Hantavirus : pourquoi certains attaquent les poumons et d’autres les reins ?
Derrière le mot « hantavirus » se cache en réalité une grande famille de virus aux comportements très différents selon leur origine géographique. Certains provoquent une atteinte rénale bénigne, d’autres une défaillance pulmonaire sévère pouvant être mortelle. Comprendre cette distinction est essentiel pour démêler les informations qui circulent depuis l’apparition du foyer à bord du MV Hondius.

Deux familles, deux maladies très différentes
Les scientifiques distinguent aujourd’hui plus de 38 souches d’hantavirus, réparties en deux grandes catégories selon leur zone de circulation.
Les hantavirus dits de l’Ancien Monde — présents en Europe et en Asie — provoquent une fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR). En France métropolitaine, c’est le virus Puumala, porté par le campagnol roussâtre, qui est le plus répandu. Il est responsable d’environ 100 à 150 cas diagnostiqués chaque année, principalement dans le quart nord-est du pays. « C’est une maladie rénale avec une mortalité qui est quasi nulle, de moins de 1 % », précise le Pr Emmanuel Piednoir, infectiologue et professeur associé-praticien hospitalier à la faculté de médecine de Caen et au centre hospitalier Avranches-Granville. Une forme qui passe souvent inaperçue.
Les hantavirus du Nouveau Monde — présents en Amérique du Nord, centrale et du Sud — provoquent quant à eux un syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH). Cette fois, ce sont les poumons et le cœur qui sont touchés. La maladie est beaucoup plus grave, avec un risque de décès estimé entre 35 et 50 %. C’est à cette famille qu’appartient le virus Andes, au cœur de l’alerte sanitaire actuelle.
En un coup d’œil :
| Forme rénale (FHSR) | Forme pulmonaire (SPH) | |
| Souches | Puumala, Seoul… (Europe, Asie) | Virus Andes (Amériques) |
| Organe cible | Reins | Poumons et cœur |
| Mortalité | Moins de 1 % | 35 à 50 % (sans soins intensifs) |
| En France | Oui (~100–150 cas/an) | Non (cas importés uniquement) |
Ce qui se passe dans le corps
Pour comprendre cette différence, il faut regarder comment le virus pénètre dans l’organisme. Les recherches menées notamment à l’Institut Pasteur suggèrent que les virus du Nouveau Monde utiliseraient une protéine spécifique — la protocadhérine — comme clé d’entrée dans les cellules humaines, une clé qui n’est pas utilisée par les souches européennes. Ces mécanismes sont encore à l’étude, mais ils permettraient d’expliquer pourquoi les deux familles n’attaquent pas les mêmes organes.
Dans tous les cas, le virus s’attaque à la paroi des vaisseaux sanguins. Xavier Lescure, infectiologue à l’hôpital Bichat – Claude-Bernard, décrit ce que cela provoque : « C’est une maladie de l’endothélium — autrement dit, de la paroi qui tapisse l’intérieur des vaisseaux. Elle va léser la partie la plus fragile et la plus fine des vaisseaux. » Dans les reins, ces dommages perturbent la filtration du sang. Dans les poumons, ils entraînent une accumulation de liquide et une défaillance respiratoire et cardiaque.
Des symptômes qui débutent de la même façon
Quelle que soit la souche en cause, les premiers signes sont trompeurs et similaires : fièvre, maux de tête, courbatures, grande fatigue. Ces premiers signes durent généralement deux à trois jours, selon les données du Centre national de référence des hantavirus (Institut Pasteur). C’est ensuite que les trajectoires divergent nettement.
Dans la forme rénale, une insuffisance rénale s’installe progressivement, souvent réversible avec une prise en charge adaptée. Dans la forme pulmonaire, la dégradation peut être brutale et très rapide. « En quelques jours, les patients passent de “je suis fatigé” à “je suis en réanimation, intubé, ventilé avec les techniques les plus invasives” », décrit le Dr Lescure. Dans les cas les plus graves, un poumon artificiel — appelé circulation extracorporelle — est nécessaire pour maintenir l’oxygénation du sang, le temps que les vaisseaux abimés se rétablissent.
Un taux de mortalité à replacer dans son contexte
Le risque de décès lié au syndrome pulmonaire, souvent annoncé entre 35 et 50 %, correspond à des cas pris en charge dans des zones rurales d’Amérique du Sud, loin des unités de réanimation spécialisées. Les experts s’accordent à dire que des soins intensifs modernes — ventilation assistée, oxygénation artificielle — peuvent améliorer significativement les chances de survie, même si les données disponibles en Europe restent encore limitées.
Pour la forme rénale, la mortalité reste très faible en Europe, où les cas sont pris en charge rapidement. La grande majorité des patients guérit sans séquelle.
Et en France, quel est le risque ?
En France métropolitaine, seuls les hantavirus de l’Ancien Monde circulent naturellement. Le virus Andes — à l’origine du foyer du MV Hondius — n’est pas présent sur le territoire. « Il n’y a pas de région ou de zone en France concernée », confirme le Pr Piednoir. Les cas actuellement hospitalisés en France sont exclusivement des personnes ayant été à bord du navire ou en contact direct avec des passagers contaminés.
Il n’existe à ce jour ni vaccin ni traitement antiviral approuvé contre les hantavirus en Europe, selon l’OMS. La prise en charge repose uniquement sur des soins de support — oxygénation, assistance respiratoire, réanimation — et une détection précoce des signes d’aggravation.
– Institut Pasteur. CNR Hantavirus — Informations et recommandations. www.pasteur.fr. Consulté le 21 mai 2026.
– OMS. Hantavirus. www.who.int. Consulté le 21 mai 2026.
– CDC/MMWR. Outbreak of Hantavirus Pulmonary Syndrome — Chile, 1997. . www.cdc.gov. Consulté le 21 mai 2026.
Cet article vous a-t-il été utile ?
