Les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) remis en question

Aug 2, 2017 par

Les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) sont largement utilisés pour traiter et prévenir l’acidité gastrique et ses conséquences. Mais ces médicaments, réputés efficaces et bien tolérés, sont-ils sans risque sur le long terme ? De nombreuses études ont souligné ces dernières années leurs effets indésirables potentiellement graves et des chercheurs viennent de relier leur utilisation à une augmentation du risque de mortalité. Des résultats qui pourraient mener à un encadrement plus strict de la prescription des IPP.

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IPP et reflux gastro-œsophagien

Les Inhibiteurs de la Pompe à Protons (notés IPP) appartiennent aux médicaments utilisés dans le traitement de l’acidité gastrique. Ils agissent en réduisant la production naturelle d’acide chlorhydrique dans l’estomac. Actuellement, cinq molécules sont disponibles :

  • L’esoméprazole (20 et 40 mg) ;
  • Le lansoprazole (15 et 30 mg) ;
  • L’oméprazole (10 et 20 mg) ;
  • Le pantoprazole (20 et 40 mg) ;
  • Le rabéprazole (10 et 20 mg).

Ces médicaments sont prescrits dans quatre indications thérapeutiques :

  • Le traitement du reflux gastro-œsophagien (RGO) et de l’œsophagite liée au RGO ;
  • La prévention et le traitement des lésions gastroduodénales dues aux antiinflammatoires non stéroïdiens chez les patients à risque ;
  • L’éradication d’Helicobacter pylori et le traitement des ulcères gastroduodénaux ;
  • Le syndrome de Zollinger-Ellison.

Cependant, les IPP sont parfois prescrits de manière injustifiée dans d’autres indications thérapeutiques et certaines molécules sont également disponibles sans ordonnance.

Des effets indésirables à long terme

Les IPP présentent d’une manière générale une bonne efficacité et une bonne tolérance, qui facilitent leur prise sur le long terme. Mais quelles sont les conséquences de ces traitements sur de longues périodes ?

Leur mode d’action, basée sur une inhibition de la production d’acide chlorhydrique dans l’estomac, pourrait entraîner des effets indésirables à long terme, selon certaines études :

  • Une diminution de l’absorption de la vitamine B12 et du fer, à l’origine d’une potentielle anémie ;
  • Une diminution de l’absorption du calcium, entraînant une augmentation du risque de fracture et d’ostéoporose ;
  • Une baisse du taux sanguin de magnésium, dont le mécanisme n’est pas élucidé ;
  • Une augmentation du risque de démence ;
  • Une augmentation du risque d’infection intestinale, en particulier par la bactérie Clostridium difficile (diarrhées aqueuses associées à une inflammation du côlon) ;
  • Un risque de développer des allergies alimentaires (certains allergènes ne sont plus dégradés par l’estomac).

Par ailleurs, d’autres effets indésirables peuvent survenir, quelle que soit la durée du traitement, en particulier des troubles rénaux, pouvant aller jusqu’à une insuffisance rénale. Enfin, l’arrêt du traitement par les IPP peut entraîner un rebond sécrétoire acide, c’est-à-dire une reprise massive de la sécrétion acide par l’estomac, à l’origine de troubles gastriques parfois importants.

Bientôt remis en cause ?

Face à tous ces effets indésirables des IPP, les autorités de santé, internationales et nationales, avaient déjà formulé plusieurs recommandations, parmi lesquelles :

  • Réévaluer régulièrement la prescription d’IPP pour limiter les traitements de longue durée ;
  • Se limiter strictement aux indications thérapeutiques des IPP ;
  • Augmenter les apports alimentaires en vitamine B12, calcium, magnésium et fer ;
  • Effectuer une diminution progressive de posologie avant l’arrêt du traitement.

Mais une étude récente vient subitement noircir le tableau des IPP. En effet, les chercheurs ont montré que, sur un suivi de plus de 5 ans, l’usage des IPP était associé à une augmentation de 25 % du risque de mortalité toutes causes confondues, par rapport à des personnes non traitées ou traitées par d’autres médicaments du reflux gastrique. Ce risque accru est également observé chez les personnes prenant des IPP sans justification médicale (en dehors des indications thérapeutiques). De plus, l’élévation du risque de mortalité est corrélée à la durée du traitement par les IPP.

Suite à ces nouveaux résultats, les auteurs demandent un renforcement des mesures d’encadrement de la prescription des IPP. Ils insistent sur la nécessité de limiter leur usage et leur durée de prescription à des cas médicalement justifiés, où les bénéfices attendus grâce au traitement sont supérieurs aux risques potentiels. Des résultats qui pourraient amener les autorités de santé à modifier le statut des IPP, pour qu’ils ne soient plus disponibles sans ordonnance.

Estelle B. / Docteur en Pharmacie

– Les inhibiteurs de la pompe à protons chez l’adulte. HAS. Juin 2009.
– Effets indésirables des traitements prolongés par inhibiteur de la pompe à protons. Esculape. Mise à jour en 2016.
– Research: Risk of death among users of Proton Pump Inhibitors: a longitudinal observational cohort study of United States veterans. Xie Yan and al. 2017. BMJ Open. Doi 10.1136/bmjopen-2016-015735.
Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
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