Réactions cutanées graves avec des médicaments inappropriés !

Mar 2, 2018 par

Entre 3 et 5 % des hospitalisations seraient liées à des effets indésirables cutanés graves de certains médicaments. Ces effets pourraient être prévenus dans plus de la moitié des cas. Jusque-là, le taux de certaines réactions potentiellement mortelles n’était pas précisément connu en France. En s’appuyant sur un registre national, des chercheurs ont mené la première étude française sur ce sujet.

Réactions cutanées graves

Des médicaments responsables de réactions cutanées sévères

Parmi les effets indésirables des médicaments, des réactions cutanées bénignes représentent une part importante. Mais certains médicaments sont susceptibles de provoquer des réactions cutanées graves associées à un taux de mortalité important, notamment :

  • Le syndrome de Stevens-Johnson ;
  • Le syndrome de Lyell ou nécrolyse épidermique toxique ;
  • Le syndrome DRESS (Drug Reaction with Eosinophilia and Systemic Symptoms) ou hypersensibilité médicamenteuse avec éosinophilie et symptômes généraux.

Le syndrome de Stevens-Johnson et le syndrome de Lyell se caractérisent par la destruction brutale de la couche superficielle de la peau et des muqueuses. Ces deux syndromes se distinguent par leur étendue, des formes localisées pour le syndrome de Stevens-Johnson aux formes très étendues du syndrome de Lyell. D’autres signes cliniques peuvent être associés à l’atteinte cutanée : une fièvre élevée, des douleurs, des troubles urinaires, des difficultés pour s’alimenter, une photophobie et une fatigue extrême. Une hépatite peut survenir dans 10 % des cas. Le pronostic vital est souvent mis en jeu à la phase aigüe, avec une mortalité de 5-10 % pour le syndrome de Stevens-Johnson et de 30 % pour le syndrome de Lyell. Des séquelles invalidantes touchent environ la moitié des survivants.

Le syndrome DRESS est une réaction d’hypersensibilité médicamenteuse, se traduisant par les symptômes suivants :

  • Une éruption cutanée généralisée ;
  • Une fièvre élevée ;
  • Des troubles sanguins ;
  • Une atteinte viscérale (reins, foie, poumons, cœur) ;
  • Chez certains patients, la réactivation d’un virus herpétique.

L’arrêt du médicament responsable permet généralement une réduction progressive des symptômes.

De nombreuses prescriptions inappropriées

Pour évaluer l’incidence de ces réactions cutanées graves en France, des chercheurs ont entrepris une étude rétrospective entre 2003 et 2016 à partir de registres nationaux. Ils ont ainsi analysés 602 cas sur les 779 recensés en France sur cette période.

Sur les 602 cas pris en compte dans l’étude, 63,3 % étaient liés à un seul médicament. Dans 23,9 % des cas, la prescription médicamenteuse était considérée comme inappropriée, pour deux raisons principales :

  • Une indication inadaptée (65,8 %) ;
  • Une réexposition à un médicament, malgré des antécédents confirmés d’allergie (20,9 %).

Ces chiffres sont majorés dans les cas liés à un seul médicament. Dans ce contexte, la prescription était considérée comme inappropriée dans 34,4 % des cas, essentiellement en raison d’une mauvaise indication (70,9 %).

Ces résultats, déjà préoccupants, seraient probablement sous-estimés, car la durée de traitement et les posologies n’ont pas été prises en compte. Mais quels médicaments sont impliqués dans ces réactions cutanées graves ?

Allopurinol et cotrimoxazole en tête

En analysant les différents cas, les auteurs de l’étude ont mis en évidence que les réactions cutanées graves concernent un nombre relativement limité de médicaments. Dans un contexte de prescription appropriée, certains antiépileptiques sont fréquemment mis en cause. Dans les cas de réexposition après une allergie avérée, les antibiotiques sont les principaux médicaments responsables, en particulier les pénicillines.

Pour les prescriptions inappropriées, deux médicaments ont été principalement retrouvés : l’allopurinol et le cotrimoxazole, respectivement dans 51,9 et 13,5 % des cas. L’allopurinol est un puissant hypo-uricémiant (diminue le taux sanguin d’acide urique), utilisé dans la prise en charge de la goutte, des hyperuricémies (excès d’acide urique dans le sang) et de certains calculs rénaux.

Le cotrimoxazole correspond à l’association de deux antibiotiques, le sulfaméthoxazole et le triméthoprime. Il est fréquemment utilisé dans le traitement de diverses infections, bronchiques, pulmonaires, ORL, digestives, urinaires et génitales.

Cette première étude du genre en France met le doigt sur l’ampleur des effets indésirables cutanés graves de médicaments liés à des prescriptions inappropriées. Ce phénomène concerne principalement deux médicaments, dont la prescription est en constante augmentation. De plus, les cas de réexposition après une allergie avérée soulignent la nécessité d’un interrogatoire médical complet et précis pour éviter ces réactions cutanées, parfois mortelles.

Estelle B., Docteur en Pharmacie

– Syndromes de Lyell et de StevensJohnson. Roujeau, Jean-Claude. La Revue du Praticien. ORPHANET. Juin 2007.
– Syndrome de Dress. ORPHANET. Mis à jour en septembre 2008.
– Allopurinol. VIDAL. Mis à jour le 8 avril 2014.
– Cotrimoxazole. Eureka Santé VIDAL. Mis à jour le 14 décembre 2017.
– Severe cutaneous adverse reactions due to inappropriate medication use. Chaby, G. and al. 2018. Brit J Dermatol. DOI:10.1111/bjd.16365.
Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
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