Hantavirus Andes : avis d’expert
Comparaisons hâtives avec le Covid, peur d’une pandémie, confusion entre les différentes souches… Depuis l’apparition du foyer à bord du MV Hondius, les idées reçues se multiplient. Le Dr Thomas Rodari, médecin infectiologue hygiéniste à l’Institut Montsouris, répond aux questions que tout le monde se pose.
Dr Thomas Rodari, médecin infectiologue hygiéniste à l’Institut Montsouris, Paris.

Pourquoi les scientifiques surveillent-ils le virus Andes depuis les années 1990 ?
La surveillance des maladies infectieuses n’est pas une nouveauté. Ce qui a attiré l’attention sur la souche Andes, c’est une particularité unique : c’est le seul hantavirus pour lequel une transmission d’homme à homme a été formellement documentée. « La transmission entre humains a été confirmée pour la première fois lors d’une épidémie survenue en 1996 dans le sud de l’Argentine », rappelle l’ANRS-MIE.
Le Dr Rodari replace ce virus dans un contexte plus large : « La surpopulation et les changements climatiques augmentent les contacts entre l’homme et les animaux porteurs de maladies. C’est le cas de l’hantavirus, transmis par des rongeurs. » Depuis sa découverte, la souche Andes circule de façon stable en Amérique du Sud, sans pour autant provoquer d’épidémies majeures. L’Institut Pasteur confirme : sa transmission entre humains « est présente de façon stable en Argentine depuis, sans que cela ne provoque une augmentation significative des cas ».
Quelles sont les principales erreurs à éviter ?
« Le terme crise me semble excessif », tranche d’emblée le Dr Rodari. La comparaison avec le Covid, omniprésente dans les médias, est selon lui trompeuse à plusieurs égards. L’OMS elle-même a tenu à préciser que la situation est « sans commune mesure avec la situation observée lors de la pandémie de Covid-19 ».
Première erreur fréquente : confondre tous les hantavirus. En France, ce sont des souches bénignes qui circulent — principalement le virus Puumala, responsable d’une atteinte rénale à faible mortalité. La souche Andes n’est pas présente sur le territoire. Deuxième erreur : surestimer la contagiosité. « Ce n’est pas un virus respiratoire au sens où on l’entend pour la grippe ou le Covid, dont le réservoir est humain », insiste le Dr Rodari. L’OMS confirme : la transmission entre personnes « nécessite des contacts très étroits et prolongés » et reste « peu commune ».
Troisième erreur : prendre les chiffres de mortalité au pied de la lettre. Le taux de 30 à 50 % souvent cité correspond à des cas pris en charge dans des zones rurales d’Amérique du Sud, loin des unités de réanimation spécialisées. Ce chiffre ne peut pas être appliqué directement à une prise en charge européenne.
Peut-on envisager une pandémie ?
« L’OMS a estimé ce risque comme faible, et il s’écarte avec les semaines qui passent », répond le Dr Rodari. Les données le confirment : aucun cas secondaire n’a été rapporté en dehors des personnes exposées lors de la croisière, ni en Europe ni ailleurs dans le monde. L’ANRS-MIE note que « les données disponibles ne suggèrent pas l’émergence d’un nouveau variant distinct ».
Le Dr Rodari pointe un élément révélateur : « Un bateau de croisière offre des conditions de vie particulièrement favorables à la propagation d’un virus — espaces partagés, repas en commun, proximité constante. Et pourtant, le nombre de cas est resté très limité. » Pour mémoire, lors de l’épidémie de Covid à bord du Diamond Princess en 2020, 712 cas avaient été recensés sur 3 711 personnes à bord. Le faible nombre de cas sur le MV Hondius illustre bien la différence de transmissibilité entre les deux virus.
Quel message voudriez-vous faire passer au grand public ?
« Les enseignements de la pandémie de Covid semblent avoir porté leurs fruits. La gestion de ce foyer a été exemplaire et rapide », salue le Dr Rodari. Les équipes de recherche, les spécialistes de la prévention et les autorités ont travaillé ensemble dès les premiers jours, avec un niveau de précaution maximal.
Son message est double : « Il ne faut ni sur-réagir à des informations qui vont toujours plus vite dans un climat médiatique anxiogène, ni oublier les enseignements de la dernière pandémie en banalisant trop ce type d’événements. » Ce type de foyer se reproduira probablement à l’avenir. La vigilance et la confiance dans les autorités sanitaires restent les meilleures réponses.
– Bulletin épidémiologique hantavirus MV Hondius. www.who.int. Consulté le 13 mai 2026.
– Cellule Émergence hantavirus. anrs.fr. Consulté le 21 mai 2026.
– Virus Andes à bord du navire MV Hondius. www.pasteur.fr. Consulté le 21 mai 2026.
– Hantavirus : symptômes, transmission et traitement. www.frm.org. Consulté le 21 mai 2026.
– Public Health Responses to COVID-19 Outbreaks on Cruise Ships — Worldwide, February–March 2020. www.cdc.gov. Consulté le 21 mai 2026.
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