Pourquoi aussi peu de fumeurs atteints du COVID-19 ?

Apr 30, 2020 par

Depuis le début de l’épidémie, compte-tenu des graves symptômes respiratoires dans les formes graves du COVID-19, les fumeurs étaient présentés comme une population à risque de développer des formes sévères de la maladie. Mais une récente étude révèle que les fumeurs ne représentent qu’une faible proportion des patients. Les chercheurs s’interrogent donc sur une éventuelle influence de la nicotine.

nicotine-covid

COVID-19, fumeurs et nicotine

Les données épidémiologiques recueillies depuis le début de l’épidémie de COVID-19 en Europe et dans le monde montrent que les fumeurs ne représentent qu’une faible proportion des patients hospitalisés. Pourtant, le SARS-CoV-2 pouvant entraîner des symptômes respiratoires graves, les spécialistes craignaient au départ que les fumeurs ne soient une population particulièrement affectée par la maladie.

Dans une récente étude menée à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, les chercheurs suggèrent que la nicotine pourrait avoir des propriétés intéressantes contre le COVID-19. Dans cette étude, les chercheurs se sont intéressés aux données de 480 patients testés positifs au COVID-19, parmi lesquels :

  • 350 patients hospitalisés ;
  • 130 patients soignés à leur domicile pour des formes moins sévères de l’infection.

La nicotine capable de bloquer la progression du virus ?

Au sein de cette cohorte de patients, la proportion de fumeurs s’est révélée relativement faible, aux alentours de 5 %. Ainsi, la proportion de fumeurs serait environ 80 % inférieure à la proportion de fumeurs au sein de la population générale de même sexe et de même âge. Face à ce constat, les scientifiques ont posé l’hypothèse que la nicotine pouvait avoir un effet sur le SARS-CoV-2 et le développement de l’infection.

Un spécialiste français des récepteurs nicotiniques à l’acétylcholine (un neurotransmetteur) a ainsi suggéré que la nicotine pourrait empêcher le virus de pénétrer dans les cellules et ainsi bloquer sa progression dans les voies ORL et respiratoires, puis dans le reste de l’organisme. Ce rôle de la nicotine pourrait également expliquer les observations des médecins sur le terrain. En effet, sevrés brutalement de nicotine, les patients fumeurs hospitalisés ont parfois un état de santé qui peut s’aggraver rapidement.

Tester des substances capables d’agir sur les récepteurs nicotiniques

Néanmoins, ce rôle de la nicotine dans la progression de l’infection reste à démontrer. Une étude clinique va être menée en France dans les prochaines semaines et les prochains mois. Elle consistera à tester l’utilisation de patchs nicotiniques chez trois catégories de sujets à des dosages différents :

  • Des soignants pour tester si la nicotine a un rôle protecteur face au virus ;
  • Des patients hospitalisés pour tester si la nicotine permet de réduire les symptômes du COVID-19 ;
  • Des patients en réanimation pour tester si la nicotine atténue l’état inflammatoire responsable de l’orage cytokinique.

Dans l’attente des premiers résultats de cette étude, les autorités de santé publique insistent sur les dangers connus du tabac et sur les risques liés à l’utilisation de substituts nicotiniques en dehors du sevrage tabagique. Par ailleurs, d’autres substances que la nicotine pourraient agir sur les récepteurs nicotiniques et devraient faire l’objet d’études spécifiques.

Estelle B., Docteur en Pharmacie

– Communiqué de presse : Covid-19 : l’hypothèse du rôle central du récepteur nicotinique de l’acétylcholine et ses implications préventives et thérapeutiques. ACADÉMIE DES SCIENCES. Consulté le 27 avril 2020.

Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
Rédige un contenu scientifique fiable avec des sources vérifiées en respect de notre charte HIC.

Laisser un commentaire

Votre adresse électronique ne sera pas publiée.