Les fausses allergies aux pénicillines

May 2, 2019 par

Une large majorité de personnes se déclarent allergiques aux pénicillines, l’une des classes d’antibiotiques les plus prescrites dans le traitement de nombreuses infections du quotidien. Selon les spécialistes, il s’agirait la plupart du temps de fausses allergies aux pénicillines, qui ont pour conséquence de complexifier le choix des antibiotiques. Bien distinguer les vrais allergiques des faux allergiques aux pénicillines représente donc un enjeu de santé important.

Fausses allergies

Vraies ou fausses allergies aux pénicillines

Selon les études, près de 15 % des patients hospitalisés et jusqu’à 80 % de la population se déclareraient allergiques aux pénicillines. Premiers antibiotiques découverts, les pénicillines sont actuellement l’une des principales classes d’antibiotiques prescrites dans le monde, dans le traitement de nombreuses infections (cutanées, respiratoires, digestives, ORL, …).

Tous ces patients sont-ils réellement allergiques aux pénicillines, ou ressentent-ils simplement des effets secondaires liés au traitement antibiotique ou à l’infection elle-même ? Selon les médecins, une forte proportion de personnes ne serait en réalité pas allergique aux pénicillines. Ces fausses allergies aux pénicillines ne sont pas sans conséquence. En effet, les médecins doivent trouver d’autres antibiotiques pour traiter les infections, avec parfois des risques d’effets secondaires plus importants.

En pratique, peu d’allergies aux pénicillines ont réellement fait l’objet d’un diagnostic médical. Récemment, une étude a été menée pour déterminer l’importance du dépistage des fausses allergies aux pénicillines à l’hôpital. En effet, dans les services hospitaliers, les patients supposés allergiques aux pénicillines présentent une durée de séjour supérieure et un risque accru d’antibiorésistance.

Beaucoup plus de fausses allergies que de vraies

Un panel de 250 patients hospitalisés, ayant déclaré être allergiques aux pénicillines, a été inclus dans l’étude. Un entretien avec un pharmacien hospitalier était réalisé pour évoquer plusieurs aspects :

  • Le dossier médical du patient ;
  • Ses antécédents médicaux ;
  • Les signes cliniques observés au cours de l’allergie présumée aux pénicillines.

Selon les réponses des patients, soit l’allégation d’allergie aux pénicillines était démentie par le pharmacien, soit un test de provocation orale était réalisé sous surveillance médicale, pour confirmer ou non l’existence d’une allergie. En cas de doute, des tests immunologiques complémentaires étaient prescrits.

Sur l’ensemble des participants, 80 % des patients n’étaient en réalité pas allergiques aux pénicillines (fausses allergies). Au final, seulement 2 % des patients hospitalisés étaient réellement allergiques aux pénicillines. Chez les patients faux allergiques aux pénicillines, la prescription de pénicillines n’a entraîné aucun symptôme allergique.

Généraliser le dépistage des fausses allergies aux pénicillines

Au terme de l’étude, 85 % des patients ont déclaré être satisfaits de pouvoir bénéficier d’un traitement par une pénicilline en cas d’infection, et seulement 12 % se sont dits inquiets à la perspective de recevoir un traitement par pénicilline.

Un entretien pharmaceutique, couplé ou non à des examens complémentaires, est capable de différencier efficacement les fausses allergies des vraies allergies aux pénicillines. Une véritable allergie à la pénicilline peut avoir de graves conséquences, en cas d’administration d’une pénicilline. En revanche, la possibilité de traiter des patients, se déclarant à tort allergiques aux pénicillines, est capitale pour optimiser le traitement des infections et réduire la résistance aux antibiotiques. Il serait intéressant de généraliser autant que possible le dépistage des fausses et des vraies allergies aux pénicillines, pour optimiser l’usage des antibiotiques, en ville comme à l’hôpital.

Estelle B. / Docteur en Pharmacie

– Implementation of a pharmacist-led penicillin allergy de-labelling service in a public hospital. Du Plessis, T. and al. 2019. J. Antimicrob. Chemother. doi: 10.1093/jac/dky575. NCBI. Consulté le 30 Avril 2019.

Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
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