Exposition professionnelle au formaldéhyde : De moindres performances cognitives ?

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Rédigé par Deborah L. et publié le 7 février 2022

Bien que  le formaldéhyde soit soumis à des restrictions règlementaires du fait de ses effets cancérigènes, son utilisation professionnelle reste encore largement répandue. D’après une récente étude, l’exposition professionnelle au formaldéhyde pourrait également être associée à de moindres performances cognitives. On fait le point.

Exposition professionnelle au formaldéhyde et performances cognitives

Le formaldéhyde : une substance préoccupante en milieu professionnel

Présent dans l’environnement, le formaldéhyde est un gaz incolore dégageant une forte odeur. Produit de manière industrielle, il se commercialise sous forme liquide (formol), pour ses propriétés désinfectantes ou biocides par exemple. Sa forte réactivité lui vaut ainsi d’être utilisé dans de nombreux secteurs d’activités (santé, industrie textile, industrie chimique et métallurgique etc).

C’est sans compter ses propriétés dangereuses pour la santé et la sécurité des personnes qui le manipulent : inflammabilité, corrosivité, toxicité aigüe, mais aussi allergies, mutagénicité et cancérogénicité.

À savoir ! En France, depuis 2007, les travaux exposant au formaldéhyde sont soumis aux règles particulières de prévention des risques d’exposition aux agents cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction (CMR).

Le classement du formaldéhyde en tant que substance cancérigène n’empêche pourtant pas que son utilisation reste aujourd’hui largement répandue dans le milieu professionnel. De nombreux travailleurs en contact quotidien avec cette substance s’exposent ainsi à un risque pour leur santé. Une nouvelle étude scientifique écorne un peu plus l’image de cette substance préoccupante : le formaldéhyde pourrait également être associé à de moindres performances cognitives.

Une exposition au formaldéhyde associée à de moindres capacités cognitives

Pour mener à bien cette étude, des chercheurs de Montpellier se sont appuyés sur les données d’une cohorte intitulée « Constances » incluant près de 200 000 adultes régulièrement suivis. L’étude a porté sur 75 322 adultes âgés de 45 ans et plus  (âge moyen 58 ans) dont 8 % ont été exposés au formaldéhyde au cours de leur parcours professionnel.

À savoir ! C’est un outil élaboré par Santé publique France et intitulé « matrice emplois-exposition » qui a permis de procéder au calcul de cette exposition au formaldéhyde.

Les chercheurs ont alors procédé au calcul de l’exposition des travailleurs au formaldéhyde. Pour chaque emploi, ils ont ainsi estimé la probabilité d’exposition à la substance ainsi que l’intensité et la fréquence de l’exposition des travailleurs. Cette estimation en fonction du temps d’occupation du poste a ainsi permis d’obtenir une dose d’exposition cumulée au formaldéhyde au cours de la vie professionnelle.

Les scientifiques ont par ailleurs cherché à évaluer de manière globale et spécifique les fonctions cognitives des participants au moyen de sept tests cognitifs de rappel de mots, de mémoire, d’attention, de raisonnement et d’autres capacités de réflexion.

En prenant en compte l’impact éventuel de plusieurs facteurs sur les capacités cognitives (comme l’âge, le statut socioéconomique ou les conditions de travail), les chercheurs ont alors pu observer les résultats suivants :

  • Chez les personnes exposées au formaldéhyde au cours de leur vie professionnelle : risque en moyenne 17 % plus élevé de présenter de moins bonnes performances aux tests de raisonnement, d’attention, de langage et de mémoire que chez les personnes non exposées.
  • Risque en moyenne 19 %  plus élevé chez les personnes les plus exposées au cours de leur parcours professionnel.
  • Risque de trouble cognitif global augmentant de 21 % en cas d’exposition au formaldéhyde pendant au moins 22 années.
  • Risque observé même en cas d’exposition récente à la substance.

Il en ressort donc que les participants ayant été exposés au formaldéhyde durant leur vie professionnelle présentaient un risque plus élevé de troubles cognitifs globaux.

De l’importance de limiter l’exposition professionnelle au formaldéhyde

Forts de ces observations, les scientifiques soutiennent l’hypothèse selon laquelle il existerait une corrélation entre l’exposition au formaldéhyde et un risque de trouble cognitif. Pour autant, aucun lien de causalité n’a encore été démontré comme l’explique  la responsable de ces travaux : « On ne peut donc pas dire que le formaldéhyde réduise les capacités cognitives, nous constatons seulement une association entre l’exposition à ce produit et des capacités plus faibles, globalement ou pour certaines tâches et raisonnements ».

Les conclusions de cette nouvelle étude viennent cependant souligner l’importance de limiter l’exposition des travailleurs à cette substance préoccupante et de renforcer les mesures préventives ainsi que les mesures de protection collective et individuelle contre ses effets toxiques.

Déborah L., Docteur en Pharmacie

Sources
– Formaldéhyde : une exposition professionnelle associée à de moins bonnes capacités cognitives. inserm.fr. Consulté le 6 février 2022.
– Association Between Occupational Exposure to Formaldehyde and Cognitive Impairment. n.neurology.org. Consulté le 6 février 2022.

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