Maladie de Lyme : pourquoi les tiques s’invitent désormais dans certains jardins
Longtemps associées aux promenades en forêt, les tiques sont aussi retrouvées dans des lieux beaucoup plus proches de notre quotidien. Jardins privés, parcs, espaces verts situés près des habitations… certaines morsures peuvent donc survenir dans des environnements fréquentés tous les jours.

Chaque année, avec le retour des beaux jours, les autorités sanitaires rappellent les précautions à adopter lors des balades en pleine nature. Pourtant, le risque ne se limite pas uniquement aux randonnées en forêt. Si ce risque d’exposition dans les jardins n’est pas nouveau, des travaux récents ont permis de documenter précisément ce risque dans les jardins, notamment ceux proches des zones rurales ou semi-rurales.
Pour la Dre Alice Raffetin, praticien hospitalier au service des maladies infectieuses et tropicales et coordinatrice du Centre de Référence des Maladies Vectorielles à Tiques Paris et Région Nord, ces nouvelles connaissances doivent surtout conduire à adapter les messages de prévention.
Des morsures de tiques dans des lieux du quotidien
Les données les plus récentes proviennent notamment du programme de recherche participative CITIQUE, qui permet aux particuliers de signaler des morsures de tiques via une application dédiée. Grâce aux milliers de déclarations recueillies depuis plusieurs années, les chercheurs disposent aujourd’hui d’une vision plus précise des lieux d’exposition.
« La grande majorité des piqûres reste liée aux forêts, aux sous-bois ou aux prairies humides. Mais environ un tiers des piqûres rapportées surviennent dans le cadre des activités quotidiennes, notamment dans les jardins », explique la Dre Alice Raffetin.
Tous les jardins ne sont évidemment pas concernés. Les tiques apprécient surtout les environnements humides, herbeux et proches de secteurs boisés. « On parle surtout de maisons situées dans des environnements ruraux ou semi-ruraux », précise l’infectiologue. En revanche, le risque reste très faible dans les centres-villes très urbanisés.
Même en région parisienne, certains espaces verts peuvent néanmoins abriter des tiques. « Dans les bois situés autour de Paris, il y a des tiques. Elles sont moins nombreuses que dans certaines grandes forêts franciliennes, mais elles existent », souligne-t-elle.
Ces données illustrent surtout la manière dont les tiques sont présentes dans des environnements plus proches des activités humaines. En France, l’espèce principalement responsable de la transmission de la maladie de Lyme reste la tique Ixodes ricinus. Son taux d’infection par la bactérie Borrelia varie selon les régions, avec des niveaux plus élevés dans l’Est de la France.
Le changement climatique modifie l’activité des tiques
Le réchauffement climatique pourrait également contribuer à modifier l’activité des tiques au fil des saisons. Ces parasites sont particulièrement sensibles aux variations de température et d’humidité.
« Les tiques aiment les températures ni trop chaudes ni trop froides, avec un environnement humide », rappelle la Dre Alice Raffetin.
Historiquement, les périodes les plus à risque correspondaient surtout au printemps et à l’automne. Mais cette saisonnalité semble évoluer progressivement. « Aujourd’hui, on retrouve aussi des piqûres en hiver », observe-t-elle.
À l’inverse, des étés de plus en plus chauds pourraient limiter leur activité lors des fortes chaleurs. Pour autant, les spécialistes restent prudents sur l’évolution exacte du phénomène.
« Les tiques s’adaptent à leur environnement. On sait surtout que la répartition des cas au cours de l’année pourrait changer », explique l’infectiologue.
Pour les médecins, cette évolution implique surtout de rappeler que l’exposition aux tiques ne concerne pas uniquement les grandes promenades en forêt. Une simple activité de jardinage ou une sortie dans un parc végétalisé peuvent aussi exposer au risque de morsure.
Une morsure souvent discrète
L’un des principaux pièges des tiques est que leur morsure passe souvent inaperçue. Contrairement à une piqûre de moustique, elle ne provoque généralement ni douleur immédiate ni démangeaisons importantes.
« La tique injecte sous la peau des substances anesthésiantes et anti-inflammatoires. C’est ce qui lui permet de rester accrochée plusieurs jours sans être repérée », explique la spécialiste.
Le signe le plus connu de la maladie de Lyme reste l’érythème migrant : une plaque rouge qui apparaît plusieurs jours après la morsure et qui s’étend progressivement. « Cette tache ne gratte généralement pas et n’est pas douloureuse », précise la Dre Alice Raffetin.
Même sans avoir vu de tique, il est donc important de surveiller l’apparition de symptômes après une exposition dans une zone végétalisée. Un diagnostic précoce permet une prise en charge simple dans la majorité des cas.
Des gestes simples pour limiter le risque
Face à cette présence plus proche des habitations, les spécialistes insistent avant tout sur l’importance des gestes de protection.
Lors des promenades ou des activités de jardinage, il est conseillé de porter des vêtements couvrants, d’éviter les herbes hautes et d’inspecter soigneusement son corps au retour.
En cas de tique accrochée à la peau, il est recommandé d’utiliser un tire-tique ou, à défaut, une pince à épiler. « L’idée est de retirer la tique le plus précocement possible en effectuant un mouvement de rotation », rappelle l’infectiologue.
Contrairement à certaines idées reçues, la maladie de Lyme se soigne bien lorsqu’elle est détectée tôt. Lorsqu’elle est prise en charge rapidement, quelques jours d’antibiotiques suffisent généralement à éviter les complications.
Pour la Dre Alice Raffetin, l’objectif n’est donc pas d’alarmer la population, mais de mieux informer sur cette évolution des lieux d’exposition. « Les mesures de prévention sont simples et permettent déjà de réduire fortement le risque », conclut-elle.
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