Cancer du pancréas : une thérapie ciblée combinée montre des résultats inédits

Le cancer du pancréas reste l’un des cancers les plus redoutés, en raison de son diagnostic souvent tardif et de sa résistance aux traitements. Malgré des décennies de recherche, les options thérapeutiques restent limitées et le pronostic demeure sombre pour une majorité de patients. Une équipe espagnole vient toutefois de publier des résultats expérimentaux qui suscitent un regain d’espoir. En ciblant simultanément plusieurs mécanismes clés de la cellule tumorale, les chercheurs sont parvenus à provoquer une régression complète des tumeurs chez l’animal.
Pourquoi le cancer du pancréas est-il si difficile à traiter ? En quoi consiste exactement cette approche innovante ? Et que peut-on raisonnablement attendre de cette avancée à ce stade de l’étude ? On fait le point.
Pourquoi le cancer du pancréas reste-t-il l’un des plus difficiles à traiter
La forme la plus fréquente de cancer du pancréas est l’adénocarcinome canalaire pancréatique (PDAC).
Au delà de son diagnostic tardif, ce cancer est aussi marqué par des anomalies génétiques très fréquentes, en particulier des mutations du gène KRAS. Ce gène joue normalement un rôle de régulateur. Il transmet à la cellule des signaux lui indiquant quand se diviser et quand s’arrêter.
Quand il est muté, KRAS reste activé en permanence. La cellule reçoit alors en continu des signaux de croissance, même lorsqu’elle n’en a plus besoin. Ce dérèglement favorise une multiplication incontrôlée des cellules cancéreuses.
Des traitements ciblant KRAS ont récemment été développés. Ils permettent de freiner la croissance tumorale, mais leur efficacité est souvent temporaire. Les cellules cancéreuses parviennent rapidement à activer d’autres voies de signalisation pour contourner le blocage. Cette capacité d’adaptation explique en grande partie la résistance du cancer du pancréas aux traitements actuels.
Les principaux repères épidémiologiques sont les suivants :
En France, près de 16 000 nouveaux cas ont été diagnostiqués en 2023, avec environ 12 700 décès la même année, tous sexes confondus.
À l’échelle mondiale, on estimait en 2020 environ 496 000 nouveaux cas et 466 000 décès par an, faisant du cancer du pancréas l’un des cancers les plus meurtriers malgré une incidence modérée.
L’incidence augmente régulièrement en France, avec une progression annuelle moyenne de 1,6 % chez les hommes et 2,1 % chez les femmes entre 2010 et 2023.
Le pronostic reste défavorable, avec une survie nette à cinq ans d’environ 11 %, principalement en raison d’un diagnostic posé tardivement.
Une trithérapie pour bloquer plusieurs voies de survie des cellules cancéreuses
Pour tenter de dépasser cette résistance, l’équipe dirigée par Mariano Barbacid, au sein du Centre national de recherche sur le cancer, a choisi de cibler plusieurs mécanismes à la fois.
Les chercheurs ont testé une combinaison de trois molécules, chacune agissant à un niveau différent :
- Le daraxonrasib, qui agit directement sur l’activité anormale de KRAS, en réduisant les signaux de croissance envoyés à la cellule.
- L’afatinib, qui bloque certains récepteurs situés à la surface des cellules, empêchant des signaux extérieurs de relancer la prolifération tumorale.
- Le SD36, une molécule expérimentale capable d’entraîner la destruction ciblée de la protéine STAT3, impliquée dans la survie des cellules cancéreuses et l’inflammation tumorale.
L’idée est simple : couper plusieurs mécanismes de multiplication et de survie en même temps. Si une voie est bloquée, les cellules cancéreuses ne peuvent plus facilement en activer une autre pour survivre. Cette stratégie rend l’apparition de résistances beaucoup plus difficile.
Des résultats expérimentaux très prometteurs
Pour évaluer cette approche, les chercheurs ont utilisé trois modèles expérimentaux complémentaires. Dans l’ensemble des protocoles, la trithérapie a entraîné une régression complète des tumeurs. Autre point majeur de l’étude, aucune reprise tumorale n’a été observée, même plusieurs mois après l’arrêt du traitement. Les chercheurs rapportent également une bonne tolérance chez la souris, sans toxicité importante détectée.
Malgré ces résultats très encourageants chez l’animal, les auteurs soulignent la nécessité de rester prudents. Selon le professeur Mariano Barbacid, cette stratégie ne peut pas, à ce stade, être transposée directement à l’humain. La combinaison thérapeutique doit encore être affinée, notamment en ce qui concerne les posologies et les interactions entre les différentes molécules. L’évaluation de la tolérance sur le long terme constitue également une étape indispensable avant toute perspective d’essai clinique.
Cette étude espagnole apporte un nouvel espoir pour contourner la résistance du cancer du pancréas aux traitements. En montrant qu’une approche combinée peut bloquer durablement plusieurs mécanismes clés de survie tumorale chez l’animal, elle ouvre des perspectives intéressantes pour la recherche. Des étapes essentielles restent toutefois à franchir avant toute application chez l’humain.
– Une percée espagnole ravive l’espoir contre l’un des cancers les plus redoutés. www.science-et-vie.com. Consulté le 09 février 2026.
– Cancer du pancréas. www.cancer-environnement.fr. Consulté le 09 février 2026.
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