L’Hantavirus ANDES peut-il provoquer une pandémie ?
Face aux nombreuses contres vérités circulant sur les réseaux, l’inquiétude continue à croitre sur le potentiel risque pandémique du virus Andes. Une alerte sanitaire internationale a été déclenchée le 2 mai 2026 après notification à l’OMS d’un foyer de syndromes respiratoires sévères sur le navire de croisière néerlandais MV Hondius. Cependant, aucune crainte n’est justifiée : l’Organisation mondiale de la santé écarte le risque de pandémie.

Que dit l’Organisation mondiale de la Santé ?
Depuis plusieurs semaines, les réseaux sociaux multiplient les publications alarmistes autour du virus Andes, la souche d’hantavirus identifiée le 6 mai dans un cluster à bord du MV Hondius transportant 149 passagers de 23 nationalités. Les autorités sanitaires internationales tiennent un discours beaucoup plus nuancé.
Dans son troisième bulletin d’information du 13 mai, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) considère que le risque pour la santé publique mondiale reste faible. Au 13 mai, un total de 11 cas (essentiellement des croisiéristes), dont trois décès ont été signalés. Huit cas confirmés, deux probables et un cas faisant l’objet d’analyses complémentaires. L’autorité sanitaire mondiale précise « L’OMS a évalué comme faible le risque que cet événement fait peser sur la population mondiale et continuera de surveiller la situation épidémiologique et de mettre à jour son évaluation des risques au besoin ».
Aucune alerte internationale n’a été déclenchée. Aucune mesure restrictive n’est recommandée pour la population générale n’ayant pas voyagé ni eu de contact avec un cas.
Les limites biologiques du virus Andes : espèce réservoir, contagiosité et profil génétique du virus
Plusieurs caractéristiques biologiques et épidémiologiques permettent d’avancer que cet hantavirus du Nouveau Monde ne peut pas provoquer une pandémie. Tout d’abord, c’est une espèce virale circulant principalement en Amérique du Sud. Sans son réservoir spécifique et endémique, le rongeur Oligoryzomys longicaudatus, le virus ne peut pas s’installer durablement dans de nouveaux territoires. Il est cependant particulièrement surveillé, car, contrairement aux autres hantavirus connus, il est le seul pour lequel une transmission interhumaine a été documentée.
« Le virus se trouve essentiellement dans un réservoir animal et la contamination à l’homme est accidentelle par contact direct avec l’animal infecté ou l’aérosolisation des déjections (urines, fèces, etc…). La souche andine est l’unique souche présentant une transmission interhumaine. Cette transmission est peu efficace, apparemment par la salive et les gouttelettes. Les clusters passés, observés en Amérique latine, montrent que ce sont des infections qui s’éteignent très rapidement lors de la mise en place de mesures, de barrières universelles. On casse facilement l’épidémie » précise Xavier Lescure, infectiologue à l’Hôpital Bichat, lors d’une table ronde au Sénat le 20 mai.
Dans son bulletin du 13 mai, l’OMS souligne également que :
- Le virus Andes a montré une transmission interhumaine limitée survenant entre individus ayant des contacts étroits et prolongés dans les foyers ;
- La transmission est contenue grâce au dépistage précoce, à l’isolement des cas, à une prise en charge hospitalière ou un suivi des contacts ;
- Le séquençage des virus retrouvés chez les patients infectés indique un degré élevé de similarités génétiques suggérant que l’épidémie est très probablement due à un seul évènement de transmission zoonotique.
Dans un communiqué de presse de l’Institut Pasteur datant du 15 mai, Jean-Claude Manuguerra, responsable de l’unité Environnement et Risque Infectieux (ERI), de la Cellule d’Intervention Biologique d’Urgence (CIBU) et responsable adjoint du Centre National de Référence (CNR) Hantavirus précise qu’aucun élément scientifique ne laisse penser qu’une souche plus transmissible serait en train d’émerger. Il indique : « D’une manière générale, toutes les séquences du virus Andes en Amérique du Sud présentent une identité nucléotidique supérieure à 95%. Celles des patients du bateau sont identiques entre elles et très proches de certaines souches du virus Andes circulant en Amérique du Sud, et notamment identifiées chez les rongeurs, de l’ordre de 97%. Les 3% de variations correspondent au bruit des variations naturelles du virus qui circule depuis longtemps, et celles-ci ne semblent pas avoir d’impact sur les caractéristiques de la souche détectée parmi les voyageurs du bateau ».
