Ebola peut-il provoquer la prochaine pandémie mondiale ?

Par |Publié le : 15 juin 2026|Dernière mise à jour : 15 juin 2026|7 min de lecture|

Depuis que l’OMS a déclaré une urgence de santé publique internationale le 17 mai 2026 pour l’épidémie d’Ebola en cours en République Démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda, le mot pandémie revient dans tous les titres. Pourtant, les experts sont formels : Ebola fait peur, mais il ne se propage pas comme le Covid. Sylvain Baize, responsable du Centre national de référence des fièvres hémorragiques virales à l’Institut Pasteur, et Isabel Amoros, coordinatrice médicale pour Médecins Sans Frontières en RDC, expliquent pourquoi.

Ebola

L’image est gravée dans les mémoires : des équipes en combinaison blanche intégrale, des patients isolés, des chiffres de mortalité qui donnent le vertige. Dix ans après la grande épidémie d’Afrique de l’Ouest qui avait fait plus de 11 000 morts, Ebola est de retour dans l’actualité. Et avec lui, une question que beaucoup se posent : est-ce qu’on risque de revivre quelque chose comme le Covid ? La réponse est très probablement non au vu des connaissances actuelles. Mais la situation mérite qu’on s’y attarde.

Un virus qui tue beaucoup, mais se transmet peu

Ebola, c’est d’abord une famille de virus — et c’est important. Il en existe plusieurs types, dont les comportements diffèrent. L’épidémie actuelle est due au virus Bundibugyo, différent de la souche Zaire qui avait ravagé l’Afrique de l’Ouest en 2014. Or pour Bundibugyo, il n’existe ni vaccin ni traitement spécifique. « Pour l’épidémie actuelle, il n’y a pas de vaccin, il n’y a pas de traitement. Le traitement, c’est le traitement de support : paracétamol, fluides, antibiotiques — mais rien de spécifique contre le virus Ebola », explique Isabel Amoros.

Ce qui rend Ebola si redouté, c’est sa létalité : selon les épidémies et les conditions de prise en charge, entre quatre et huit personnes sur dix infectées en meurent. Mais ce qui le sépare radicalement du Covid, c’est comment il se propage. « Ce n’est pas une transmission respiratoire comme la Covid, c’est une transmission par contact avec les fluides corporels : vomissements, sang, lors des soins », rappelle Isabel Amoros. Et surtout : « Il n’y a pas de transmission avant l’apparition des symptômes. C’est seulement quand la personne tombe malade qu’elle peut transmettre la maladie. »

C’est là que tout bascule. Un malade du Covid pouvait contaminer des dizaines de personnes dans un avion ou un supermarché sans le savoir. Un malade d’Ebola, s’il n’est pas encore symptomatique, n’est pas contagieux. « Ce ne sont pas des virus très contagieux comparativement aux virus respiratoires. Ça démarre vraiment lentement, de proche en proche », confirme Sylvain Baize.

D’où vient-il, et pourquoi réapparaît-il sans cesse ?

Ebola est ce qu’on appelle une zoonose : un virus qui circule dans le règne animal et passe accidentellement à l’homme. Le réservoir supposé ? Les chauves-souris, même si cela n’a jamais été formellement prouvé pour toutes les souches. « Pour Bundibugyo, on ne sait rien, précise Sylvain Baize. Par analogie, on imagine que ce sont aussi des chauves-souris, mais c’est une spéculation. »

Le virus est présent dans l’environnement depuis des millénaires. Ce qui a changé, c’est la fréquence des contacts entre l’homme et son réservoir. « Depuis 1995, on a des réémergences annuelles, alors qu’entre 1976 et 1995, il s’est passé presque vingt ans sans grand-chose », note Sylvain Baize. L’activité humaine dans les forêts — exploitation forestière, déplacements de populations, réchauffement climatique — perturbe les écosystèmes et multiplie ces contacts accidentels.

Pour la RDC, c’est la dix-septième épidémie d’Ebola. « Ils sont habitués, malheureusement. À chaque fois qu’il y a quelqu’un qui arrive avec de la fièvre et des hémorragies, c’est comme un signal d’alarme : ça pourrait être une nouvelle épidémie », témoigne Isabel Amoros.

Pourquoi cette épidémie est si difficile à contrôler

La fin d’un suivi se dessine progressivement, à travers des changements concrets dans le quotidien du patient.

Le problème numéro un, c’est le délai de diagnostic. Les premiers symptômes d’Ebola — fièvre, maux de tête, douleurs — ressemblent à ceux du paludisme, maladie extrêmement courante dans la région. « Quand les gens ont de la fièvre, ils ne vont pas consulter, ils prennent un antipaludéen. Quand ça ne s’améliore pas, ils consultent. Mais entre temps, ils ont déjà eu l’occasion de transmettre le virus à leurs proches », explique Sylvain Baize. À ce stade, plusieurs transmissions ont souvent déjà eu lieu.

