Du nouveau sur l’activité anticancéreuse du curcuma

Sep 24, 2018 par

Le curcuma est déjà utilisé sous forme de complément alimentaire pour ses propriétés anti-inflammatoires et pour soulager certains troubles digestifs. Mais ces allégations sont-elles les seuls atouts santé de cette belle épice jaune ? Certaines études scientifiques suggèrent qu’une substance contenue dans le curcuma, la curcumine, présenterait des activités anticancéreuses prometteuses.

curcuma

Curcuma et curcumine

Le curcuma, encore appelé le safran des Indes, est une plante rhizomateuse, dont les rhizomes réduits en poudre constituent l’épice de couleur jaune, également appelée le curcuma. Constituant principal du curry de la cuisine indienne, le curcuma est utilisé comme épice ou comme colorant dans diverses préparations alimentaires.

Au-delà de ses utilisations alimentaires, le curcuma est reconnu comme une plante médicinale en Asie, où il est utilisé depuis des siècles dans la médecine ayurvédique. En France, il est disponible sous forme de compléments alimentaires, avec les allégations suivantes :

  • Des propriétés anti-inflammatoires ;
  • Une amélioration des troubles digestifs.

Mais depuis des années, de nombreuses études scientifiques s’intéressent à une autre activité du curcuma, une potentielle activité anticancéreuse de l’un de ses constituants, la curcumine.

La curcumine, un anticancéreux intéressant

Les travaux menés jusque-là sur la curcumine du curcuma ont apporté nombre de preuves des propriétés anticancéreuses de cette substance. Mais le mode d’action de la curcumine restait encore imprécis. Récemment, des chercheurs américains ont publié de nouveaux résultats dans la revue scientifique PNAS. Ces données apportent un nouvel éclairage sur l’influence de la curcumine dans les mécanismes tumoraux.

La curcumine agirait principalement sur le protéasome, un ensemble de complexes enzymatiques qui dégradent certaines protéines cellulaires. L’inhibition du protéasome pourrait réduire la prolifération et la survie des cellules tumorales. Les chercheurs ont mis en évidence que la curcumine a une affinité très forte pour un régulateur du protéasome. En se fixant sur ce régulateur, la substance extraite du curcuma inhibe le protéasome et induit les phénomènes suivants :

  • Une diminution de la dégradation des protéines cellulaires habituellement dégradées par le protéasome ;
  • Une accumulation intracellulaire de ces protéines non dégradées ;
  • Un ralentissement de la prolifération des cellules tumorales ;
  • Une mort des cellules cancéreuses.

En utilisant la curcumine à des doses de 300 mg/kg sur un modèle de souris atteintes de cancer du sein, les chercheurs ont observé une baisse de la prolifération des cellules tumorales et une réduction du volume de la tumeur.

Vers des médicaments anticancéreux dérivés du curcuma ?

Cet effet inhibiteur de la curcumine sur le protéasome représenterait l’effet le plus important dans l’activité anticancéreuse du curcuma, même si d’autres mécanismes d’action pourraient intervenir en parallèle.

Par ailleurs, en poursuivant leurs travaux, les chercheurs ont découvert que la curcumine avait une action synergique avec un autre inhibiteur du protéasome, le carfilzomib, un médicament déjà disponible dans le traitement du myélome multiple. Ces deux substances pourraient ainsi être utilement associées pour lutter contre certains cancers particulièrement difficiles à traiter.

Cette nouvelle étude constitue une avancée majeure pour mieux comprendre l’intérêt et le mode d’action de la curcumine contre le cancer. Les chercheurs suggèrent que des dérivés de la curcumine pourraient être développés, pour mettre au point de nouvelles stratégies préventives ou thérapeutiques contre les tumeurs dépendantes du protéasome, en particulier :

  • Les cancers du sein difficiles à traiter avec les approches actuelles ;
  • Les myélomes multiples.

Des médicaments anticancéreux dérivés du curcuma pourraient ainsi voir le jour dans les prochaines années !

Estelle B. / Docteur en Pharmacie

– Ancient drug curcumin impedes 26S proteasome activity by direct inhibition of dual-specificity tyrosine-regulated kinase 2. Banerjee, S. and al. Proc. Natl. Acad. Sci. U.S.A. 115(32):8155-8160. doi: 10.1073/pnas.1806797115.
Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
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