Et si les hommes prenaient bientôt la pilule ?

Jun 22, 2018 par

Plus de 60 ans après l’invention de la pilule contraceptive féminine, sommes-nous sur le point de voir naître son équivalent pour les hommes ? Lors du dernier congrès annuel de la société américaine d’endocrinologie, des chercheurs de l’université de Washington ont présenté des résultats cliniques très encourageants portant sur le prototype d’une pilule contraceptive masculine, le DMAU ou diméthandrolone undécanoate. Focus sur les résultats.

Pilule contraceptive homme

Des résultats concluants…

Du 17 au 20 mars, à Chicago, l’endocrinologue Stéphanie Page de l’université Washington de Seattle a présenté les résultats cliniques très attendus de son équipe portant sur l’efficacité d’une nouvelle pilule contraceptive masculine combinant deux hormones : un progestatif et la testostérone.

Beaucoup d’hommes disent qu’ils préfèrent une pilule quotidienne comme contraceptif réversible, plutôt que des injections à action prolongée ou des gels topiques, qui sont également en développement “ précise Stephanie Page dans un communiqué de presse de la société d’endocrinologie américaine.

À savoir ! Les hormones ingérées par voie orale vont impacter indirectement la spermatogenèse (processus de fabrication des spermatozoïdes) pour que le corps ne fabrique plus, de manière transitoire, ces gamètes mâles.

Leurs essais sur 82 hommes, âgés de 18 à 50 ans, ont montré qu’une prise quotidienne de pilule pendant un mois inhibe réversiblement la production des gamètes mâles, les spermatozoïdes.

Sur les trois dosages testés (100 mg, 200 mg et 400 mg), c’est celui de 400 mg qui a montré une meilleure efficacité.

À savoir ! Le DMAU est une molécule contraceptive développée par les instituts américains de santé. Dans la pilule, les chercheurs ont ajouté l’undécanoate qui est un acide gras à longue chaîne qui permet de ralentir l’assimilation de la testostérone et préserver la fonction hépatique. Grâce à cette digestion améliorée, il est nécessaire de prendre une seule pilule par jour (pendant les repas) et non deux comme pratiqué dans les essais précédents.

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Avec des effets secondaires limités

Pour Stéphanie Page : “Ces résultats prometteurs sont sans précédent dans le développement d’un prototype de pilule mâle”.

En effet, les essais cliniques sur les contraceptifs masculins (voie orale ou en injection) sont nombreux depuis une dizaine d’années et s’expliquent notamment par le fait que les hommes se sentent de plus en plus concernés par leur contraception au sein du couple tout en étant prêts à prendre la responsabilité de suivre une contraception orale (entre 60-80 % des hommes).

Cependant, de nombreux essais menés dans le monde ont été désapprouvés par les Agences de Médicaments locales compte tenu de la gravité et de la fréquence des effets indésirables qu’ils engendraient (acné, augmentation de la libido, problèmes hépatiques et rénaux, sensibilité émotionnelle, douleurs musculaires).

En effet, les dernières pilules mises au point causaient une inflammation du foie et leurs molécules actives étaient éliminées trop rapidement par l’organisme obligeant le patient à prendre deux pilules par jour. Ici, le DMAU permet de lever ces verrous.

Dans cette étude menée par les chercheurs et médecins de l’université Washington, seuls quelques effets indésirables mineurs ont été observés comme :

  • Une prise de poids ;
  • Une diminution du bon cholestérol (HDL-cholestérol).

À savoir ! Le HDL, pour ” High Density Lipoprotein “, est une lipoprotéine (lipide + protéine) qui transporte le cholestérol des tissus vers le foie, en vue de son élimination et pour éviter son accumulation dans les tissus comme dans les artères. C’est pour cela qu’il est appelé le « bon cholestérol ».

Une étude clinique est actuellement en cours pour montrer l’efficacité de cette pilule sur une période de trois mois.

Julie P., Journaliste scientifique

– Dimethandrolone undecanoate shows promise as a male birth control pill. Science Daily. Consulté le 21 juin 2018.
– Meeting Endocrine Society. S. Page. Présentation du 18 mars 2018. Vidéo

Julie P.
Journaliste scientifique.
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