Protéger les yeux des enfants du soleil : ce que les parents ne savent pas

Par |Publié le : 8 juillet 2026|Dernière mise à jour : 6 juillet 2026|6 min de lecture|

Le cristallin d’un jeune enfant laisse passer bien plus d’UV que celui d’un adulte — et cette vulnérabilité dure bien au-delà des 12 ans souvent cités. Pourtant, selon le Baromètre santé visuelle 2025 (AsnaV/OpinionWay), la protection reste très insuffisante. Le Dr Christophe Orssaud, ophtalmologue pédiatrique à l’hôpital Necker-Enfants malades et responsable du centre de référence OPHTARA (AP-HP, Université Paris-Cité), explique ce que les parents doivent vraiment savoir.

On parle souvent de 12 ans comme d’un seuil à partir duquel les yeux des enfants seraient plus exposés aux UV. Mais pour le Dr Orssaud, ce chiffre mérite d’être nuancé. « Le cristallin va progressivement jaunir tout au cours de la vie — c’est ce qui mène à la cataracte vers 60-70 ans. Cette opacification met des décennies à se constituer, et c’est justement parce qu’elle est quasi absente chez le tout-petit que les UV traversent le cristallin sans obstacle. » En clair : plus l’enfant est jeune, plus son cristallin est transparent, et plus les UV atteignent la rétine en profondeur. À 20 ans, on a déjà perdu les deux tiers de cette capacité de filtration naturelle — un phénomène confirmé par une étude publiée dans PLOS ONE (Hammond & Renzi-Hammond, 2018). Le risque est donc bien plus important pendant l’enfance, mais la protection doit rester une priorité à tout âge.

Dès les premiers mois, les bons réflexes

Faut-il équiper un nourrisson de lunettes de soleil ? « À 2 mois, l’enfant a les yeux fermés la plupart du temps, explique le Dr Orssaud. Le vrai risque commence quand il s’intéresse à ce qui l’entoure et garde les yeux ouverts en permanence. » Pour les premiers mois, l’essentiel est de ne pas exposer le bébé directement au soleil — capote de poussette, ombrelle, positionnement à l’ombre. Dès que l’enfant est assis et actif, les lunettes deviennent indispensables à chaque sortie en plein soleil, comme le rappelle Ameli.fr.

Et passé l’adolescence, on oublie ? Surtout pas. « Il ne faudrait pas que les gens se disent : j’ai plus de 12 ans, je n’ai plus de danger. » C’est d’ailleurs pour cette raison que le Dr Orssaud est prudent sur la communication autour de cet âge : la vraie raison de cibler les moins de 12 ans, c’est avant tout que les parents peuvent imposer les lunettes à un enfant — ce qu’il est beaucoup plus difficile de faire avec un ado.

Comment bien choisir les lunettes de son enfant ?

C’est ici que beaucoup de parents font fausse route. « La teinte des verres n’a rien à voir avec leur filtration, prévient le Dr Orssaud. On peut avoir des lunettes très foncées qui ne filtrent pas les UV — elles sont simplement teintées, et ça ne sert à rien. » Ce qui compte, c’est l’indice de filtration : il faut une protection de niveau 3 ou 4 (sur une échelle de 1 à 4) et le marquage CE obligatoire, des critères rappelés par Ameli.fr. Les lunettes achetées sur Internet ou en supermarché sont à éviter — pas parce qu’elles sont toutes mauvaises, mais parce qu’il n’y a aucune garantie sur la qualité de filtration ni sur l’adaptation à la morphologie de l’enfant.

Car c’est un point crucial : des lunettes qui glissent sur le nez ne protègent rien. « Il faut un pont bas entre les deux yeux, des branches qui enroulent bien autour des oreilles, des petits coussinets en silicone pour maintenir la monture, et des verres incassables. La morphologie du visage d’un enfant n’est pas celle d’un adulte — il faut des lunettes conçues pour eux. » Pour les enfants qui portent déjà une correction optique, des clips solaires fixés sur les lunettes de vue sont une solution pratique et économique, de plus en plus proposée par les opticiens spécialisés.

Les pièges auxquels on ne pense pas

Le soleil direct, tout le monde y pense. Mais la réverbération, beaucoup moins. « Une casquette protège du soleil qui vient d’en haut, mais elle ne fait rien contre les UV réfléchis par le sable blanc, la mer ou la neige, souligne le Dr Orssaud. Et ça peut être tout aussi intense. » À la montagne, on pense qu’on est suffisamment protégé parce qu’on est emmitouflé — mais la réverbération sur la neige est redoutable. L’ophtalmie des neiges, cette brûlure de la cornée par les UV, en est la conséquence directe. « Quand on en a eu une fois, on s’en souvient », note le médecin.

Autre idée reçue à déconstruire : les nuages ne filtrent pas les UV. « Par temps brumeux ou sous un voile nuageux, le soleil passe quand même — et à fond, rappelle le médecin. Et le soir ou le matin, le soleil est aussi dangereux. Pour les enfants, c’est tout le temps. »

UV et myopie : un lien moins connu

Le Dr Orssaud pointe un autre effet de l’exposition — ou plutôt de son absence. Des études ont montré que passer du temps à la lumière naturelle extérieure ralentit la progression de la myopie chez l’enfant. « Plus on passe de temps dehors, moins la myopie progresse. » Une raison de plus d’encourager les enfants à jouer dehors, en les protégeant bien.

À l’inverse, les expositions répétées sans protection augmentent à long terme le risque de dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) et de cataracte. Des pathologies qui n’apparaîtront que 40 ou 50 ans plus tard — ce qui rend la prévention d’autant plus difficile à mettre en œuvre. « Vous allez vous exposer au soleil, vous rentrez bronzé. Trois jours après, il n’y a plus rien. Mais si vous le faites chaque année, quinze à vingt ans après, vous aurez un mélanome ou une dégénérescence maculaire. Et on vous dira : vous vous êtes exposé au soleil. Ah bon ? Je ne savais pas. »

Le message aux parents

Le Dr Orssaud insiste sur le rôle central des parents — et sur leur exemplarité. « Les parents doivent donner l’exemple. Si vous sortez avec des lunettes de soleil, l’enfant comprend que c’est normal. » Avant 12 ans, c’est à eux d’agir, parce que l’enfant ne le fera pas seul. Au-delà de l’adolescence, il faut que le réflexe soit ancré — parce que le cristallin reste encore largement transparent et que les UV continuent de faire leur travail, silencieusement, pendant des décennies.

Sources
– Interview du Dr Christophe Orssaud, ophtalmologue pédiatrique, AP-HP/Université Paris-Cité.. . Consulté le 06 juillet 2026.
Sources

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Peggy Cardin
Peggy Cardin
Journaliste spécialisée en santé
Peggy Cardin-Changizi Journaliste spécialisée en santé depuis plus de vingt ans. Elle traite des sujets de prévention, de santé publique et de médecine au quotidien, avec pour objectif de rendre l'information médicale claire, fiable et accessible à tous. Rédige un contenu scientifique fiable avec des sources vérifiées en respect de notre charte HIC.