France, l’enjeu reste d’améliorer l’accès à la prévention, d’informer sans inquiéter et de lever les freins encore existants. Chaque diagnostic rappelle surtout qu’il s’agit d’un cancer pour lequel les moyens d’agir en amont sont aujourd’hui bien identifiés.
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