Cancer du pancréas : des avancées modestes

Mar 13, 2017 par

cancer pancreas

Il est le plus meurtrier des cancers digestifs. Le nombre de personnes touchées ne cessent d’augmenter. Médecins et chercheurs luttent contre le cancer du pancréas. Et gagnent des batailles.

Une chirurgie lourde mais potentiellement curative

Une chirurgie lourde, dite carcinologique, est le seul traitement actuel capable de guérir le cancer du pancréas. Elle ne concerne cependant que 10 % des patients : ceux qui sont diagnostiqués alors que le cancer est encore localisé. En effet, 20 % des formes sont d’emblée avancées (progression du cancer autour du pancréas) et 70 % métastasées (le cancer s’est disséminé dans le reste du corps).

A savoir ! Les métastases sont des cancers secondaires touchant d’autres organes. Elles sont dues à la migration de cellules cancéreuses (issues du cancer primaire) via le sang ou la lymphe.

Deux interventions peuvent être réalisées selon la localisation de la tumeur :

  • La duodeno-pancréatectomie consiste à enlever la tête du pancréas et le duodenum (portion de l’intestin) ;
  • La spléno-pancréatectomie gauche consiste à retirer la queue du pancréas et un organe voisin, la rate.

Ces chirurgies sont longues et risquées, surtout la duodeno-pancréatectomie qui nécessite de nombreuses sutures du système digestif. Le taux de mortalité (nombre de morts au cours de l’intervention) atteint 10 % dans les centres non spécialisés et 2 % dans les centres experts.

Les complications usuelles sont des sutures qui lâchent, une mauvaise digestion, un diabète, une infection.

Pour les patients présentant un cancer localement avancé, on peut envisager une chimiothérapie et/ou une radiothérapie pour faire diminuer la tumeur. Le malade pourra ensuite être opéré et, dans l’espoir d’être guéri.

Cependant, sans chimiothérapie adjuvante, de nombreux patients opérés vont récidiver dans les 5 ans.

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Chimiothérapie : doublement du taux de survie des patients opérés à 5 ans

Après la chirurgie, une chimiothérapie est proposée au patient. Ce traitement médical vise à détruire les cellules cancéreuses « oubliées » par la chirurgie ou à prévenir une généralisation. L’utilisation de la gemcitabine (un anti-tumoral), actuel traitement standard, a permis de doubler l’espérance de vie à 5 ans, la faisant progresser de 10 à 20 %.

Une récente étude internationale tend à prouver qu’une association gemcitabine + capécitabine serait encore supérieure, tout en présentant des effets secondaires d’intensité acceptable. L’hôpital Beaujon (région parisienne) a participé à cet essai.

732 patients atteints d’un cancer opérable ont été sélectionnés. Après opération, ils ont reçu la nouvelle association. Dans cette étude, les médecins ont obtenus un taux de survie de 30 %. Cela peut sembler modeste, mais comme l’a précisé l’un des investigateurs de l’étude : « Nous sommes partis d’une survie à 5 ans de 8 % avec la chirurgie seule avant les années 2000 à près de 30 % avec cette bithérapie adjuvante. »

L’association gemcitabine + capécitabine devrait devenir la nouvelle référence dans le traitement post-chirurgical du cancer du pancréas.

En ce qui concerne les cancers métastasés, différents protocoles de chimiothérapie existent. Ils associent plusieurs molécules. Le gain en terme de survie reste cependant très modeste.

A savoir ! La chimiothérapie est un traitement médicamenteux agressif qui entraîne en général de nombreux effets secondaires plus ou moins graves. La bithérapie gemcitabine + capécitabine est responsable d’une toxicité digestive (nausées, vomissements et diarrhées), hématologique (chute des globules blancs) et cutanée (rougeurs et plaies au niveau des paumes de main et des plantes de pied). La chute des cheveux est rare et modérée.

Des causes encore mal élucidées

Le nombre de cancers pancréatiques ne cesse d’augmenter en France, passant de 2000 nouveaux cas par an en 1995 à 6000 aujourd’hui. Si certains facteurs de risques sont bien identifiés, la raison de cette progression demeure mystérieuse pour les médecins.

Parmi les facteurs prédisposants, on retrouve :

  • Le tabac : le risque est maximal à partir d’un paquet par jour et perdure 10 ans après l’arrêt ;
  • L’obésité ;
  • Un régime riche en graisse et en viande ;
  • Le diabète ;
  • L’alcool, qui induit une pancréatite chronique pouvant mener au cancer ;
  • La génétique (5 à 10 % des cancers du pancréas) : certains gènes prédisposent à développer la maladie. Lorsque 3 cas sont survenus dans la même famille, le risque pour les apparentés est multiplié par 30 par rapport à la population générale.

A savoir ! D’après une étude, le diabète pourrait précéder le cancer du pancréas et en être un révélateur très précoce.

Il est probable que des produits cancérogènes encore non identifiés présents dans notre environnement soient responsables de la progression du cancer du pancréas. Des pesticides, l’amiante, des solvants ou encore des métaux lourds sont sur la sellette.

Isabelle V., Journaliste scientifique


Sources :
Cancer du pancréas : quoi de neuf ? La revue du praticien médecine générale. Mars 2017.
Cancer du pancréas : vers un nouveau traitement de référence après la chirurgie. Medscape. 29 juin 2016.
Comment se déroule l’intervention ? Institut national du cancer. Consulté le 10 mars 2017.

Isabelle V.
Journaliste scientifique
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