Covid-19 : les antihypertenseurs lavés de tout soupçon

May 12, 2020 par

Le 17 mai prochain aura lieu la journée mondiale de l’hypertension artérielle, l’occasion de faire le point sur les connaissances actuelles de cette maladie ainsi que sur les recherches en cours dans le contexte de l’épidémie mondiale de COVID-19.

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L’hypertension artérielle : un « tueur silencieux »

Touchant près d’un adulte sur trois, l’hypertension artérielle (HTA) est la pathologie chronique la plus fréquente en France. Elle représente l’un des principaux facteurs de risque de maladies cardio-vasculaires et d’accidents vasculaires cérébraux. L’HTA se définit par une élévation persistante de la pression artérielle systolique (≥140 mmHg) ou de la pression artérielle diastolique (≥90 mmHg) qui augmente le travail du muscle cardiaque et accélère la fatigue du cœur. Ainsi, plus la tension est élevée, plus le risque de maladie cardio-vasculaire augmente.

Cette maladie chronique ne se guérit malheureusement pas mais fait l’objet de traitements antihypertenseurs efficaces. Encore faut-il que le patient sache qu’il est hypertendu ! On estime en effet qu’en France 4 millions de personnes n’ont pas été dépistées, ce qui fait que l’hypertension artérielle est surnommée « le tueur silencieux ».

À savoir ! L’hypertension artérielle ne se manifeste pas par des symptômes particuliers mais certains signes peuvent néanmoins alerter le patient et son entourage comme des maux de tête, des difficultés de concentration, des vertiges, des douleurs dans la poitrine, un essoufflement, des troubles visuels ou des bourdonnements d’oreille.

La prise en charge de l’HTA débute avant tout par des mesures hygiéno-diététiques qui ont démontré leur efficacité sur la mortalité cardiovasculaire (perte de poids en cas de surpoids, pratique d’une activité physique régulière adaptée à l’état de santé, alimentation riche en fruits et légumes et pauvre en graisses d’origine animale, arrêt du tabac). Si malgré l’adoption de ces nouvelles habitudes, une pression artérielle normale n’est pas atteinte après trois mois, la prescription de médicaments antihypertenseurs est alors envisagée.

Les anti-hypertenseurs ne favorisent ni le risque ni les formes sévères du COVID-19

Dans le contexte pandémique de COVID-19, des analyses animales suggérant que l’entrée du SARS-CoV-2 pouvait être facilitée par les traitements antihypertenseurs avaient été à l’origine de sérieuses craintes dans la communauté scientifique. Le virus SARS-CoV-2 utilise en effet une enzyme nommée ACE2 pour pénétrer dans les cellules de l’organisme et les infecter. Or, la quantité de cette enzyme peut augmenter en cas de consommation de médicaments antihypertenseurs de la famille des sartans ou des inhibiteurs de l’ECA.

Trois études publiées le 1er mai dernier dans le New England Journal of Medicine se sont donc intéressées à 5 types de médicaments antihypertenseurs :

  • les inhibiteurs de l’ECA (comme le captopril) ;
  • les antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II (ou ARB, comme le valsartan) ;
  • les bêta-bloquants ;
  • les inhibiteurs calciques ;
  • les diurétiques thiazidiques.

Ces trois études ont été menées respectivement à New York, en Lombardie (Italie) et auprès de milliers de patients hospitalisés dans 11 pays sur trois continents. En épluchant les dossiers médicaux de milliers de patients ayant effectué un test du COVID-19, les chercheurs ont tenté de trouver un lien entre la prise de ces médicaments et l’infection.

Leurs recherches les ont menés à conclure que les médicaments antihypertenseurs n’augmentent pas le risque de contracter le COVID-19 ou d’en développer des formes sévères. Harmony Reynolds, de l’école de médecine de l’université de New-York, qui a mené l’une des études portant sur 12 600 personnes, se réjouit de ces conclusions :

« Nous n’avons trouvé aucune différence sur la probabilité d’être testé positif et la prise d’inhibiteurs de l’ECA ou d’ARB. Je suis contente de pouvoir dire à mes patients qu’ils peuvent continuer à prendre leurs médicaments contre l’hypertension ».

L’une des trois études a par ailleurs mis en évidence un lien entre l’utilisation de médicaments antihypertenseurs et un risque plus faible de décès par le COVID-19. Le directeur médical du centre cardiaque et vasculaire de l’hôpital Brigham and Women’s Hospital précise :

« Les mêmes médicaments qui semblent avoir des effets bénéfiques sur la vie des patients atteints de maladies cardiovasculaires semblent également nous montrer un effet positif chez les patients qui sont aux prises avec le COVID-19 ». Les raisons en sont aujourd’hui encore inconnues et feront certainement l’objet de recherches plus approfondies par la communauté scientifique.

Toujours est-il que ces nouvelles études appuient les recommandations données par les spécialistes de l’hypertension artérielle depuis le début de la pandémie, à savoir «ne pas stopper ni modifier les traitements antihypertenseurs habituellement prescrits».

Déborah L., Docteur en Pharmacie

– Suivre un traitement par des médicaments antihypertenseurs ne favorise pas la forme sévère de COVID-19. FONDATION DE LA RECHERCHE SUR L’HYPERTENSION. Consulté le 4 mai 2020.
– Les médicaments contre l’hypertension n’augmentent pas le risque de Covid-19, selon plusieurs études. FRANCE INFO. Consulté le 4 mai 2020.
– Covid-19 : les médicaments contre l’hypertension n’augmentent pas le risque d’être malade. LE PARISIEN. Consulté le 4 mai 2020.
– Hypertension artérielle. SANTÉ PUBLIQUE FRANCE. Consulté le 4 mai 2020.

Deborah L.
Pharmacienne.
Spécialisée dans les domaines de la santé, de la nutrition et de la cosmétologie.
Passionnée par l'écriture, elle sait allier la rigueur scientifique à la beauté de notre langue.
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