Courir pour renforcer sa colonne vertébrale !

May 27, 2017 par

Le mal de dos représente un enjeu majeur de santé publique, à la fois par l’importance du nombre de personnes touchées et par les retombées médicales, sociales et économiques qui en découlent. Son lien avec l’activité physique est complexe, avec des effets parfois inverses. Une étude récente vient de mettre pour la première fois en évidence l’intérêt de la course à pied pour préserver les disques intervertébraux.

Activité

Colonne vertébrale et disque intervertébral

La colonne vertébrale est composée de trois types d’éléments :

  1. Les vertèbres, mobiles selon plusieurs axes et certaines amplitudes, et réparties en cinq groupes :
    1. Les vertèbres cervicales ;
    2. Les vertèbres thoraciques ;
    3. Les vertèbres lombaires ;
    4. Le sacrum ;
    5. Le coccyx ;
  2. Les disques intervertébraux ;
  3. Les éléments associés (muscles, capsules, ligaments, …), qui assurent la stabilité et le mouvement entre deux vertèbres.

Le disque intervertébral, situé entre deux vertèbres successives, joue le rôle d’amortisseur vis-à-vis de l’ensemble des pressions exercées sur la colonne vertébrale. Il est constitué de deux parties :

  1. Un anneau fibreux, composé de ligaments circulaires concentriques ;
  2. Un noyau central liquide, maintenu sous pression.

Quotidiennement, quelle que soit la position ou l’activité physique, le disque intervertébral est soumis à des pressions importantes. Sa qualité d’amortissement est assurée par le maintien de la pression du liquide contenu dans le noyau central.

La dégénérescence du disque intervertébral se manifeste par une diminution progressive de l’épaisseur du disque et par un dessèchement du noyau. Elle est à l’origine de plusieurs phénomènes :

  1. Une perte de souplesse de la colonne vertébrale ;
  2. Une augmentation du risque de lombalgie (douleurs lombaires) ;
  3. L’apparition d’une hernie discale.

Activité physique et disque intervertébral

Jusqu’à ce jour, aucune étude n’avait montré que le disque intervertébral pouvait être positivement influencé par la pratique d’une activité physique. Plusieurs auteurs suggéraient que le métabolisme du disque intervertébral était trop lent pour obtenir un tel effet à l’échelle d’une vie humaine.

Parallèlement, plusieurs études avaient mis en évidence que certains mouvements répétés, fréquents dans certains sports, induisaient des dommages sur les disques, notamment au niveau lombaire. Ainsi les mouvements de flexion de la colonne vertébrale, associés à des phénomènes de compression ou de torsion, sont susceptibles d’induire une dégénérescence du disque intervertébral. Le sport est-il alors délétère pour les disques ?

Dans ce contexte, des chercheurs australiens viennent de montrer pour la première fois que la pratique régulière de la course à pied serait associée avec une meilleure composition du disque intervertébral, chez les hommes comme chez les femmes.

Courir pour avoir des disques intervertébraux plus forts

Cette étude a été menée auprès d’hommes et de femmes, âgés de 25 à 35 ans, le disque intervertébral étant encore en processus de maturation dans cette classe d’âge. Les cinq dernières années d’activité physique ont été prises en compte et les disques intervertébraux des participants ont été étudiés par des techniques de RMN (Résonance Magnétique Nucléaire). Les participants ont été classés en trois catégories :

  1. Les personnes ne pratiquant pas de sport ;
  2. Les joggeurs qui courent entre 20 et 40 kms par semaine ;
  3. Les coureurs de fond qui courent plus de 50 kms par semaine.

Les résultats indiquent que les joggeurs et les coureurs de fond ont des disques intervertébraux avec une meilleure hydratation et un taux supérieur de protéoglycanes (composants essentiels du disque). Une faible différence est observée entre les joggeurs et les coureurs de fond, mais elle est statistiquement non significative. De plus, chez les coureurs de fond, une hypertrophie des disques est notée, avec une hauteur supérieure des disques. Selon les auteurs, cette hypertrophie pourrait être une adaptation de l’organisme chez les personnes qui ont l’habitude de courir. Ces différents résultats ont été obtenus sur l’ensemble de la colonne vertébrale, y compris la zone lombaire, la plus sensible sur le plan des douleurs.

En analysant plus finement l’activité physique, les chercheurs ont montré que la structure du disque intervertébral n’est pas directement influencée par la quantité globale d’activité. La nature de cette activité est par contre primordiale. Ainsi rester statique ou marcher lentement n’induit pas de renforcement du disque intervertébral. A l’inverse, courir rapidement ou pratiquer des activités physiques avec des sauts répétés est délétère pour les disques. En revanche, marcher rapidement ou courir lentement (à une vitesse d’environ 2 mètres par seconde) est l’option idéale pour préserver la structure des disques intervertébraux.

Pour la première fois, une étude met en évidence que l’exercice physique peut être bénéfique pour le disque intervertébral. Ces résultats constituent une base de travail pour élaborer des programmes spécifiques d’activité physique pour la prévention et la prise en charge des douleurs du dos. Une bonne raison de se mettre à courir !

Estelle B. / Docteur en Pharmacie

– Running exercise strengthens the intervertebral disc. Belavý, Daniel L. and al. Nature Scientific Reports 7:45975. 2017. DOI: 10.1038/srep45975.

Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
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