Et si la salade devenait une nouvelle alliée contre les carences en vitamine B12 ? 

Par |Publié le : 16 mars 2026|Dernière mise à jour : 16 mars 2026|5 min de lecture|

Des chercheurs ont mis au point des pousses de pois enrichies grâce à l’agriculture intérieure, une piste prometteuse pour lutter contre les carences.

De la salade enrichi en vitamine B12.

Longtemps associée aux produits d’origine animale, la vitamine B12 pourrait bientôt se retrouver… dans nos assiettes végétales. Dans une étude publiée le 6 mars 2026, des chercheurs britanniques ont mis au point une méthode inédite pour enrichir des pousses de pois cultivées en intérieur, ouvrant la voie à des salades capables de couvrir les besoins quotidiens en ce micronutriment essentiel.

Derrière cette innovation, un partenariat entre le John Innes Centre, le Quadram Institute, l’Université de Bristol et l’entreprise d’agriculture intérieure LettUs Grow. Ensemble, ils ont testé une technique de culture appelée aéroponie, qui consiste à faire pousser les plantes sans terre en diffusant directement les nutriments sous forme de brume autour des racines.

Résultat : une simple portion de 15 grammes de pousses de pois suffit à atteindre l’apport journalier recommandé en vitamine B12. Une performance inattendue. « Cette nouvelle méthode d’enrichissement peut être mise en œuvre à un coût extrêmement faible pour les producteurs, offrant ainsi aux consommateurs un moyen rentable de compléter leur alimentation en vitamine B12 sous une forme que leur corps peut utiliser », explique dans un communiqué de presse, le professeur Antony Dodd, auteur principal de l’étude.

Une vitamine essentielle mais difficile à trouver

La vitamine B12, ou cobalamine, est indispensable au bon fonctionnement du système nerveux et à la production des globules rouges. Une carence peut provoquer anémie, fatigue musculaire ou encore troubles cognitifs.

Problème : les plantes ne produisent pas naturellement cette vitamine. Elle est fabriquée exclusivement par des bactéries et se retrouve donc surtout dans les aliments d’origine animale comme la viande, le poisson, les œufs ou les produits laitiers.

Avec l’essor des régimes végétariens, végétaliens ou flexitariens, la question des apports devient centrale. Les compléments alimentaires existent, mais ils présentent des limites. Ils sont parfois oubliés et leur absorption peut être moins efficace lorsqu’ils sont consommés à jeun.

Dans le monde, les carences sont loin d’être marginales. Au Royaume-Uni, environ 6 % de la population serait déficiente, et près de 44 % pourraient présenter des niveaux insuffisants sans le savoir.

Une salade qui absorbe la vitamine comme une éponge

Dans l’expérimentation des chercheurs, les pousses de pois ont été cultivées pendant huit jours en aéroponie. Leurs racines ont été régulièrement vaporisées d’une solution contenant de la cyanocobalamine, la forme de vitamine B12 la plus utilisée et la plus biodisponible.

Les analyses montrent que les feuilles accumulent une quantité de vitamine suffisante pour dépasser les besoins journaliers dans une petite portion de salade. Autre bonne nouvelle : la vitamine reste stable après la récolte et pendant le stockage au froid, un point crucial pour une commercialisation.

Des tests de digestion simulée confirment que cette vitamine est bien accessible pour l’organisme. « La beauté de ce travail réside dans la manière dont il allie technologies de pointe et technologies plus traditionnelles de façon si rentable. Les pousses de pois absorbent littéralement la vitamine B12 comme des éponges, tandis que les fermes verticales offrent un environnement contrôlable permettant d’optimiser son absorption par les plantes », souligne la chercheuse Bethany Eldridge, première auteure de l’étude.

Une solution face à la « faim cachée »

Au-delà de la performance scientifique, les chercheurs voient dans cette technique une réponse possible à un problème mondial : la « faim cachée ». Ce terme désigne les situations où les apports caloriques sont suffisants mais où l’alimentation manque de micronutriments essentiels.

« On considère souvent la carence en vitamine B12 comme un problème touchant uniquement les personnes suivant un régime végétarien ou végétalien, mais la réalité est bien plus vaste », rappelle Martin Warren, directeur scientifique du Quadram Institute. « Développer des méthodes pratiques pour intégrer la vitamine B12 dans les aliments du quotidien (…) offre une voie prometteuse pour améliorer la résilience nutritionnelle. »

L’intérêt est aussi économique. La production industrielle de vitamine B12 est particulièrement coûteuse en raison de sa structure chimique complexe et de sa fabrication bactérienne. Son prix peut atteindre 20 000 livres le kilogramme, soit environ un tiers de celui de l’or.

Grâce à l’aéroponie, la quantité utilisée est minime et précisément contrôlée. Les chercheurs estiment que l’ajout de vitamine B12 dans un sachet de pousses de pois pourrait coûter moins d’un penny.

La salade du futur ?

Pour les scientifiques comme pour les industriels, l’objectif est désormais de passer à l’échelle commerciale, notamment dans les fermes verticales et les serres modernes. « Ce qui est passionnant dans ce projet, c’est que c’est la première fois que le potentiel de rendement accru de l’aéroponie est combiné à l’amélioration nutritionnelle de l’enrichissement en vitamine B12 d’une manière qui peut être transposée à des volumes commerciaux », explique Jack Farmer, responsable R&D chez LettUs Grow.

Si la technique fonctionne aussi sur d’autres jeunes pousses ou cultures de salade, nos bols de crudités pourraient bientôt devenir bien plus qu’un simple accompagnement mais une nouvelle source végétale de nutriments essentiels. Une petite révolution verte… au service de la santé publique.

Sources
– Salad packs a healthy punch to meet a growing Vitamin B12 need. www.eurekalert.org. Consulté le 16 mars 2026.
– Addressing Vitamin B12 deficiency through aeroponic fortification of a salad crop (Pisum sativum). www.nature.com. Consulté le .

Cet article vous a-t-il été utile ?

Merci pour votre avis !
Elodie Vaz
Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023, Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes. Carte de presse numéro 143067