Les aliments ultra-transformés perturbent l’attention, même avec une alimentation saine

Par |Publié le : 27 avril 2026|Dernière mise à jour : 24 avril 2026|4 min de lecture|

Un simple paquet de chips en plus par jour pourrait suffire à ralentir certaines fonctions mentales. Une étude australienne alerte sur un risque invisible niché dans nos habitudes alimentaires.

Les produits industriels sont associés à une baisse mesurable de l’attention.

On les traque pour leurs effets sur la ligne, le cœur ou le diabète. Les aliments ultra-transformés pourraient aussi s’attaquer à une autre fonction essentielle : notre capacité à nous concentrer.

Une étude publiée le 23 avril dans Alzheimer’s & Dementia: Diagnosis, Assessment & Disease Monitoring, revue de l’Association Alzheimer, révèle qu’une consommation accrue de ces produits industriels est associée à une baisse mesurable de l’attention… y compris chez les personnes qui mangent par ailleurs sainement.

Même les “bons élèves” ne sont pas épargnés

Menés par des chercheurs de l’Université Monash, de l’Université de São Paulo et de l’Université Deakin, les travaux ont porté sur plus de 2 100 Australiens d’âge moyen et plus âgés, ne souffrant pas de démence. Les scientifiques ont comparé leurs habitudes alimentaires à leurs performances cognitives. Verdict : même une légère hausse quotidienne de la part d’aliments ultra-transformés dans l’alimentation semble suffire à affecter le cerveau.

« Pour mettre nos résultats en perspective, une augmentation de 10 % des UPF équivaut à peu près à ajouter un paquet de chips standard à votre alimentation quotidienne », explique dans un communiqué, la Dre Barbara Cardoso, auteure principale de l’étude, du département de nutrition, diététique et alimentation et de l’Institut cardiaque victorien de l’Université Monash.

L’attention, nouvelle victime de nos placards

« Pour chaque augmentation de 10 % de la consommation d’aliments ultra-transformés, nous avons constaté une baisse distincte et mesurable de la capacité de concentration des individus. »

Concrètement, cette diminution s’est traduite par des performances plus faibles à des tests standardisés évaluant l’attention visuelle et la vitesse de traitement. Deux fonctions-clés dans la vie quotidienne : lire, apprendre, résoudre un problème ou simplement suivre une conversation.

Dans cette étude, les participants tiraient en moyenne 41 % de leur apport énergétique quotidien des aliments ultra-transformés, un chiffre proche de la moyenne nationale australienne, estimée à 42 %.

Manger des fruits et légumes ne suffit pas 

Sous cette appellation se cachent des produits devenus banals : sodas, snacks salés emballés, plats préparés, biscuits industriels… En résumé, des aliments largement modifiés par des procédés industriels, souvent enrichis en additifs, arômes, colorants ou conservateurs.

Ce qui frappe les chercheurs, c’est que les effets observés semblent indépendants de la qualité globale du régime alimentaire. Autrement dit, suivre un régime méditerranéen ou consommer beaucoup de fruits et légumes ne suffirait pas à neutraliser l’impact des aliments ultra-transformés.

« L’ultra-transformation des aliments détruit souvent leur structure naturelle et introduit des substances potentiellement nocives comme des additifs artificiels ou des produits chimiques de transformation », souligne la Dre Cardoso.

Augmentation de l’inflammation et du stress oxydatif

« Ces additifs suggèrent que le lien entre l’alimentation et les fonctions cognitives va au-delà du simple fait de ne pas consommer d’aliments reconnus comme sains, et mettent en évidence des mécanismes liés au degré de transformation des aliments lui-même. »

Les chercheurs avancent plusieurs pistes. L’altération de la matrice alimentaire pourrait modifier la façon dont les nutriments sont absorbés. Les additifs ou composés issus des procédés industriels pourraient favoriser l’inflammation ou le stress oxydatif, deux phénomènes suspectés de fragiliser le cerveau.

L’étude n’a pas mis en évidence de lien direct avec la perte de mémoire. Mais l’attention est une fonction cognitive fondamentale : lorsqu’elle décline, l’apprentissage, la prise de décision et la résolution de problèmes peuvent suivre la même pente.

Autre signal préoccupant : une consommation plus élevée d’aliments ultra-transformés était également associée à davantage de facteurs de risque de démence, comme l’hypertension artérielle ou l’obésité. Des troubles qui, eux, peuvent être pris en charge pour tenter de protéger le cerveau. 

À l’heure où les aliments industriels occupent une place croissante dans les assiettes occidentales, ces travaux ajoutent une pièce au puzzle. Ironie de l’époque : ces aliments, conçus pour capter notre attention en rayon, pourraient bien être en train de l’émousser une fois dans l’assiette.

Sources
– Ultra-processed food intake, cognitive function, and dementia risk: A cross-sectional study of middle-aged and older Australian adults. alz-journals.onlinelibrary.wiley.com. Consulté le 24 avril 2026.
– Ultra-processed foods damage your focus even if you eat healthy. www.eurekalert.org. Consulté le 24 avril 2026.
Sources

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Elodie Vaz
Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023, Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes. Carte de presse numéro 143067