Si le virus Andes a fait l’objet de précautions très strictes, dans un premier temps, c’est principalement en raison de sa présence sur un navire avec un risque accru de promiscuité. A bord du MV Hondius, la transmission interhumaine a été facilitée, car les passagers ont partagé des espaces intérieurs de manière prolongée.
Quel risque épidémique en France ? : résumé des échanges entre experts scientifiques et élus du Sénat
Lors d’une table ronde organisée par la Commission des affaires sociales du Sénat, ce 20 mai 2026, les experts sanitaires (les professeurs Didier Lepelletier, Karine Lacombe, Xavier Lescure et Gilles Pialoux) ont insisté sur la nécessité de distinguer la vigilance et l’alarmisme.
Le directeur général de la santé, Pr Didier Lepelletier, a rappelé que des groupes d’experts issus de différentes instances (ANRS-MIE, Centre national de référence des Hantavirus, infectiologues, COREB) ont été créés. Il souligne aussi que la politique française est extrêmement cohérente depuis le début. Les enquêtes rapportent d’ailleurs que 82% des Français jugent que la France a bien géré l’isolement des passagers et cas contacts.
« Cette épidémie a été exacerbée par un bateau et ultramédiatisée avec une irrationalité et voire une hystérie, dans certains cas, qu’il faut faire retomber. L’émergence des virus est accélérée par le changement massif systémique (climat, écologie). Et actuellement, nous devons aussi tenir compte du fait que les crises médiatique et géopolitique exacerbent les réactions » contextualise Xavier Lescure.
Plusieurs sénateurs ont interrogé les experts sur l’hypothèse d’un nouveau confinement ou d’une saturation hospitalière. Les réponses ont été claires : aucune mesure de cette ampleur n’est envisagée à ce stade. Les intervenants ont également souligné que le système sanitaire français dispose désormais de davantage de moyens qu’en 2020, avec des stocks stratégiques de matériel (masques, tests).
Les intervenants rappellent aussi que la surveillance renforcée reste nécessaire et que la prudence est indispensable, que le risque zéro n’existe pas.
L’enjeu reste aussi la qualité de l’information. Face aux rumeurs et aux scénarios catastrophistes diffusés sur les réseaux sociaux, les experts appellent à s’appuyer sur les données scientifiques disponibles, plutôt que sur les spéculations.
Les sénateurs évoquent notamment la montée de l’anxiété sur les réseaux sociaux, alimentée par les nombreuses rumeurs de reconfinement qui circulent depuis plusieurs semaines.
« On ne peut pas empêcher les gens d’avoir peur, les Hantavirus des Amériques ont des taux de mortalité très élevés. Ici, nous devons rassurer avec des interventions dans les grands médias. Cependant, il faut communiquer de manière cohérente et intelligible. Par exemple, parler de la réserve de masques est inapproprié et anxiogène. Nous devons aussi recourir à de multiples scientifiques (vétérinaires, experts en santé publique, anthropologues), autres que les infectiologues, pour éclairer la situation sur certaines incertitudes scientifiques » souligne l’infectiologue Gilles Pialoux, chef de services des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Tenon (AP-HP).
En conclusion de l’audition, les participants insistent sur l’importance de la surveillance épidémiologique, de la coopération internationale et de la nécessité de maintenir la confiance du public grâce à une communication cohérente, claire et transparente.
– Hantavirus cluster linked to cruise ship travel, Multi-country. www.who.int. Consulté le 26 mai 2026.
– L’Institut Pasteur confirme par séquençage complet l’origine latino-américaine de l'Hantavirus Andes détecté à bord du MV Hondius. www.pasteur.fr. Consulté le 26 mai 2026.
– Virus Andes à bord du navire MV Hondius : ce que l’on sait sur cet hantavirus rare et potentiellement mortel. www.pasteur.fr. Consulté le 26 mai 2026.
– Hantavirus : quel risque épidémique en France aujourd'hui ?. www.senat.fr. Consulté le 26 mai 2026.
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