Cataracte : vraies causes, signes d’alerte et opération — tout ce qu’il faut savoir
On associe souvent la cataracte au grand âge. C’est vrai en grande partie – mais pas seulement. Diabète, corticoïdes, terrain allergique, traumatisme oublié… Les causes précoces sont plus nombreuses qu’on ne le pense. Et l’opération, souvent redoutée, est aujourd’hui la chirurgie la plus pratiquée en France. Le Pr Christophe Baudouin, chef de service d’ophtalmologie à l’Hôpital national des 15-20 et directeur de l’IHU FOReSIGHT pour la vision, démystifie tout.

La cataracte est l’une des principales causes de déficience visuelle dans le monde – elle touche environ 94 millions de personnes, selon l’OMS. « C’est un problème d’accès aux soins, explique le Pr Baudouin. Le paradoxe va jusqu’au bout : c’est à la fois la première cause de cécité et la première intervention chirurgicale, toutes spécialités confondues. On dépasse aujourd’hui le million de procédures en France par an, selon Ameli.fr. »
C’est quoi exactement, la cataracte ?
Le cristallin, c’est la lentille naturelle à l’intérieur de l’œil. « Si on compare l’œil à un appareil photo, la cornée c’est la fenêtre de l’objectif. Le cristallin, c’est la lentille à l’intérieur. Et la rétine, c’est le capteur. » La cataracte, c’est quand cette lentille, parfaitement transparente à l’origine, commence à jaunir, puis à s’opacifier. « C’est comme si un verre de lunettes devenait de plus en plus teinté, très progressivement. » Avec le temps, cela crée un brouillard visuel, des éblouissements, une perte de netteté – jusqu’à ce que la lumière ne puisse plus former d’image nette sur la rétine.
Le premier facteur de risque, c’est l’âge. Mais ce processus est lent, silencieux, et démarre bien avant qu’on s’en aperçoive.
Diabète, cortisone, allergie : les causes moins connues
La cataracte liée au vieillissement est la plus fréquente, mais elle est loin d’être la seule. Le Pr Baudouin identifie quatre catégories de causes précoces.
Le diabète d’abord. « Les diabètes de type 1, insulino-dépendants, peuvent toucher des jeunes, des adolescents. Et à 25-30 ans, ils peuvent déjà avoir des cataractes. » Les corticoïdes ensuite : une prise chronique pour des maladies inflammatoires peut accélérer l’opacification du cristallin. Le terrain atopique – les personnes fortement allergiques – constitue un troisième facteur, d’autant qu’elles reçoivent souvent de la cortisone. Enfin, les traumatismes oculaires : un coup reçu des années plus tôt, parfois oublié, peut déclencher une cataracte bien plus tard. « Il arrive qu’on voie une cataracte d’un seul côté, et que le traumatisme qui en est à l’origine ait eu lieu vingt ans avant. »
Il existe également des cataractes congénitales, présentes dès la naissance – liées à des facteurs génétiques ou à des infections pendant la grossesse (rubéole, toxoplasmose). Chez le nourrisson, elles doivent être détectées très tôt : si les connexions entre l’œil et le cerveau ne se font pas avant l’âge de 6 ans, elles ne se feront jamais.
Quels signes doivent alerter ?
« Une cataracte, ce n’est jamais une urgence, précise le Pr Baudouin. C’est un continuum. » C’est une évolution progressive, plus ou moins rapide selon les personnes et les causes.
La question clé : est-ce que ça gêne assez pour envisager une opération ? Selon la HAS, deux facteurs entrent en jeu : la baisse d’acuité visuelle mesurée chez l’ophtalmologiste, et la gêne ressentie au quotidien. « Il y a des gens qui ont une bonne acuité visuelle mais qui ne peuvent plus conduire dès que le soleil est un peu fort, à cause des éblouissements. Et d’autres qui ont une acuité franchement dégradée mais qui ne sont pas très gênés parce qu’ils ne conduisent pas. »
Un signal concret : devoir se rapprocher des panneaux pour lire en conduisant, ou être de plus en plus gêné par les phares la nuit. Pour conserver le droit de conduire, une acuité visuelle minimale est requise. Lorsque la cataracte fait passer sous ce seuil, une intervention peut être envisagée si le patient souhaite continuer à conduire.
Ça fait mal ? Ce que les patients ne savent pas
L’œil fait peur. Un coup de poussière dedans suffit à rendre l’idée d’une opération insupportable. Mais le Pr Baudouin témoigne : « Votre confort, c’est mon confort. Quelqu’un qui a mal et qui bouge, c’est impossible de l’opérer. »
L’opération se fait en ambulatoire – quelques heures, pas d’hospitalisation. Sous anesthésie locale en gouttes, sans piqûre, sans douleur. Et ce que les patients voient pendant l’intervention ? « Une très forte lumière, avec des couleurs, comme un kaléidoscope. Plutôt sympa. » C’est de la microchirurgie millimétrique – le patient doit être détendu mais présent, pas endormi.
« Je me méfie beaucoup des gens qui disent « ce n’est rien », sourit le Pr Baudouin. Prendre l’avion, ce n’est rien aussi – mais parce qu’il y a des protocoles, une préparation, des pilotes. C’est pareil ici. »
Après l’opération : quelques jours de prudence
L’œil guérit vite – quelques jours suffisent. Mais pendant cette période, il est plus fragile. Règle d’or : ne pas toucher son œil avec des mains sales. « Pas forcément fuir le métro, mais avoir les mains propres avant de toucher l’œil. » Pas de baignade, pas d’endroit climatisé ou poussiéreux les premiers jours.
L’opération remplace le cristallin par un implant – une lentille artificielle. Selon le profil du patient, différents types d’implants permettent de corriger la vision de loin, de près, ou les deux. « Il n’y a pas de règle générale. Chaque patient doit avoir une discussion approfondie avec son chirurgien avant de se décider. »
Et la prévention ?
Porter des lunettes de soleil dès l’enfance reste le geste le plus simple. « Quand je vois des gens passer une journée entière à la plage sans lunettes de soleil, j’ai mal pour eux. » Les UV accélèrent le vieillissement du cristallin – et plus généralement de la rétine, avec le risque de DMLA à long terme. Une protection simple, pas coûteuse, qui vaut pour tous les âges.
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