Merci Zika pour ce syndrome de Guillain-Barré

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Rédigé par Estelle B. et publié le 10 octobre 2016

Le virus Zika ne cesse décidément pas de faire parler de lui… Soupçonné d’être responsable de microcéphalie chez les nouveaux-nés, il pourrait également provoquer chez l’adulte des complications neurologiques graves, le syndrome de Guillain-Barré.

neurones et complications neurologiques

Virus Zika et complications neurologiques (syndrome de Guillain-Barré)

Déjà pointé du doigt pour son implication dans certaines atteintes neurologiques du fœtus au cours de la grossesse (microcéphalies), le virus Zika pourrait provoquer d’autres complications, comme le syndrome de Guillain-Barré, qui touche le système nerveux périphérique. Très vite, les chercheurs ont observé une nette augmentation de ce syndrome au cours des épidémies de Zika. Plusieurs études se sont alors penchées sur le lien entre ces deux pathologies.

À savoir ! Le syndrome de Guillain-Barré (polyradiculonévrite aigüe inflammatoire) est une affection des nerfs périphériques entraînant une faiblesse voire une paralysie progressive. L’atteinte débute souvent au niveau des jambes pour se propager aux muscles respiratoires, à la tête et au cou. Ce syndrome suit toujours une infection, le plus souvent virale. Les symptômes et la gravité sont très variables selon les patients. De rares décès peuvent survenir liés à des complications cardiaques ou respiratoires. Dans plus de 80 % des cas, les patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois. Des séquelles (fourmillements, faiblesse musculaire, perte de sensibilité) peuvent être observées au niveau des pieds et des mains.

Un lien confirmé en Polynésie Française

Une équipe de recherche française a établi le lien de causalité entre l’infection par le virus Zika et certaines complications neurologiques. En Polynésie Française, la plus sévère épidémie de Zika s’est produite en 2013-2014 touchant les deux tiers de la population. Au cours de l’épidémie, 42 syndromes de Guillain-Barré ont été répertoriés, alors qu’habituellement seuls 5 cas annuels sont observés en moyenne. Aucun décès lié au syndrome n’a été rapporté, mais 12 patients ont nécessité une assistance respiratoire et 16 une hospitalisation en réanimation.

La quasi-totalité des patients (98 %) atteints du syndrome de Guillain-Barré présentaient des anticorps contre le virus Zika et 93 % avaient présenté quelques jours avant des signes d’infection (fièvre, fatigue, douleurs articulaires, éruption cutanée).

Par ailleurs, le virus Zika pourrait provoquer des formes atypiques de syndrome de Guillain-Barré. Les cas observés en Polynésie Française et en Guyane présentaient des caractéristiques différentes de celles observées classiquement. Les atteintes neurologiques semblaient moins importantes et globalement les patients récupéraient plus rapidement. En 3 mois, plus de la moitié des patients étaient déjà capables de marcher.

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Syndrome de Guillain-Barré : Un risque quantifié en Amérique latine

Une étude épidémiologique s’est penchée sur le lien entre l’infection par le virus Zika et le syndrome de Guillain-Barré dans plusieurs pays d’Amérique Centrale et du Sud (Brésil, Colombie, République Dominicaine, Salvador, Honduras, Surinam et Venezuela). Au total, 1 474 syndromes de Guillain-Barré et 164 237 infections par le virus Zika ont été répertoriés entre 2015 et 2016. L’incidence du syndrome de Guillain-Barré a été multipliée par 9,8 au Venezuela et par 3,1 en Colombie au cours de l’épidémie de Zika. Les deux pathologies suivent la même évolution tout au long de l’épidémie avec un décalage de 2 semaines entre les deux.

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Du renfort dans les services de réanimation

Le syndrome de Guillain-Barré touche plus souvent les hommes que les femmes, pourtant plus largement infectées par le virus Zika. L’âge constitue également un facteur de risque. D’après les études, le risque de complications de type syndrome de Guillain-Barré à la suite d’une infection par le virus Zika est évalué en moyenne à 2,4 pour 10 000 infections. Un risque certes faible mais réel de développer une complication neurologique grave !

L’infection par le virus Zika touche chaque année des millions de personnes. Le risque de complications neurologiques associé à ce virus doit amener les services de santé à prévoir un afflux important de patients dans les services de réanimation et un besoin important en matériel d’assistance respiratoire.

Des investigations complémentaires sont nécessaires pour déterminer le mécanisme responsable du syndrome de Guillain-Barré au cours de l’infection. Les formes atypiques du syndrome doivent également être caractérisées pour optimiser leur prise en charge.

Estelle B., Docteur en Pharmacie


– Cao-Lormeau VM, Blake A, Mons S, et al. Guillain-Barré Syndrome outbreak associated with Zika virus infection in French Polynesia: a casecontrol study. The Lancet. 2016;doi:10.1016/S0140-6736(16)00562-6.
– Thais dos Santos, M.S. et al. Zika virus and the Guillain-Barré syndrome. Case series from seven countries. N Engl J Med 2016; publication avancée en ligne le 31 août (DOI:10.1056/NEJMc1609015).