Cancer du pancréas : vers la conception de thérapies ciblées

Mar 21, 2017 par

Innovation Le cancer du pancréas frappe près de 10 000 personnes chaque année en France selon l’Institut National du Cancer. Avec une survie à 5 ans inférieure à 5 %, ce cancer est associé aux plus sombres pronostics. Comment améliorer les traitements pour allonger l’espérance de vie des malades ? Une récente étude dévoile une méthode pour déterminer la sensibilité de la tumeur aux médicaments.

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Cancer du pancréas et traitement

Le cancer du pancréas présente un taux de mortalité parmi les plus élevés. Actuellement, la chirurgie d’ablation de la tumeur reste le meilleur traitement disponible. Mais elle n’est envisageable que dans 15 à 20 % des cas, lorsque la tumeur est opérable. Même dans ce cas, l’espérance de vie ne dépasse pas 15 à 18 mois après l’opération, en raison de la formation de métastases. Pour les cancers métastatiques dès le diagnostic, l’espérance de vie estimée est de seulement 3 à 6 mois.

Malgré les progrès des traitements anti-cancéreux, la chimiothérapie et la radiothérapie ne sont que faiblement efficaces sur les tumeurs pancréatiques, ne laissant que peu d’espoir aux patients. Dans ce contexte, comment améliorer la prise en charge de ce cancer ? Les recherches menées sur l’origine de ces tumeurs pourraient révéler des pistes intéressantes.

Prédire la sensibilité de la tumeur au traitement

Comme tous les cancers, le cancer du pancréas résulte de la combinaison de facteurs génétiques, individuels et environnementaux. Les tumeurs sont de natures très diverses, avec des caractéristiques variées, en termes de :

  • Symptômes ;
  • Prédisposition à la formation de métastases;
  • Réponses aux traitements.

Pour améliorer la prise en charge des malades, il est crucial de pouvoir distinguer plusieurs profils de patients, en fonction de la nature de leur tumeur. Il serait alors possible de déterminer quels traitements seront les plus efficaces sur chaque type de patient.

A cette fin, des chercheurs français de l’INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) et du CRCM (Centre de Recherche en Cancérologie de Marseille) ont analysé différentes tumeurs pancréatiques, à la recherche de signatures moléculaires des cellules tumorales, c’est-à-dire de substances qui permettent d’identifier un profil de tumeur parmi d’autres.

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Vers une thérapie ciblée du cancer pancréatique

Les chercheurs ont étudié l’expression de 16 gènes chez différents patients atteints de cancers pancréatiques, pour rechercher spécifiquement les tumeurs qui sont sensibles à une famille de substances, appelées les inhibiteurs de l’activité de l’oncogène. Dans un tiers des tumeurs pancréatiques, l’oncogène (gène dont l’expression favorise le développement du cancer) est nécessaire pour la progression tumorale. Les inhibiteurs de l’activité de l’oncogène sont capables de  le bloquer, et ainsi de stopper le développement cancéreux. Ces substances sont très étudiées actuellement par les laboratoires pharmaceutiques et pourraient devenir de nouveaux médicaments anti-cancéreux dans les toutes prochaines années.

Les résultats de l’étude ont permis de distinguer deux groupes de patients :

  • Un groupe sensible aux inhibiteurs de l’activité de l’oncogène;
  • Un groupe résistant à ces inhibiteurs.

Il est ainsi possible, par des tests simples et peu coûteux, de déterminer si un patient peut répondre favorablement à un nouveau traitement anti-cancéreux ciblé.

Ce type d’étude constitue une avancée importante pour le développement des traitements anti-cancéreux. Il permet de cibler les patients sur lesquels ces traitements seront plus efficaces qu’une chimiothérapie classique et pourront permettre d’améliorer le pronostic de ces patients.

Estelle B. / Docteur en Pharmacie


Sources :
Cancer du pancréas : L’identification d’une nouvelle signature moléculaire permet de prédire la sensibilité de patients au traitement. Centre de recherche en cancérologie de Marseille. Communiqué de presse. 13 mars 2017.
Gene Expression Profiling of Patient-Derived Pancreatic Cancer Xenografts predicts sensitivity to the BET bromodomain inhibitor JQ1: Implications to individualized medicine efforts. Bian, B. and al. 2017. EMBO Molecular Medicine. doi: 10.15252/emmm.201606975.

Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
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