L’épidémie actuelle a une particularité supplémentaire : elle se déroule dans une zone de guerre. Une partie du Nord-Kivu est sous contrôle du groupe armé M23, pas du gouvernement central. « Ça n’aide pas beaucoup à la mise en place du système de coordination », dit sobrement Isabel Amoros. Des centres de traitement ont été attaqués. L’accès aux patients est régulièrement bloqué par des barrages de milices armées.

À cela s’ajoute la méfiance des populations. Quand Ebola frappe, les équipes médicales demandent aux familles de ne pas toucher les corps des défunts — or les rites funéraires sont au cœur des pratiques culturelles locales. « Des proches sont venus récupérer de force le corps de leur parent, et ils sont repartis avec. Des funérailles peuvent aboutir à 10 ou 15 cas secondaires derrière », alerte Sylvain Baize.

Isabel Amoros met en perspective : « Quand on vit dans cette zone, avec des conflits chroniques, le paludisme, la rougeole, le choléra — est-ce qu’Ebola est le problème le plus urgent ? Je comprends que pour nous, ici, on soit très préoccupés. Mais ce n’est pas forcément la priorité numéro un pour eux. »

Le risque pour l’Europe : réel mais très limité

Peut-on craindre qu’Ebola arrive en France dans la valise d’un voyageur ? Techniquement, oui — ça s’est déjà produit. Mais les conséquences seraient très différentes de ce qu’on a connu avec le Covid.

« Au niveau international, le risque d’épidémie est pratiquement nul, tranche Sylvain Baize. Il peut y avoir des cas d’importation, mais ça ne va pas être à l’origine d’une épidémie. Si quelqu’un tombe malade en France, il va être rapidement identifié. S’il se présente aux urgences, le médecin va tout de suite l’isoler. On peut avoir quelques cas, mais ça va vite s’arrêter. »

Les aéroports procèdent déjà à des contrôles de température. Et surtout : une personne infectée mais pas encore symptomatique n’est pas contagieuse — elle peut donc prendre l’avion sans risquer de contaminer ses voisins de siège. C’est une différence fondamentale avec le Covid, où la transmission avant les symptômes était massive.

En revanche, une propagation aux pays voisins reste possible. L’Ouganda est déjà touché. Et les pays frontaliers de la RDC peuvent être impactés, comme cela s’est passé en 2014 avec la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone.

La fin d’une psychothérapie se reconnaît à des signes progressifs : une stabilité retrouvée, une parole qui s’allège, une autonomie qui s’installe. Lorsqu’elle est bien préparée, elle consolide durablement ce que le travail thérapeutique a construit. Et si le besoin revient, consulter à nouveau reste toujours possible, sans que cela signifie un recul.

Ce qui inquiète vraiment les experts

Ce qui inquiète les experts, ce n’est pas une pandémie mondiale. C’est l’érosion des systèmes de santé locaux, aggravée par les coupes budgétaires internationales. « C’est seulement quand on renforce le système de santé sur place — l’accès à l’eau, aux gants, aux formations — qu’on peut détecter une épidémie de façon précoce et la limiter. Les coupes de financement américaines n’ont pas provoqué l’épidémie, mais elles ont contribué à sa propagation », pointe Isabel Amoros.

Et puis il y a l’effet collatéral souvent oublié : quand Ebola frappe, les populations évitent les centres de santé. Résultat, les autres maladies — paludisme, rougeole, choléra — tuent plus qu’en temps normal. « On va avoir plus de décès à cause des maladies non-Ebola que des décès causés par Ebola lui-même », prédit Isabel Amoros.

Pour Sylvain Baize, après toutes ces épidémies, le constat n’a pas changé : « Pour arrêter Ebola, il faut contrôler chaque patient et chaque événement de transmission. C’est les seules armes qu’on a. » Pas de vaccin pour le virus Bundibugyo, pas de traitement spécifique — juste une course contre la montre, dans des conditions souvent impossibles.

Sources
– Interviews de Sylvain Baize (Institut Pasteur, CNR fièvres hémorragiques) et d'Isabel Amoros (MSF, coordinatrice médicale RDC).. . Consulté le 16 juin 2026.
– OMS – Urgence de santé publique de portée internationale, 17 mai 2026 : . www.who.int. Consulté le 16 juin 2026.
– Institut Pasteur – Centre national de référence des fièvres hémorragiques virales : . www.pasteur.fr. Consulté le 16 juin 2026.
– MSF – Réponse aux épidémies Ebola . www.msf.fr. Consulté le 16 juin 2026.

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Peggy Cardin
Peggy Cardin
Journaliste spécialisée en santé
Peggy Cardin-Changizi Journaliste spécialisée en santé depuis plus de vingt ans. Elle traite des sujets de prévention, de santé publique et de médecine au quotidien, avec pour objectif de rendre l'information médicale claire, fiable et accessible à tous. Rédige un contenu scientifique fiable avec des sources vérifiées en respect de notre charte HIC.