Cancer : limiter la croissance des tumeurs en mangeant moins de protéine ?

Apr 11, 2018 par

Quel est l’impact du régime alimentaire sur la croissance d’une tumeur cancéreuse ? C’est en voulant répondre à cette question que des chercheurs de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), encadrés par Jean-Ehrland Ricci de l’université Côte d’Azur de Nice, ont testé chez des souris atteintes de tumeurs plusieurs types de régimes alimentaires avec des variations de la teneur en glucides, protéines ou lipides tout en respectant l’apport calorique journalier. Bilan ? Un régime appauvri en protéine permettrait de booster le système immunitaire et affaiblir, en conséquence, la progression des cellules tumorales. Plus de détails sur cette étude publiée dans la revue Cell Metabolism.

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Lien entre régime alimentaire et croissance de la tumeur chez la souris

Afin de réaliser cette étude mesurant l’impact d’un régime alimentaire sur la croissance des tumeurs, les chercheurs du centre méditerranéen de médecine moléculaire (C3M) de Nice ont réparti des souris atteintes d’un cancer dans 4 groupes : un groupe bénéficiant d’un régime appauvri en protéine, un groupe bénéficiant d’un régime appauvri en glucide, un groupe avec un régime appauvri en lipide et le groupe témoin bénéficiant d’un régime avec un apport équilibré entre les 3 familles de macronutriments.

Chacun de ces groupes bénéficiaient du même apport calorique journalier respectant leurs besoins.

Au terme de l’expérience, les chercheurs ont constaté, en comparaison avec les souris du groupe contrôle et celle ayant suivi un régime appauvri en glucides, que celles ayant suivi un régime appauvri en protéines avaient une croissance tumorale limitée et un allongement de leur durée de vie.

Comment un régime alimentaire appauvri en protéine à hauteur de 25 % module la croissance tumorale ?

Pour répondre à cette question, les chercheurs ont analysé, en détails, les tumeurs des souris. Ils ont découvert que cette limitation du développement de la tumeur n’était pas consécutive à une diminution de la multiplication des cellules cancéreuses mais à une efficacité plus grande des cellules immunitaires spécialisées dans la destruction de ces mêmes cellules cancéreuses.

Cette activité du système immunitaire, le système de défense de l’organisme, est notamment appelée « immunité anti-tumorale ».

À savoir ! Les cellules immunitaires spécialisées dans la destruction des cellules cancéreuses sont ici des lymphocytes T CD8+. En étant stressées par l’apport limité d’acides aminés (les molécules élémentaires constituant les protéines), ces lymphocytes activent des voies biochimiques aboutissant à la libération de cytokines. Ces molécules impliquées dans la signalisation cellulaire augmentent la réponse immunitaire dirigée contre les cellules cancéreuses.

Considérer ces résultats avec prudence

Ces premières constatations sur le modèle animal ne sont pas forcément transposables à l’homme et d’autres études sont encore nécessaires, sur le modèle animal, pour prouver la réelle efficacité d’une diète appauvrie en protéine sur la croissance tumorale.

De plus, cette découverte vient raisonner avec une mise en garde récente de l’Inca (Institut National du Cancer) sur les dangers du jeûne pour les personnes atteintes d’un cancer.

En effet, des fausses informations scientifiques ont avancé que la privation alimentaire permettait de faire reculer les tumeurs cancéreuses en les « affamant ».

Dans les années qui suivirent l’annonce de ces propos, les responsables de santé ont constaté, dans la population, un certain engouement pour les jeûnes ou régimes restrictifs dans le but de se prémunir de l’apparition d’un cancer ou de faire reculer un cancer diagnostiqué.

En 2017, le réseau National Alimentation Cancer Recherche (NACRe) soutenu par l’Inca avait d’ailleurs étudié la littérature scientifique internationale contribuant à la compréhension du rôle de la nutrition dans la croissance tumorale.

« Malgré une médiatisation importante du jeûne et des régimes restrictifs, l’analyse globale des connaissances scientifiques disponibles, en particulier cliniques, ne permet pas de conclure à l’intérêt de ces régimes en prévention des cancers ou au cours des traitements de cancers » souligne l’Inca dans une fiche repères/ soins intitulée « Jeûne, régimes restrictifs et cancer » et datant de novembre 2017.

Au contraire, l’agence publique d’expertise sanitaire et scientifique en cancérologie souligne que ce type de comportement alimentaire peut entrainer des impacts négatifs sur la santé comme la dénutrition et la perte de masse musculaire.

Concernant cette étude, il est important de souligner qu’il existe encore différentes zones d’ombres :

  • Seuls trois types de cellules cancéreuses ont été testées ;
  • On ne connait pas les effets sur le long terme de cette restriction protéique ;
  • Il faut définir plus précisément les conditions de la restriction en protéine dans l’alimentation (protéine animale, protéine végétale, répartition de la restriction dans la journée) ;
  • Il est nécessaire d’Identifier les acides aminés (il en existe une vingtaine) qui sont impliqués dans le stress des cellules immunitaires.

Enfin, concernant la transposabilité des résultats chez l’homme, il ne faut pas perdre de vue que le métabolisme murin est différent de celui de l’être humain et qu’il sera certainement difficile d’imposer un régime restrictif en protéine chez des patients souffrant d’un cancer sur une longue durée.

Julie P., Journaliste scientifique

– Low-Protein Diet Induces IRE1α-Dependent Anticancer Immunosurveillance. Cell Metabolism. Rubio-Patiño et al. Consulté le 9 avril 2018.
– Diminuer l’apport en protéines dans l’alimentation pour mieux combattre les tumeurs. CP INSERM. Consulté le 9 avril 2018.
– Jeûne, régimes restrictifs et cancer.e-cancer.fr. Consulté le 9 avril 2018
Julie P.
Journaliste scientifique.
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