Infertilité : « Pourquoi pas moi ? », le livre qui dit tout haut ce que des milliers de femmes vivent en silence

Par |Publié le : 11 mai 2026|Dernière mise à jour : 11 mai 2026|5 min de lecture|

Marianne Bricout publie aux éditions Maïa un récit intime, drôle et sans filtre sur son parcours de PMA. Un livre qui bouscule les tabous autour de l’infertilité, les injonctions sociales et la solitude de celles qui n’arrivent pas à tomber enceintes naturellement.

Un ouvrage autobiographique qui raconte avec une franchise désarmante le long parcours d'une femme confrontée à l'infertilité.

Julia est enceinte. Elle raconte en détail sa nuit de conception, fait de grands moulinets avec les bras, passionne son auditoire. Et Marianne, à côté, a juste envie de la frapper. « Il paraît qu’on ne frappe pas les gens. Surtout si c’est une femme. Surtout si c’est une amie. Surtout si elle est enceinte. »

C’est par cette scène — drôle, cruelle, parfaitement humaine — que s’ouvre Pourquoi pas moi ? paru aux éditions Maïa en décembre 2025, le premier livre de Marianne Bricout, 39 ans, graphiste et photographe. Un ouvrage autobiographique qui raconte avec une franchise désarmante le long parcours d’une femme confrontée à l’infertilité : les tests en cascade, les hormones, les piqûres dans le ventre, les FIV, le regard des autres, la culpabilité, la colère — et, malgré tout, l’humour. Toujours l’humour. « Ce n’était pas une manière volontaire, confie-t-elle. C’était une façon de ne pas perdre ma spontanéité, ma joie de vivre. Avec le temps, je me sentais un peu aigrie et envieuse. L’humour est arrivé pour conserver ce que j’étais. »

Une vie sous pression

Tout commence au début de la vingtaine. Marianne se marie, jeune, dans un beau château avec deux cents invités et un lâcher de lampions. La société a un programme pour elle, et elle y souscrit. Jusqu’au moment où le corps dit non. Les tests révèlent des problèmes de thyroïde, un taux d’hormones déréglé, une réserve ovarienne « digne d’une femme de 40 ans » — annoncée par un médecin qui rigole, détail qu’elle ne pardonnera pas. Puis un adénome à prolactine, ce kyste logé dans le cerveau qui envoie de faux signaux au corps, lui ordonnant de produire du lait alors même qu’il l’empêche de tomber enceinte.

Sauf que Marianne comprend autre chose en même temps : ce n’est pas seulement son corps qui résiste. C’est elle. Elle n’est pas prête. Pas avec cet homme-là. Elle divorce à 28 ans, reprend le contrôle de sa vie, part en voyage, fait des photos, rit. Et quelques mois plus tard, l’adénome — censé rester toute la vie — commence à se nécroser. « Mon corps avait raison et j’aurais dû l’écouter bien avant. »

Elle rencontre ensuite son nouveau compagnon, le bon. Avec lui, l’envie d’enfant revient, vraiment. Mais le corps, lui, ne suit toujours pas. Deux ans d’essais. Rien. Même pas une fausse couche. Direction la PMA — une deuxième fois, mais sous une autre forme.

La PMA vue de l’intérieur et sans fard

C’est là que le livre devient précieux. Marianne décrit le processus médical avec une précision et une légèreté rares : les pilules pour synchroniser les ovaires, le stylo Gonal avec sa mini-aiguille qu’on pince dans le gras du ventre, les échographies à répétition pour compter les follicules, la ponction sous anesthésie générale avec cette aiguille de 20 centimètres qu’elle préfère ne pas voir, les embryons mis en contact dans une boîte de Petri, et les doigts croisés très fort.

Mais ce n’est pas tant le protocole médical qui frappe que ce qu’il révèle de l’intérieur. Le sentiment d’être nulle. De ne même pas savoir faire « la base de ce que fait l’espèce humaine ». La honte sourde. La solitude choisie — ne pas en parler pour ne pas se mettre de pression — qui se retourne contre soi. « Pendant mon parcours, je me suis sentie assez seule. J’avais ce sentiment d’injustice qui me tient durant tout le livre. »

C’est ce sentiment d’injustice qui a finalement déclenché l’écriture. « C’était un besoin de raconter, au début uniquement pour moi. Et puis, au fur et à mesure, je me suis dit que ça pouvait aider d’autres femmes qui vivent la même chose. Moi, ça m’aurait aidé de l’avoir. »

Les autres, ce fardeau

Un des fils rouges du livre, c’est le regard des autres. Et les mots qu’ils lancent sans y penser, persuadés d’aider. « Arrête d’y penser. » « Fais du sport. » « Prends des compléments alimentaires. » Sa mère qui demande si elle peut accoucher en novembre — son mois d’anniversaire, pour que le bébé soit du même signe astrologique qu’elle. L’amie qui raconte en détail comment elle est tombée enceinte en trois jours.

« Les gens ne se rendent pas compte de leurs paroles, dit Marianne, sans amertume. Certains de mes amis se sont excusés après avoir lu le livre. Ma mère, je ne lui en veux pas — elle était maladroite, et en même temps, elle avait envie d’être grand-mère. »

Ce que le livre pointe aussi, c’est le poids disproportionné que la société fait peser sur les femmes. « On dit que c’est la femme qui fait des enfants, alors qu’il faut être deux. L’infertilité est encore très portée par les femmes. Les mentalités changent, mais trop lentement. »

Un livre pour celles qui se battent et pour les autres

Pourquoi pas moi ? ne se réduit pas au seul récit de Marianne. Elle y fait aussi entrer d’autres voix : des femmes qui souffrent d’endométriose, celles qui ont choisi de ne pas avoir d’enfant, celles qui ont opté pour l’adoption. Son compagnon y trouve sa place aussi — notamment à travers le processus d’adoption entrepris en parallèle de la PMA, qui lui a permis de se sentir enfin actif, utile, partie prenante d’une aventure qui le laissait souvent spectateur impuissant. « Pour lui, remplir les papiers, aller aux rendez-vous avec le psy — il avait l’impression de reprendre les choses en main. »

Le message central n’est pas « battez-vous coûte que coûte ». C’est plus nuancé, plus humain que ça. « Il faut suivre le choix qui est le mieux pour soi, et respecter ce choix. » Et s’entourer de personnes bienveillantes. Celles qui écoutent sans projeter leurs propres peurs.

Aujourd’hui, Marianne dédicace son livre  à « ceux qui s’engagent dans un long processus pour avoir un enfant. À votre courage, à votre persévérance, à votre résilience. »

Sources

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Elodie Vaz
Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023, Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes. Carte de presse numéro 143067